‹ La presse de 1848Chapitre 33 sur 118 · LB PEUPLE ET SES COMMIS · texte numérisé non relu

LB PEUPLE ET SES COMMIS

a Quand donc, ô peuple! seras-tu enûn le maître chez toi, quand cesseras-tu de te laisser escamoter la souveraineté par les fripons et les arohitieux?

« Si c'était encore des hommes qui te conduisissent; mais tu es arrivé à ressembler aux Grecs du Bas-Ëmpire, à te laisser mater par des eunuques.

« Et pourtant tu es un noble et grand peuple. Quelle douleur pour ceux qui f aiment, qui ont dévoué leur vie obscure à ta sainte eause, de te voir toujours en proie aux intrigants.

« Quand donc enfin feras-tu toi-même tes affaires? Alors seulement tu seras heureux. 11 y a peu d'intendants honnêtes! Vois pourtant quand tu étais aux barricades, quand tu veillais sur ta bonne ville de Paris, quand tu étais debout enfin, armé et fort, nul ne te cherchait querelle, bourgeois et marquis te parlaient chapeau bas. Tu étais bien le souverain ; mais aujourd'hui la main qui serrait la tienne est armée d'ime baïonnette, la bouche qui te souriait montre les dents.

« Aurez-vous bientôt fini, spéculateui^ infâmes, misérables, pour qui la faim du peuple est un trésor, qui faites l'usure sur sa soif? Eh quoi ! il vous laisse les places, les lambris dorés ; il se range humble et respectueux lorsque vos équipages entraînés par des chevaux fringants l'éclaboussent insolemment. N'est-ce pas assez de le voler et de l'afiamer, sans l'insulter et Iç railler encore ?

« Vous tous, en qui le peuple a eu foi, et qui faites métier de le tromper, souvenez-vous de ces quelques lignes, écrites de la main de Robes pierre, à l'art. 29 de la déclaration des droits de l'homme :

« Lorsque le gouvernement viole les droits « du peuple, l'insurrection est pour le peuple, a et pour chaque portion du peuple, le plus « sacré des droits et le plus indispensable des « devoirs.»

« Et prenez garde qu'à son tour il ne s'en souvienne, p

il Juin.

235 — S. L'accusateur public. — ,Par

Alphonse Esquiros.

Voici deux extraits de cette feuille :

« La France descendue dans la fosse aux serpents, la démocratie livrée aux bêtes, l'avénement de la république grande et humanitaire indéOniment reculé, voilà de quoi transpercer nos cœurs d'un glaive mortel. Toutefois, reprenons confiance; s'il est des moments de défaillance morale où l'on sent, pour ainsi dire, tout mourir en soi et dans l'univers, il y a dans la force même du principe une main qui abaisse et une main qui relève. L'idéal de notre république est obscurci ; les nuages de l'intrigue et de la réaction passent maintenant devant la lumière ; mais ce qui passe ne nous effraye guère : Dieu est toujours là.

« Les révolutions mentent presque toujours à leur point de départ.

a La révolution de juillet 185(), s'est faite au cri de vive la charte ! Nous avons eu en effet la charte, — vérité qui. Dieu merci, a fini par dégoûter la France du régime constitutionnel.

« La révolution de février, s'est faite au cri de vive la réforme électorale! Nous jouissons aujourd'hui de cette belle réforme dans toute son étendue, et, loin de nous en trouver mieux, il se trouve que le suffrage universel consacre plus que jamais la tyrannie du petit nombre, la tyrannie du fort sur le faible, du riche sur le pauvre, du maître sur l'ouvrier. »

M. Esquiros appartient ù l'école politique des Montagnards dont il a fait une histoire assez insignifiante. — Il est de plus socialiste, communiste, révolutionnaire. — On le voyait auti-efois à la Commune de Paris^ dont il était un des principaux rédacteurs. — Au 22 juin, il faisait partie du club du Peuple, et c'est lui qui, étant à la tribune, s'écriait de sa petite voix aigre et perçante : «Citoyens, on dit que nous sommes le peuple souverain, c'est un mensonge ; non, nous ne sommes pas souverains, car, si nous étions les maîtres, demain nous irions a Y inceunes délivrer nos amis et raser cette dernière citadelle du despotisme.. » On sait ce qui arriva le lendemain; peu s'en fallut, en effet, que l'insurrection triomphante n'allât arracher les prisonniers du 15 mai, aux farouches sieaires de Vincennes; depuis, M. Esquiros a nié publiquement s'être exprimé ainsi, mais nous le tenons d'un témoin digne de foi et tout-à-fait désintéressé dans la question. — Ceci nous rappelle les d^

BCLLififiK M (SiSftSIÎM.

négulions analogues M titèyen Raspailà propos du 15 mai. ^ Oi\ Yoi« ce qtae totft te ffiiohde peut lire dans le numéro 21 de f j4m< <ltt jia^^ à la date do 14 mai :

«Jouisset encôti» quelques jours, mais de manière à être nlssaslës une boniie fbis de jotais* sahces ; car d'autres aflkmés vont bientôt votis déloger de I&; et ces ilffamés, ce n^est pas le peuple, lui s*en éloigne avec fierté, il be jouit que de ce qu*il gagne et non de ce qu*ii auhiit volé ; le péiiple est un brigand, une éanaiile, avec lequel il faut en finir; voUïj, messieurs les marquis, vous êtes les plus bottnêtes dés hommes, même aux yeux de vos créanciers désappointés. If

C'est encore à M. Esquiros qtie Toti ôtAt les Vierges mges, tet ViergH fàlles, ïté Vierges martyres, Charlotte Cordày, rEvnngilè du peuplé^ livre immoral pour lequel il fût condamné.— En i847, il épousa M"« Battanchort qui lui apporta en dot un cabas plein de manuscrits. De là sortit f Histoire des atnants célèbres qiie ces deux Esquitos publièrent on collaboration. Tout cela, direî-vous, ne prouve point que M. Esquiros n'a pa^ de talent ; non iSans dodte ; mais totU bcla, non plus, ne prouve point qu'il on ait.

5!56 -^P. Les SALtiMBANQUES, pochades pô- Htiques. — Gérants : Gamory et Dfelcasso. — Petit journal sans importance et sans valeur. — Il se proposait d'être amusant.

237 — S. NAt^oLEOtî RÉPuBLiCAm. — Ayant pour devise : Le peuple est le seul souverHin, ses représentants sont ses càmmiè. — Gérailts ; Marcel Deschamps et Camille Barrabé. — La citation suivante donnera une idée de Vesprit de cette feuille :

Page 1