‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 136 sur 182 · I A PRESSE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

I A PRESSE LITTÉRAIRE

de l'âme ; rien devivetnt ne s'échappe de son imagination; c'est toujours le même hymne à propos de mille sujets divers : Socrate, Charles X, Childe-Harold ont les mêmes idées, parlent le même langage, se laissent aller aux mêmes rêveries que le poète lui-même au bord du lac qui le vit voguer avec son amie, ou dans le temple solitaire qui reçut la confidence de ses douleurs (1)...

Les mêmes reproches, un peu durs, il faut l'avouer, mais critiques au vrai sens du mot, sont formulés par un autre rédacteur du G/oZ>e (dans un article non signé) à propos de Mélanges poétiques de Ulric Guttinguer. Toute la conclusion est à l'adresse de Lamartine que l'on rend responsable des défauts de ses imitateurs.

... Nous avons en ce moment cinq ou six jeunes poètes, dont aucun, à coup sûr, n'est dépourvu de dons naturels, et qui font pourtant en général de fort mauvais vers, uniquement, selon nous, par la faute de M. de Lamartine. Si chacun d'eux eût attendu que l'inspiration vînt lui révéler la route que son talent l'appelait à suivre, il est probable que dans des genres différents ils auraient tous laissé des productions plus ou moins heureuses, plus ou moins originales : mais le succès des Méditations leur a fait perdre la tête; ils ont cru qu'on ne pouvait être poète désormais sans avoir fait aussi des méditations, et les voilà qui depuis quatre ans ne cessent de copier ou, si l'on veut, de traduire sous toutes les formes un ouvrage plein de grandes beautés sans doute, mais auquel on ne pouvait donner impunément un pendant, témoin M. de Lamartine lui-même, qui n'a pu s'imiter sans déchoir.

... Tout système, toute routine est la mort de la poésie, qui ne vit que d'inspiration : aussi dans une école poétique il n'y a jamais qu'un poète, c'est le fondateur ; tous les autres ne sont que perroquets.

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