Anna,les de la littérature... Tome XXVI (1826), p
désordre et de vagabondage, ramène continuellement certains poètes vers le héros de Moscou (1) ».
En 1827, nouvel article d'E. Géraud sur les Odes et Ballades. Cette fois les critiques sont un peu plus précises. Après quelques réflexions amères sur « l'influence fatale qu'exercent sur l'auteur les éloges effrénés auxquels il est en butte... », Géraud prétend qu'aucune de ses ballades ne ressemble à la poésie du Moyen Age. Le poète ignore complètement l'art de raconter, et Géraud lui oppose Sauvigny, Moncrif, Léonard et Florian. De Florian, il cite, comme modèle bon à étudier, le Pont de la Veuve. Quant à V. Hugo, ses Deux Archers « manquent de simplicité, de grâce, d'ordre et de précision» ; dans la Fiancée du Timbalier, on trouve « un luxe de descriptions qui fait oublier les personnages » ; dans le Géant, un burlesque digne de Rabelais ; et il conclut : « Pour le commun des lecteurs qui n'entendent rien à cette langue, écrire de telles folies, c'est prendre pour des inspirations poétiques de véritables accès de fièvre cérébrale, » On ne peut nier cependant que Géraud n'ait signalé avec une certaine sûreté le défaut dominant de V. Hugo, quand il a dit : « Tourmenté de la manie un peu enfantine de tout dire et de tout peindre, M. Victor Hugo, pour satisfaire ce besoin, ne s'inquiète guère du moment et de l'occasion... C'est toujours le poète qui parle, c'est toujours lui qui veut décrire et se faire voir, sans aucun égard pour la vraisemblance de la fable ou les convenances du sujet (2). »
De ce lyrisme, de cet individualisme poétique, Géraud adonc senti l'excès, — mais rien que l'excès. Il nie,semble-t-il, la légitimité du principe.