Globe, 6 août
sous LA RESTAURATION 297
précepte de Boileau : Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse (1).
A la critique étroite et mesquine de Géraud,onpeut opposer celle de P. Dubois dans le Globe. Dubois, lui, est plutôt sévère pour le fond; il analyse le poème avec une mordante ironie. Mais du moins, donne-t-il, à cette occasion, une très bonne et très solide page sur les défauts auxquels la poésie personnelle est inévitablement exposée, quand elle sort de ses limites.
Aucun des poètes de notre âge, si ce n'est M. de Chateaubriand, n'a reçu comme M. de Lamartine le don d'émouvoir par les sons ; et telle est l'harmonie de laprose de l'un et des vers de l'autre, qu'en les lisant tout haut, vous enivrez et ceux qui vous écoutent et vous-même, sans pouvoir dire pourquoi, sans que vous acceptiez en rien leurs idées. Sans doute, c'est là le signe auquel on reconnaît surtout le poète ; la nature Ta fait avant tout musicien : cependant Iharmonie et la mélodie ne sont pas toute la poésie ; et M. de Lamartine doit y songer sérieusement, car voilà de suite trois essais malheureux. Tant qu'il s'est borné à peindre les douleurs d'une affectioa trompée, ce vague de pensée où jette le doute à force d'épuisement, ces rêves d'immortalité où se complaît l'espérance, comme il s'adressait pour ainsi dire au souvenir de chacun, les mots d'amour, de néant, d'avenir, d'éternité, sans cesse accordés avec art, ont suffi pour ébranler les imaginations à l'égal de la sienne ; la musique de son style, ajoutant à l'émotion, a doublé l'ivresse, et il a été proclamé le poète du xix« siècle. Mais disons-le avec franchise, M. de Lamartine n'a qu'une corde à sa lyre ; il a traversé la vie en rêveur solitaire, il a peu vu, peu regardé ; et quand il veut peindre la vie réelle, les idées comme les images lui manquent ; il retombe dans sa continuelle adoration de l'infini, de la nature, des mystères
1. Annales de la littérature et des arts,i- XIX (1825), p. 430.