‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 117 sur 182 · Lettres champenoises, t. XIV ^1823), p · texte numérisé non relu

Lettres champenoises, t. XIV ^1823), p

SOLS LA RESTAURATION

avec citation à l'appui, Louis Racine à Lamartine. Il reproche à la Mort de Socrate de ne pas être un poème, mais un long monologue de Socrate. Le style ne le satisfait nullement. Il relève, non sans justesse sur ce point, le nombre des comparaisons introduites par comme... (Comme un farlif adieu.,. Comme le naulonnier... Comme à travers Valhâtre...) et il en compte jusqu'à onze. Il juge enfin peu poétiques celles de ces comparaisons qui sont familières ou simples (1).

Le même C. J. entreprend, toujours dans les Annales, une vive et minutieuse critique des Nouvelles Médi' fafions. Il y a là comme un retour offensif du parti classico-monarchiste, qui semble regretter d'avoir fait un succès d'enthousiasme aux Premières Méditations . C. J. reproche à Lamartine de « s'écarter des bons modèles et de s'affranchir des règles du goût » ; là-dessus il cite Boileau, Art Poétique, et il continue en ces termes :

Parlons d'abord du fond général de l'ouvrage. On voit que, dans presque toutes ses méditations, l'auteur est dominé par une mélancolie qui répand sur chaque pièce de vers je ne sais quelle teinte de sombre tristesse, et qui ramène souvent les mêmes plaintes et les mêmes lamentations. Ainsi, malgré ses efforts pour varier les sujets de ses chants, y sent-on à la longue une espèce de monotonie dont les plus beaux vers ne diminuent pas la fatigue.

Puis il entreprend une série d'observations grammaticales, oii, ce nous semble, il est choqué par tout ce qu'il y a de hardi et de poétique dans le style de Lamartine. Voici quelques exemples ; car il faut, une fois, montrer quelle est cette critique de détails:

1. Annales de la lillératare et des arts, t. XII (1823), p. 484.

/Fe Méditation, Les Étoiles (aujourd'hui numérotée VIII), C. J. souligne (v. 4) :

Le crépuscule aux monts prolonge ses adieux. On voit à rhorizon sa lueur incertaine, Comme les bords flottants d^une robe qui traîne^ Balayer lentement le firmament obscur.

Où les astres ternis revivent dans Vazur.

« Je vous demande, dit-il, s'il y a de la noblesse dans la comparaison de cette robe qui traîne et qui balaye le firmament ! »

Il se moque de la comparaison des étoiles avec une poudre d'or (v. 12), de l'homme avec un nouveau-né (V. 38).

XIX^ Méditation, La liberté, ou une nuit à Rome (aujourd'hui XX), C. J. signale « une peinture emphatique du Colisée ». Il signale comme particulièrement mauvais les vers suivants (79) :

J'aime, j'aime à venir rêver sur ce tombeau. A l'heure où de la nuit le lugubre flambeau, Gomme l'œil du passé flottant sur des ruines. D'un pâle demi-deuil revêt tes sept collines..,

XX' Méditation, Adieux à la mer (aujourd'hui XXI).

La 5' strophe :

Ah ! berce, berce, berce encore...

lui paraît d'un ton précieux et à la fois trop naïf...

XXIV» Méditation, Chant d^amonr.

(7« strophe) :

Et Vaube de ses cils, que le zéphir soulève, Flotte légèrement comme Vombre d'un rêve Qui passe sur ses yeux.

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(S' strophe) :

... Deux vagues que blanchit le rayon de la lune D'un mouvement moins doux viennent l'ane après l'une Murmurer et mourir I

« Jusqu'à présent, on avait dit V une après Vautre. Est-ce le besoin de la rime qui autorise cette locution nouvelle (1) ? »

{30' strophe) :

Et ta main flétrira sur tes charmantes lèvres Ces rapides baisers, hélas ! dont tu me sèvres Dans leur fraîche saison.

Mais les observations les plus typiques portent sur la célèbre Méditation intitulée Bonaparte :

(.5' strophe) :

Rien, excepté la vérité ! (prosaïque).

{6' strophe) :

Ta tombe et ton berceau sont couverts d^un nuage{pas de

[vérité).

(7« strophe) :

Ce siècle, dont l'écume entraînait dans sa course, Les mœurs, les rois, les dieux..., refoulé vers sa source. Recula d^un pas devant toi. (Style gigantesque.)

(Il' strophe) :

Le cri de Vépée... (Id.).

{14* strophe) :

Quand les flots ondoyants de sa pâle crinière Sillonnaient comme un vent la sanglante poussière (Id.).

{16' strophe) :

Forger un joug trempé dans V amour et la haine (Id.).

1. Lune après Vune... a été imité ou retrouvé par M. E. Rostaad. {Les Romanesques, acte I, Stances de Percinet.)

(/,')« strophe) :

Vhorreur passait comme la nuit (Id.).

{^7' strophe) :

Ainsi qu'un moissonneur va chercher son salaire...

« S'est-on jamais avisé de comparer Bonaparte à un moissonneur ? »

Enfin, C. J. signale les derniers vers comme un blasphème. On sait que la conclusion originale du poème était celle-ci :

Et vous, fléaux de Dieu, qui sait si le "génie N'est pas une de vos vertus ?

Lamartine nous dit lui-même, dans le commentaire de Bonaparte : « La dernière strophe... est un sacrifice immorale ce qu'on appelle la gloire (1). » Et le texte actuel porte :

Et vous, peuples, sachez le vain prix du génie Qui ne fonde pas des vertus !...

Voici la conclusion de C. J. :

Ne dirait- on pas que déjà les admirateurs de cet écrivain sont tentés, pour le classer, de créer un nouveau genre de poésie, qu'ils appelleront le genre rêveur ? et ils ne s'aperçoivent pas que cette dénomination même est plutôt une censure qu'un éloge ; que cette faculté rêveuse explique le défaut d'ordre, de liaison, de sens dans les idées, et rappelle trop le mot d'Horace : OEgri somnia- Ils auraient beau faire, je doute qu'ils parviennent à faire prévaloir cette espèce de cauchemar poétique (2).

La sévérité des Annales s'accentue dans un article publié au début de 1824, et intitulé : Aperçu historique

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