Muse française, t. Il (1824), p
sous LA RESTAURATION
du XJX' siècle. Là, c'est Henri de Latouche qui juge l'œuvre de Vigny. Esprit sceptique, la religiosité du poème lui déplaît ; il est sévère pour le fond. Mais il loue sans restrictions le style, et réclame la formation d'une langue poétique tout à fait distincte de la prose. Sous ce rapport, Latouche est tout à fait à l'avant-garde romantique ; mais il discute en journaliste beaucoup plus qu'en critique (1).
Le Globe, où Sainte-Beuve consacre, le 8 juillet 1826, une importante étude à Cinq-Mars, s'occupe fort peu d'A. de Vigny comme poète, et ne semble pas le tenir en très haute estime. Voici la note que publie, le 15 avril 1826, le Bullelin littéraire àe ce journal:
Poèmes antiques et modernes, par M. le comte Alfred de Vigay, 2"' édition (U. Canel).
... C'est un singulier poète que M. le comte Alfred de Vigny. Ses conceptions sont tantôt dramatiques, élevées ou gracieuses; tantôt fausses, bizarres, ridicules. Parfois ses idées se développent avec ordre et lucidité ; souvent il y règne une incohérence et une obscurité fatigantes. Son style n'est pas moins inégal que son imagination. Vous venez d'admirer des tours d'une hardiesse heureuse et une poésie du coloris le plus frais, qu'un instant après vous êtes étonné de la barbarie des phrases et du prosaïsme contourné des vers (2)...
Cette sévérité peut étonner. 11 semblerait au premier abord que Vigny, le plus philosophique, le moins fan-
1. Mercure du XIX» siècle, t. IX (1825), p. 347. A signaler, de Latouche (même volume, p. 400), un article amusant : Des gens de lettres vers l'an de grâce 18-25 . C'est comme une brillante esquisse du célèbre article sur la Camaraderie, qu'il donnera en 1829 à la Revue de Paris.