Globe, 12 février
sous LA RESTAURATION 289
rentes, cette rudesse de rythme ; et bien plus encore cette affectation du désordre et de l'étrange dans les idées. Cependant, il faut le reconnaître, quelque déplaisir qu'on éprouve à la lecture de ces compositions, elles frappent l'imagination ; c'est un délire si l'on veut, mais un délire de poète ; on peut relire ces vers, on rêve, on s'émeut en les lisant, tandis que les froids versificateurs, qui sont si fiers de leur vulgaire élégance, ne peuvent même arrêter un moment les regards sur leurs pâles tableaux. M. Victor Hugo est en poésie ce que M. Delacroix est en peinture : il y a toujours une grande idée, un sentiment profond sous ces traits incorrects et heurtés ; et je l'avoue, pour moi, j'aime cette vigueur jeune et âpre ; j'en puis blâmer de sang-froid les œuvres, mais ces œuvres mêmes me font sortir de ce sang-froid mortel à l'art ; et c'est bien là un mérite aujourd'hui (1)...
A la suite de ces réflexions, le Globe reproduit deux pièces extraites du recueil : Les Deux Iles et Un chant de fête de Néron ; et dans le numéro du 18 novembre suivant, la Fée et la Péri. Mais le Globe allait publier les 2 et 9 janvier 1827 les articles célèbres de Sainte-Beuve sur les Odes et Ballades (2). On sait quelle était alors la position du jeune critique dans le Cénacle de la rue Notre-Dame-des-Champs et dans la maison de V. Hugo.
Ces deux articles sont trop connus pour que nous devions les citer même par fragments; on en trouvera d'ailleurs une excellente analyse dans l'étude de M.Michaut (3).
Mais cette admiration n'engageait que Sainte-Beuve lui-même. Le Globe se réserve ; et l'on voit paraître, à propos de V Ode à la colonne de la place Vendôme publiée
1. Globe, 4 novembre 1826 (art. inséré dans Variétés littéraires de Dubois, 1, 257).