‹ La presse et la guerreChapitre 3 sur 12 · LE DEVOIR H ITIOH VI. 1 I · texte numérisé non relu

LE DEVOIR H ITIOH VI. 1 I

el l'incomparable valeur de nos soldais, joints à nos amis russes et anglais.

^ ous connaître/, nous connaîtrons plus lard tous les détails de cette guerre et de nos victoires, deux qui reviendront auront de beaux faits d'armes à vous raconter. La gloire de ceux qui ne reviendront pas planera au-dessus de ces récils. Vous remercierez Dieu, qui, dans sa radieuse et souveraine justice, a voulu le salut des nations nobles et l'abaissement des nations perverses. lesquelles tendent vers la brute au lieu de s'élever. Nous pleurerez de gratitude et d'orgueil en songeant que tant de sacrifices vous auront fait l'existence plus facile et plus belle dans une France régénérée. Vous VOUS rappellerez aussi que ce qui est le plus précieux doit être défendu avec le plus de zèle et de vigilance, et qu'une guerre même victorieuse ne ferme point, bêlas ! le cycle des guerres. Ceux qui ont si bien défendu la France au prix de leur sang vous lèguent l'obligation de la défendre à votre tour, de la maintenir en tête des nations, de faire en sorte que le barbare hésite à l'attaquer dans l'avenir. En inculquant à vos enfants ce que nous vous disons aujourd'hui, avec toute l'énergie dont nous sommes capables, vous transmettrez l'amour de la Patrie, la sauvegarde du langage et du sol natal.

La paix dans l'union est le plus grand des biens. Mais ce bien souverain, on le mérite, mes enfants, par un long et continuel effort, en revenant à la règle des aïeux dans son cœur comme dans la cité, en faisant tous les sacrifices nécessaires à la continuation de la France éternelle.

Léox Daudet.

3 octobre 1 9 1 4-

Les âmes cornéliennes.

Los lettres des combattants, publiées un peu partout, illustrent pour toutes nos provinces un magnifique, un identique étal d'esprit. La guerre a rétabli soudain cette grande communion nationale, cette unité que compromettent si gravement de mauvaises institutions. Mais il est d'autres lettres, impubliables celles-là, qui montrent, autour de l'héroïsme en action, une couronne ardente d'héroïsme latent, uniquement moral. celui des aïeules, des mères, des jeunes frères, des sœurs, des épouses, des fiancées, qu'un deuil glorieux frappe sans les abattre. Jamais plus noble ebœurn'a retenti, entre les berceaux et les armées, en l'honneur de la France éternelle. Jamais foi plus sublime n'a rayonné dans la certitude de la victoire finale. Cette f<>i complète L'élan militaire et la sage prévision des chefs. Elle contribuera au succès, car elle soutient ceux qui versent sans faiblir le sang le plus généreux.

Brisant la gangue politicienne qui 1 enserrait, la France s'est fait une Ame cornélienne; ou, pour parler plus dignement, elle a retrouvé son âme cornélienne.

La soumission de l'individu à la cité, voilà ce qu'a chanté, d'un accent incomparable, le vieux tragique Normand. voilà ce qui rend son œuvre immortelle. Horace, le Cid, Polyeucte, ll<)<l<></u/h\ lu Clémence d'Auguste, gravent les annales de la Pairie dans un alliage de bronze et d or qui ne se retrouve en aucune autre littérature moderne, ('/est le legs de la latinité à la Gaule. Toutes les formes de dévouements à la chose publique, de sacrifice national, en opposition avec les passions de l'esprit el des sens, avec la fidélité filiale et

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conjugale, avec l'amitié, avec l'amour, les seconds termes étant immolés aux premiers, toutes ces soumissions du secondaire à l'essentiel sont frappées dans les vers de Corneille. Ils sont bien moins la création d'un poète de génie que l'immense rumeur des ancêtres devenue soudain distincte et proverbiale, (marges du passé le plus noble, ils sont ainsi moteurs d'énergie. C'est là, beaucoup plus que dans les rapports innombrables de ses espions, que l'Allemagne, si elle n'était point brute, eût dû chercher l'image vraie de Celle qu'elle allait combattre et les limites de sa résistance intérieure.

Deux siècles trois quarts environ nous séparent de Corneille. Qu'est-ce que cela dans la vie d'un grand peuple, et pourquoi ce peuple, reflété par ce devin, aurait-il changé ? A l'appel du risque des armes, non seulement les guerriers ont répondu, de cette voix unanime qu'ont saluée César et Tacite, connaisseurs d'hommes un peu plus chouettes queMommsen, Treitschke et von Kluck. Mais aussi les compagnes des héros, et leurs mères et leurs filles et leurs sœurs ont récupéré la vaillance ancestrale, donné à leurs adieux, momentanés ou éternels, ce tour ethnique et ferme qu'exprime le mot de « cornélien ». J'ai lu de ces lettres venant de tous les milieux, les plus cultivés comme les plus simples, quelques-unes sans orthographe, mais du français le plus beau et le plus pur. Un souffle identique les soulève. Elles sont d'un même style. On y relève des termes, déchirants et contenus, exactement semblables. On croit voir, sur tous ces visages de jeunes fdles, de femmes et d'aïeules, passer et courir la grande flamme héréditaire qu'a su fixer le soûl auteur du Cid, holocauste étincelant à la Providence. La force qui émane de la faiblesse est plus invincible encore, n'est-ce pas.

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que la force qui vient de la force. Le divin Créateur* avant d'animer un monde nouveau par son supplice volontaire et d'avoir sa Mère aux pieds de sa croix, nous est représenté dans les bras de sa Mère.

Que ces Germains brutaux et sans dignité le sachent bien. Derrière ce peuple de lions qu'a soulevés leur agression par convoitise, il y a le peuple des lionnes. J'ai lu avec bonheur la lettre souillée par laquelle une de leurs femelles incitait son Barbare au massacre des innocents et au pillage. \ oilà un degré où ne descendrait jamais la femme française. La forme sobre et presque sentencieuse de son courage exclut les passions basses de la haine. Celle qui donne la vie envoie à la mort sans trembler ce qu'elle a le plus cher, mais avec grandeur et dignité. Les silhouettes des infortunées assises sur les ruines de leur foyer et le tombeau de leur tendresse, de leur dévouement, ont la pureté de lignes de la statuaire antique, continuée par le grand Corneille. Ces paysannes du nord et de l'est, sous les obus, devant l'incendie, dans le deuil, la pluie et le froid, tiennent les propos de Pauline, de Cornélie, de Chimène et d'Emilie. Leur voile tragique a les mêmes l»lis dans la tempête*

Cela, en vérité, est exemplaire. Le dernier mol sur la boue sanglante qui sert de cœur à la Germanie a été dit, je crois, par Crifon. samedi, quand il l'a montrer issue de l'individualisme marécageusement étendu à toute une nation. En possession de cette grande «lé. vous pouvez ouvrir tous les compartiments de la vile nie intellectuelle et de la férocité allemandes. \u pôle contraire, se lient l'âme cornélienne, qui immole perpétuellement l'individuel au national, l'un ou l'isolé à la famille et la famille à la cité, qui proportionne ses élans

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à l'ampleur du sacrifice nécessaire. Cette supériorité morale en notre faveur ne dispense ni d'armées bien conduites ni de leur préparation à la guerre. Mais elle met dans nos rangs toutes les forces transmises d'un passé incomparable, grâce auquel la France s'est formée et a duré.

Léon Daudet.

a3 octobre 191 4.

Notre jour des morts.

La fête des Morts a été célébrée hier avec décence par le Gouvernement et l'administration ; elle le sera de même aujourd'hui. Surmontant toutes les forces de son principe, au rebours de toutes les pentes qui l'induisent aux manifestations oratoires et aux pompes déclamatoires, le personnel de la République a très bien compris qu'il importait de se taire et de se recueillir. De grandes palmes fleuries ont été silencieusement déposées, au nom de l'Etat et de l'Armée, dans nos trois principaux cimetières avec l'inscription Aux morts pour la Patrie. Tout le monde a pu s'associer à ce digne hommage. On n'aurait supporté ni la voix des rhéteurs ni le geste des baladins. L'émotion est trop forte pour être mise en phrases et subir de lourdes figures. L'action même est trop grave pour qu'il soit permis d'accorder trop de complaisance aux signes de notre deuil.

C'est au lendemain de la victoire définitive qu'il faudra avoir soin de mêler constamment aux cris de notre joie les larmes longtemps contenues. Ces larmes, rendues plus cruelles par la pensée de tout le beau sang qu'elles représentent, couleront alors librement. Elles couleront pour couler. Elles couleront pour soulager

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les poitrines, mais aussi pour faire sentir à tout le pays délivré le prix, le poids sacré, le terrible coût du bonheur de sa délivrance, la dette immense contractée envers la générosité de nos Morts. Pour tant de vies données dans l'ivresse de l'héroïsme que sauront rendre les survivants ? Quel effort d'activité, quel élan de prospérité nationale, quelle merveille de concorde, de discipline et d'amour ? Quelle France plus belle referons nous sur des tombeaux presque aussi vénérables que des autels ? Pensons aux bienfaits à répandre sur les familles de ces officiers, sous- officiers et soldats. Pensons aux réformes sociales. à l'union des classes, à la concorde religieuse et civique, à l'organisation de la paix intérieure, de la sécurité extérieure, à la mise en valeur des forces, de toutes les forces, à la constriction des éléments diviseurs, à l'usage attentif, scrupuleux et juste des autres, à la suppression des éléments parasites et des exploiteurs ! Le deuil universel sera alors cuire nous le plus grand des intercesseurs et, pour chacun de ÛOUS, le meilleur, le plus noble des stimulants. Tant d'iiulres ayant répandu le pur sang de leurs veines pour la Patrie, qui pourra hésiter à se tuer de dévouement. de travaux et de peines pour Satisfaire un jour à ce que pournuil exiger ces ombres magnanimes de héros décharnés, meurtris et sanglants :> Hier, c'est au nom d'une patrie un peu abstraite que nous sollicitions les sacrifices désirés par la vigilance et la prévoyance. Le grave Cortège des Morts, appuyant et motivant nos adjurations, sera irrésistible demain.

Il ne faut pas l'évoquer prématurément. J'ose insister pour que rien ne soit fait qui risque de détendre ou

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