‹ La presse et la guerreChapitre 4 sur 12 · LE DEVOIR NATIONAL I · texte numérisé non relu

LE DEVOIR NATIONAL I

d'amollir les libres dans ce degré de tension courageuse auquel l'àme française est revenue depuis trois mois. La vie religieuse associe merveilleusement la consolation à la plainte. Elle unit à l'attendrissement le réconfort. Les tristes formes agenouillées dans l'obscurité des églises se relèvent évidemment plus vigoureuses après avoir pleuré et prié. La vie civile ne dispose pas de telles ressources. Là, je voudrais que ceux et celles qui ont consommé le sacrifice irréparable el déiinitif n'entendissent parler que de leur service sublime, de l'honneur qu'il emporte, de la gloire qu'il distribue. Ce voeu n'est, d'ailleurs, pas une imagination. Bien des familles exemplaires ont donné ce spectacle de la plus ferme sérénité. La mort qui les a frappées souvent de plusieurs coups ne semble pas les avoir atteintes, tant le sort du pays et de son drapeau leur étreint le cœur. Visiblement, on y diffère l'heure des larmes, ou elle est jalousement dérobée à tous les regards : pour ces Français et ces Françaises de toutes classes et de toutes régions, mais également de l'élite, le maître souci, c'est la France. Osons désirer que tel soit le souci de tous.

Pour le maintenir intact où il est, et s'il est possible pour le généraliser encore, osons et sachons enseigner raisonnablement l'espérance. Personne n'a le droit de s'alarmer avant d'avoir reçu la certitude du trait fatal . Pour ceux qui vivent dans les transes alternatives de mortelle inquiétude et de l'espérance é lancée, il faut mettre en commun l'histoire de ce jeune paysan provençal qui m'a été écrite, l'autre jour, de nia petite ville. Il était parti des premiers, et, depuis le 6 ou 7 août, sa femme n'avait plus reçu d'autres nouvelles que l'énigmatique mention de « disparu au 8 août ». Je

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l'avoue, on désespérait. Et soudain, à ]a fin d'octobre, un feuillet de son écriture est venu annoncer qu'il était prisonnier, guéri, dans une forteresse d'Allemagne et, en même temps, démontrer que dans cette guerre semblable à celles du passé, en dépit de tous nos fameux progrès modernes, un silence de dix semaines n'emportait aucun sens plus défavorable qu'autrefois ; la somme des énergies d'un corps jeune est presque sans limites ; les aventures de la guerre sont pleines de merveilles. C'est donc à l'idée du bonheur toujours possible qu'il faut vouloir se confier quand on ne sait pas. Il faut le vouloir faut par patriotisme que par vigueur d'esprit et droiture de cœur. Il y a du sophisme et de l'erreur dans une faiblesse trop prompte. Elle enveloppe aussi une mauvaise action. Nul de nous n'a le droit d'ajouter des tristesses gratuites au flot douloureux, ni d'ouvrir sans motif de nouvelles carrièrss à tant de justes afflictions !

En ni'cxprimant ainsi, au nom d'un bon sens assez humble, je ne crois rien écrire de contraire aux doctrines qui ont tiré de l'espérance et de la foi une vertu supérieure aux forces humaines. Ces paroles concordent avec les données de l'ordre public et de la santé de tous. Si haut quesoil porté le deuil des femmes de France, ou plutôt justement parce qu'il est porté dans une sublime fierté, elles ne peuvent pas le traîner sur le> terres indécises du doute. Il est sûr comme le marbre ou il n'est pas. Et s'il n'est pas, la confiance soit maîtresse ! Nous avons admiré, il y a trois mois ou trois siècles, dans l'ancienne saison qui vit les adieux du départ, la rigide beauté véritablement statuaire de celles qui restaient envoyant partir. Ni l'accent de ces lignes ni leur expression de vaillance n'ont pu varier ni

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