‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 119 sur 182 · Cf. page · texte numérisé non relu

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soutenue règne plus encore dans le second ouvrage que dans le premier. » — Puis, dans une sorte de dissertation philosophique et politique, Thiessé se demande si vraiment Lamartine, comme le prétendent ses partisans, incarne l'esprit de son siècle ? Tel n'est pas son avis.

Mais enfin, quelles sont les pièces qu'il admire le plus? Le choix en est, on l'avouera, assez heureux : ^ona/)arfe (le morceau le plus remarquable), les Etoiles, les Préludes, le Passé, le Crucifix. Voilà qui est bien. — Quels sont les vers que Thiessé juge incorrects, ohs' ours, trivials? Ceci est curieux à noter :

Bonaparte :

Tu ceignis en mourant ton glaive sur ta cuisse.

Les Étoiles :

Dans la danse céleste ils s'élancent, et l'homme Ainsi qu'un nouveau-né les salue et les nomme.

Les Préludes :

L'onde qui baise ce rivage, De quoi se plaint-elle à ses bords ?

XV1I1« Le paresseux s'endort dans les bras de la faim.

Adieux à la mer : Ah ! berce, berce, berce encore...

Chant d'amour :

Heureuses ces coupes vermeilles Qui pressent tes lèvres, pareilles Aux frelons qui tètent les fleurs.

« Les fautes de toute espèce qui se rencontrent dans ces vers, dit-il, sont à peine concevables. » — Et que souhaite-t-il à Lamartine pour devenir un grand poète? « Un peu plus de philosophie, un peu plus d'estime

sous LA RESTAURATION

pour son siècle, et surtout quelque indulgence pour la liberté (1). »

Est-ce tout? Ne trouverons-nous pas quelques impressions différentes, et, à notre point de vue, plus équitables sur lesNouvelles Méditations?— Le parti doctrinaire, qui avait si bien accueilli les premières, dans le Lycée français, devait encore juger les secondes avec admiration ; mais on verra (et c'est toujours là le point intéressant) que l'on croit faire honneur à Lamartine, même en dehors des libéraux, en le mettant immédiatement audessous de G. Delavigne.

Si le succès des Premières Méditations, dit un rédacteur des Tablettes Universelles, dépassa leur mérite, on aurait tort de vouloir l'expliquer tout entier par Teng-ouement d'une coterie qui en fut le premier organe. Ce succès était dû aussi au genre des émotions neuves qui animaient des compositions toutes rêveuses, toutes aériennes, et peut-être à la singulière opportunité de leur révélation. La poésie est, de tous nos arts, celui dont les chefs-d'œuvre classiques ont le plus satisfait notre admiration. Il est une route, foulée par toutes les Muses, où le sentiment s'est lassé. On répugne, il faut le dire, à suivre une marche éternellement prévue, et l'inspiration poétique s'est étonnée afin de rester immobile au milieu de tous les sujets nouveaux où s'élève et se modifie la pensée humaine. Il existait, pour enrichir la critique d'une expression récemment émanée du trône, il existait dans le monde littéraire, des inquiétudes vagues, mais réelles. M. de Lamartine apparut; il les a calmées ; il les a satisfaites en partie, et voilà l'honorable secret de son triomphe.

Le rédacteur anonyme, qui saisit et formule si bien en 1823 les causes du succès de Lamartine en 1820, déve-

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