‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 115 sur 182 · Lettres champenoises, tome IX (1822), p · texte numérisé non relu

Lettres champenoises, tome IX (1822), p

sympathique sans doute, mais où les restrictions et les conseils viennent tempérer l'éloge. Saint-Prosper, qui signe cet article, est un collaborateur de la Muse française ; toutefois il croit devoir prendre avec le jeune Victor Hugo le ton d'un Mentor. — Après avoir rappelé que les circonstances politiques sont peu favorables au succès d'un recueil de vers, il ajoute :

Convenez-en, il faut que des vers aient un charme bien puissant pour percer en de pareilles circonstances... Au reste, sans me laisser éblouir par le succès, j'ai lu avec une scrupuleuse attention les poésies de M. V. Hugo, et il m'a paru que la force, l'élévation, une profonde sensibilité et une sorte de grandeur inattendue dans les pensées formaient le cachet particulier de son talent. Enfin, poussé par une sorte d'instinct, il a toujours choisi des sujets en harmonie avec les qualités qu'il possède. Ainsi dans ses odes, il chante de grandes infortunes, Quiberon, la mort de Louis XVII; ou bien il nourrit ses vers de ce qu'il y a de plus auguste dans la vérité, la sublimité de la religion; ailleurs, bouillant de verve, il célèbre les tourments et la gloire du génie : il en résulte qu'on éprouve tour à tour les émotions les plus nobles comme les plus douces.

Mais... je demanderai d'abord si l'harmonie n'est pas tellement inhérente à la poésie que sans elle il n'y a plus poésie, mais seulement prose rimée. Ce principe reconnu pour incontestable, je suis en droit de dire à M. V.Hugo: vos vers sont forts, énergiques, élevé s ; mais quelquefois aussi, ne négligez-vous pas trop l'harmonie? Veillez donc à l'avenir, sur ce point. Vous possédez sans contredit, et à un très haut degré, l'inspiration du poète ; c'est le principal: mais ne dédaignez pas ce que donne le métier de la versification, l'harmonie... Je lui reprocherai de ne pas toujours employer l'expression propre, d'être revenu trop souvent sur les idées de néant et de destruction, et d'avoir fait trop usage d'une figure brillante, mais qui par cela-

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même ne doit être employée qu'avec une extrême réserve, l'antithèse ; enfin, dans les morceaux qui terminent son volume, il a abusé jusqu'à l'excès des privilèges du genre romantique, et sous ce rapport je prononce anathème contre les pièces intitulées le Cauchemar, la Chauve-Souris et le Nuage. Sans doute, notre littérature est aujourd'hui si vieille qu'il est naturel de chercher à la rajeunir par de nouvelles combinaisons: mais dans ces tentatives un goût pur doit toujours présider, autrement vous voulez être neuf et vous devenez barbare. En résumé M. V. Hugo promet ou plutôt a déjà prouvé qu'il est un véritable poète (1).

La note est plus sévère dans la Revue Encyclopédique, où Ém. Héreau écrit :

Si d'un côté nous avons entrevu dans son recueil quelques éclairs de talent poétique, de l'autre nous y avons reconnu tous les défauts d'une école qui croit pouvoir s'affranchir des règles puisées par le goût aux sources mêmes du génie. Pensées, images, expressions, tout est jeté au hasard dans les Odes de M. Hugo ; il ne paraît avoir apporté de soin que dans l'affectation bien marquée d'enfermer une image brillante, un vers saillant, dans un cadre mesquin et dont l'entourage se compose d'ornements si pauvres, que la prose même les dédaignerait. Mais M. V. Hugo mérite un plus grave reproche, c'est de consacrer des vers à réveiller les discordes civiles. Que M. Hugo consulte son cœur, il rendra justice à son pays, à son siècle; il embrassera l'avenir avec ardeur... (2).

Lamartine, en 1823, donne à la fois la Mort de Sacrale et les Nouvelles Méditations. Sur ce premier poème, la note tout à fait élogieuse est donnée dans les Lettres champenoises par G. de Merlhiac. Après

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