‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 100 sur 182 · Globe, 8 octobre · texte numérisé non relu

Globe, 8 octobre

2. Cette Introduction figure au tome II, p. 1, des Critiques et Etudes de Rémusat, 2« édition.

sous LA RESTAURATION

produire une littérature supérieure à celle du xvii» siècle (à laquelle Rémusat reproche une grande timidité d'esprit), elle devait du moins renouveler cette littérature; et voici où la thèse de Rémusat devient excellente :

Tant que les révolutions durent, la passion absorbe ; et lorsqu'elles finissent, la lassitude est si grande que les hommes n'aspirent plus qu'au repos. C'est la génération suivante qui recueillera le fruit de leurs efforts et continuera leur ouvrage. Le moment est venu. Le bon principe de la révolution a triomphé immédiatement dans l'ordre social, plus lentement dans l'ordre politique, plus tardivement encore dans l'ordre intellectuel. L'esprit humain cherche la liberté par la littérature et dans la littérature, et la délivrant de l'oppression des règles artificielles, il lui rend un service analogue à celui que la révolution avait rendu à l'industrie.

Telle est, on ne saurait trop le répéter, l'idée vraiment originale des doctrinaires; mais Rémusat affirme ensuite que ce renouvellement de la littérature se fera et sefaitdéjà par lacritiqueet parla raison. Après avoir défini la philosophie impartiale « qui ne se propose rien moins que de pacifier le monde, et d'établir à jamais en faveur de toutes les croyances la foi suprême dans la liberté», il ajoute :

Il est difficile d'apprécier l'influence que cet esprit peut exercer sur les lettres et sur tous les arts d'imitation : évidemment, il y pénétrera d'abord par la critique et, en effet, nous lui devons déjà la seule critique qui ait pu concevoir les besoins et les droits de l'imagination. On peut déjà même se représenter comment, à force de raison et d'impartialité, cette critique peut pour le talent tenir lieu de l'inspiration.

Comme elle n'exclut rien, comme elle aperçoit tout, elle peut conduire au beau par l'examen et ramener par

la réflexion à l'originalité. Aussi bien, dans un siècle raisonneur tel que le nôtre, lorsque tout est divulgué et que les mystères ont fait place aux questions, cette innocence naïve du génie qui s'ignore lui-même et qui crée par instinct est, j'en ai peur, une chimère qu'il faut renvoyer à l'âge d'or de la littérature ; et peut-être la raison, à qui rien n'est interdit, reste-t-elle en droit de révéler au génie ses propres secrets, de remplir l'œuvre de la nature, de tout refaire enfin, même la poésie (1).

Toute l'histoire du romantisme, depuis A<a/a jusqu'aux Contes d'Espagne et d'Italie, peut servir à réfuter cette belle et séduisante théorie d'un philosophe. Qu'il suffise de remarquer que cette Introduction explique la critique du Globe et de la Revue française. Dans ces deux pé^riodiques, la théorie est excellente ; les rédacteurs soutiennent par d'ingénieuses raisons le principe de la liberté dans l'art, appellent de tous leurs vœux les chefs-d'œuvre nouveaux, encouragent les jeunes écrivains à quitter les genres usés et les règles que rien ne justifie plus... Mais aussitôt qu'une œuvre apparaît, — on va le voir — ils sont déçus ou scandalisés. Tant il est vrai que la raison ne peut « révéler au génie ses propres secrets », et que le génie commence toujours au contraire par étonner la raison. Celle-ci ne peut que prononcer la condamnation des vieux modèles, discréditer les mauvaises imitations et déblayer la route à la nouveauté. Elle ne saurait prétendre à déterminer par avance un idéal dont elle sent la nécessité, sans être à même d'en deviner ni d'en prévoir la forme.

1. Introduction à la Revue française, n" 1, janvier 823. — Cf. Revue française de sept. 1829 un article sur la Correspondance littéraire de Grimm et les derniers salons du XVIII' siècle.

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Aussi, que feront les doctrinaires ? Ils abandonneront la critique, au moment même où le romantisme se sera complètement déterminé, et ils se laisseront entièrement absorber par la politique, domaine où l'utopie rationaliste se donne plus librement carrière.

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