LE DEVOIR NATIONAL
flexible en a détournés, ceux-là nie comprendront, car nous pouvons nous plaindre ensemble de ne pouvoir donner à la Patrie commune que ces ombres sans chair, nos paroles et nos pensées !
Eh bien, que du moins ces pensées et ces paroles, s'il en est encore temps, lui servent. Qu'elles dressent dans tous les esprits un autel, aussi solide, aussi durable, aussi éclatant que possible, au culte de ces armes que d'autres porteront, à la religion de cette discipline que d'autres observeront, à l'honneur du drapeau qui sera défendu, hélas ! par d'autres que nous. Si nous n'exerçons pas sur l'agresseur l'action directe désirée, développons du moins une influence utile. Il ne nous appartient plus de donner des conseils ni de tracer sa ligne de conduite à la magnifique jeunesse qui marcha avec nous contre l'ennemi de l'intérieur avant que d'aller affronter l'ennemi au dehors. Mais, comme elle aime ses anciens chefs, comme ils savent qu'elle leur est passionnément dévouée, nous pouvons bien lui dire de reporter ce dévouement et cette affection (afin qu'elle déborde, de beaucoup, le simple devoir) sur les chefs militaires que demain peut-être va leur donner. Qu'ils soient des soldats accomplis ! Je ne dis pas seulement des guerriers : le sang français y suffirait. Qu'ils s'efforcent d'être bons militaires professionnels. Que leur docilité, leur impassibilité, leur esprit d'abnégation, soient cités en modèle. Il faut des modèles partout. Que ces modèles soient donnés par l'unanimité des Camelots du Roi, des Etudiants et des Ligueurs d'Action française. Il y a des moments où une élite d'hommes peut tout emporter.
En poursuivant la même hypothèse cruelle, on me permettra de reposer aussi le regard sur ceux de nos amis qui, jeuues ou déjà anciens, iront à la frontière en qualité de chefs. Simples chefs d'escouade, meneurs de compagnie ou d'unités plus vastes encore, leur grave I sereine allégresse nous cause autant d'envie et d'admiration que l'entrain sérieux et l'enthousiasme réfléchi des jeunes soldats. En prenant les responsabilités dont le poids est proportionné à leur grade et à leur fonction, nous voyons bien qu'ils les ont prises dans la plénitude du sentiment des services sollicités et obtenus par la volonté supérieure de la patrie. Débutants, vétérans. s'ils sentent que la charge est lourde, quelle joie pour eux de sentir aussi que. du moins h quelque degré, il dépendra de leur sang-froid, de leur courage, de leur initiative et de leur science de refouler une invasion, de la refouler loin de Fiance ! L'esprit que nous leur connaissons nous assure que ce sentiment de haute clairvoyance décuplera la vigueur de leurs facultés.
Les hommes de ma génération ont connu l'officier sceptique, le vieux militaire à la Picquart. murmurant à la eanlonnade que la manœuvre ne sert de rien, que la guerre n'aura jamais lieu. D'autres concédaient la possibilité du péril, mais ils niellaient leur confiance dans les idées démocratiques ou libérales, estimant qu'elles seules pouvaient fournir les éléments moraux de I ell'orl populaire : elles dont l'effet le plus sùrélail. au contraire, de détourner le peuple de la discipline militaire en même temps que du devoir national ! D'autres enfin, parmi les officiers de l'ancien style, allaient jusqu'au pacifisme tout net. car. disaient ils. à
mettre les choses au pis et en supposant une guerre, nul sentiment' (pie celui de la justice offensée n'était
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capable de mettre debout la nation qui, alors, sérail invincible... On peut parler de ces chimères au passé. Les militaires qui les professaient les ont désavouées, les uns devant l'évidence de la vérité et les autres sous la poussée des circonstances. Un moment égarés, ils ne peuvent plus s'attarder à de telles vieilleries. Depuis trois ou quatre ans, l'action les a ralliés tous. Mais ces convertis n'ont pas eu à taire la leçon à leurs nouveaux camarades, car ceux-ci étaient tout imbus du même esprit nouveau qui ressemble au souffle de la respiration d'un peuple rajeuni.
Cet esprit militaire, grave, clairvoyant, incapable d'irréflexion et d'emportement, mais immuablement résolu, c'est celui que, depuis quinze ans, nous enseignons, pour notre part, au reste de la France. Nous n'avons pas la fatuité de soutenir que le moral du corps des officiers puisse nous devoir quelque chose, nous affirmons même l'inverse : c'est au vieil esprit militaire français que nous sommes allés demander nos leçons. C'est lui que nous avons écouté avec une attention et un respect qui n'excluaient pas la raison critique. Tous nos sentiments sur l'autorité, la continuité, la hiérarchie, la responsabilité, nous viennent en très grande partie de ce noble esprit. La corporation militaire est fille de l'histoire et de l'expérience autant que du génie el de la science. Ses décisions spéciales nous ont souvent guidés dans nos jugements généraux. Rien d'étonnant donc à ce qu'une sorte d'accord profond, de concordance sponlanée ail été remarquée entre les principes de notre milice civile et les règles de l'organisation militaire. Mais nous serions très tiers si. comme
on nous l'a dit souvent, la confrontation de notre réalisme politique avec les directions supérieures de l'art de la guerre avait affermi ou développé l'esprit, Ja volonté, la haute confiance de ceux de nos amis qui peuvent avoir rang de chefs !
Il y a quinze ans que nous nous appliquons non seulement à donner un cerveau, un chef, un chef héréditaire, à la nation française, mais encore à lui retremper le moral. C'est à ['Action française que, au moment d'Agadir, un adversaire clairvoyant, M. Etienne Rev, faisait le principal honneur de ce qu'il appelait la renaissance de l'orgueil /'nuirais. Nous avons^oujours été opposésà tous les vertiges, celui de l'orgueil comme les autres, celui de l'orgueil personnel comme de l'orgueil national. Mais si, dans l'ombre et à l'écart, en un temps où nous n'étions connus encore que d'une élite, il nous étail pourtant possible de servir dans cette direction, nous conservons l'espoir de pouvoir servir encore, au même grand objet. \ défaut d'armes, nous nous efforcerons <le rendre cette plume plus utile. Dans ce journal, où parut l'Avant-Guerre, dans l'organe qui, dès a\aut hier, proposait à la presse parisienne la juste conception du devoir militaire et civique, 1 nous essaierons de rendre le même service sacré si les conditions changent el que la guerre doive éclater. Sans crier: « \ Berlin-», sans consentir à prendre aucune responsabilité dans les décisions politiques, nous soutiendrons de notre voix ceux qui courrontà la frontière. en essayant «I \ mettre tout ce que nous avons de vie, d'âme el de sang '.
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LE DEVOIIl NATIONAL
La première classe.
Si j'avais l'honneur d'enseigner la jeunesse, professeur ou instituteur, voici ce que je dirais à mes élèves, à l'occasion de la rentrée des classes :
Mes chers enfants,
Tous vous avez des parents qui se battent, tous vous voyez clans les yeux de vos mères et de vos sœurs l'angoisse, la douleur et la fierté. Vous vous rappellerez toute votre vie ces jours d'attente et d'espérance, l'arrivée du courrier, les lettres où sont de petits drapeaux et les belles paroles courageuses que vous envoient ceux qui sont là-bas, sur la ligne de feu. Vous savez ce qu'ils l'ont : ils exposent, ils donnent leur vie pour que vous demeuriez Français, pour que votre pays soit délivré de l'ennemi et recouvre l'Alsace et la Lorraine perdues en 1870. C'est leur grand honneur, qui durera longtemps à travers les Ages, et qui se transmettra à vous, leurs héritiers, qui aurez le droit de le continuer.
Les Français, dont vous êtes, sont un peuple généreux. Ils n'ont pas voulu cette guerre. Depuis de longues années ils sont allés jusqu'au bout de la patience vis-à-vis de leurs mauvais voisins. Ils ont supporté en silence l'arrachement des provinces volées, les injures à peine dissimulées, les rapines et les menaces, ces querelles que Je bon sens populaire appelle des querelles d'Allemands. Mais les Allemands, eux, voulaient la guerre. Ils la voulaient pour s'enrichir et s'étendre à nos dépens et pour toucher le prix de leur incessant effort en armements sur terre et sur mer. Leur danere-
reuse fatuité leur faisait croire qu'ils viendraient facilement à bout de nous : et ils se répétaient les uns aux autres, et ils répétaient dans leurs journaux que leur invasion en France serait une promenade militaire, qu'ils prendraient aisément Paris et qu'une fois là ils nous dicteraient une pai\ honteuse, qui nous dépouillerait encore de plusieurs provinces. Fn chaque occasion cl cérémonie commémorative leur empereur, qui est leur expression nationale, qui concentre et résume leurs aspirations, happait son épée el son gantelet et parlait de sa poudre hien sèche, en roulant des yeux de croquemitaine.
S'ils avaient réussi, mes enfants, le sort qui vous était réservé eûtété celui îles petits Alsaciens-Lorrains et des petits Polonais. Le barbare vainqueur vous eût imposé son langage, ses mœurs grossières, ses mauvais et lourds écrivains, des tournures d'esprit qui ne sont pas les vôtres et une conception sauvage de la vie. L'Allemand est vis à vis d'un Français comme un animal v is à-\is d'un homme. Il ignore systématiquement la noblesse d'âme et la vraie grandeur, telles que nous les enseignent tant de siècles de croyance catholique, le respecl des faibles et de leurs droits et la joie de ne pas abuser de sa force. Il nid la terreur au dessus de tout. Il verse avec plaisir le sang Inno cciit. Non seulement il n'a pas cette culture profonde qui tienl d'abord à la prière, à l'examen de conscience cl au sentiment de la dignité, mais encore il tire gloire de ses excès et du déchaînement des pires instincts. C'est pourquoi il lait la guerre à quatre pattes comme une bête féroce, au lieu de la mener avec noblesse, à l,i façon de la France cl de se- alliées. C'est d'ailleurs ce qui causera -a défaite, avec le génie île uns généraux