Le Globe, 30 juillet 1825 [Fraffinents.. . I
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... Qu'il se garde de ce genre nuageux, de ce mysticisme du coeur qui ne sait rien appeler par son nom mous sommes au temps da la réalité et de la vérité ; aujourd'hui tout jusqu'à /e vous aime doit se dire simplement (1).
Enfin, pour compléter cet ensemble de jugement, il convient de citer une partie du long article consacré à Lamartine par Rémusat, dans le Globe du 12 mars 1825. Cet article a été réimprimé dans le premier volume des Critiques et études (2), et accompagné d'une note (3) qui, tout en prouvant le sens critique de Rémusat, tendrait à diminuer un peu trop la valeur durable de ses conclusions. On en jugera en lisant attentivement ce qui suit, et en se demandant si vraiment la critique toute récente ne garde pas les mêmes positions.
... Sa rêveuse imagination s'adressait aux imaginations rêveuses : aussi son succès a-t-il été plus grand dans le monde que dans les académies, chez les femmes que parmi les hommes, dans le Nord qu'en France. Qui n'a rencontré de ces esprits jeunes, moitié exaltés, moitié naïfs, qui se plaisent dans le vague, qui savent trouver un fond de tristesse dans les impressions les plus douces, et prêter quelque douceur aux impressions les plus tristes?... C'est tour à tour la circonstance la plus simple ou l'objet le plus auguste qui les pénètre de joie, de peine, ou plutôt d'une émotion qui n'est ni peine, ni joie ; c'est tour à tour le spectacle de la nature ou celui d'une fête, c'est la pensée de l'immensité ou la vue d'une fleur, c'est le souvenir de Dieu, la chute d'une feuille, le murmure de
1. Le Globe, 22 fév. 1825. Cf. un>rticle du 19 mars 1825, sur les Odes d'Ed. d'Anglemont.
3. « Toutes ces observations sur le talent et les idées de M. de Lamartine paraîtront peut-être assez piquantes aujourd'hui que le temps les a si complètement démenties. » J'ai déjà cité cette note dans mon Introduction, p. 19,
l'eau, qui les touchent et les enlèvent aux calculs et aux intérêts de la vie positive, dont l'activité leur semble toujours tenir de trop près à l'égoïsme. A cette disposition morale, ignorée du grand nombre, et souvent passagère chez ceux qui l'ont connue, répond la poésie de M. de Lamartine. De là l'impression inégale qu'il a produite sur des âges, des sexes, des caractères divers ;de là l'impossibilité de faire comprendre son mérite à ceux qui ne l'ont point senti d'eux-mêmes : il faudrait ou leur ôter des années, ou leur rendre des affections. C'est déjà une tâche assez difficile que de s'entendre avec ceux qui goûtent son talent : c'est pour eux comme une question personnelle ; ils ont couru au-devant du charme qu'il leur offrait ; en Técoutant, ils ont cru rêver seuls, et à chaque révélation de sa Muse, il leur a semblé qu'ils se retrouvaient encore et qu'ils rentraient en eux-mêmes.
... Les Méditations poétiques ont cet avantage qu'elles expriment des sentiments que l'auteur a connus. Elles sont vraies en ce sens qu'elles sont sincères : c'est à ce caractère, on peut se le rappeler, que nous avons reconnu l'inspiration. On prétend que M. de Lamartine les regarde comme des essais, comme des préludes, et qu il réserve toutes ses espérances pour des compositions plus étudiées et plus ambitieuses ; cela même prouve que les Méditations lui ont échappé au lieu de lui coûter, et qu'elles décèlent plutôt un sentiment qu'une combinaison. C'est déjà un mérite qui nous suffirait pour les placer au premier rang des ouvrages qu'il nous promet. Puisse-t-il démentir notre conjecture, mais il nous semble appelé surtout, uniquement même, à ce genre de composition. L'attrait de la rêverie, les regrets de l'amour, le dégoût de la vie, la pensée confuse des choses invisibles et de l'avenir éternel, sont les sujets qui lui conviennent le mieux...
Ce qui manque aux Méditations pour la pensée, c'est la force ; et pour le cœur, c'est la passion : elles sont élevées et tristes, voilà tout. Aussi les meilleures expriment-elles les sentiments les moins prononcés ; elles ont
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alors un charme d'une suavité que les mots ne peuvent pas rendre. (Voyez Le Soir , L' Isolement, Les Préludes, Les Adieux à la mer, et surtout la pièce intitulée Souvenir). Mais lorsque le poète s'attaque à des pensées graves et profondes, ses vers, malg-i'é de grandes beautés, ont quelque chose de confus et d'indécis qui satisfait mal les esprits sérieux ; et quand il veut redescendre à la vie réelle et aux sentiments positifs, il perd le naturel et l'effet ; témoins ses fragments épiques et dramatiques, témoin surtout la Mort de Socrate.
(Critique le style, pour la négligence).
(La morale des Méditations) : Elles ne sont que l'hymne du découragement, du scepticisme et de l'inaction. Les conséquences rigoureuses en seraient, en religion, la mysticité sans conviction et sans pratique ; en morale, la sensibilité sans vertu ; en politique, la soumission sans examen (1).
Croirait-on, d'ailleurs, qu'à cette même date de 1825, Rémusat ait dit que Cas. Delavigne était, des trois poètes lyriques qu'il admet, celui qui promettait le plus ? Voici son jugement :
L'auteur des Messéniennes est celui peut-être qui promet le plus à l'avenir, précisément parce qu'il n'a point un genre à lui, et semble chercher encore sa mission. Quoique moins original que les deux autres (Lamartine et Déranger), son talent est si pur et si étendu qu'il peut se prêter avec plus de succès et de facilité à l'innovation, dès que son esprit osera la concevoir ; il parle naturellement en vers, et nul don n'est plus rare
1. Globe, 12 mars 1825 (De l'état de la, poésie française, 3* article : M. de Lamartine), réimprimé dans Critiques et études littéraires, I, p. 218. Cf. Mercure du XIX' siècle, tome XII (1326), art. de H. (Latouche) sur les Œuvres complètes de Lamartine.
Mais Rémusat reproche à Delavigne « de n'avoir pas élevé ses pensées au niveau de son talent » ; et ceci est d'une réelle finesse critique :
Trop souvent, il se borne à mettre admirablement en œuvre des idées communes ; je n'entends point par là des idées populaires, car elles rendraient sa poésie vraie et neuve, mais de ces idées prévues du lecteur, qui ne caractérisent ni l'auteur ni le sujet...
Aussi, malgré la faveur apparente de l'appréciation initiale, Rémusat conclut-il par un conseil fort piquant, même si le critique n'y a fait entrer aucune ironie : il est impossible de mieux placer à son rang le poète superficiel et insipide que devait rester toute sa vie l'auteur des Messéniennes et de Louis XI:
Ses conceptions, dit-il, ne supposent pas une vue assez haute ni assez profonde jetée sur les choses humaines. C'est donc son esprit et sa raison qu'il doit exercer et agrandir : il n'a plus besoin de songer à son talent; il le retrouvera chaque fois qu'il voudra le mettre à l'œuvre. Chez lui, c'est le philosophe qui manque au poète, et c'est un bonheur, car la philosophie est une conquête, et la poésie est un don (1)...
Enfin, à la même époque, Rémusat consacre à Béranger un article presque enthousiaste : si l'on songe que Rémusat fit lui-même des chansons, et qu'il n'était point fâché de relever un genre où il s'était compromis, — et que, d'autre part, il sait gré à Béranger de mettre en couplets les idées libérales que lui-même il tourne en phrases élégantes et sentencieuses, —on ne s'étonnera pas qu'il ait écrit :
1. Globe, 12 fév. 1825 (Études et critiques, I, p. 233). Cf. l'article de Sainte-Beuve, dans le Globe du 20 mars 1827.
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Nous lui devons la poésie la plus nationale, la plus contemporaine et la plus individuelle à la fois... A la fois accessible à toutes les idées de son époque, et fortement préoccupé de ses impressions personnelles, il chante tour à tour en son nom et au nom de tous; il pense comme tout le monde et ne sent que comme lui-même ; il s approprie des idées communes et les traduit dans un langage inimitable, et cependant aussi vite populaire qu'il est connu (1)...
Si d'ailleurs nous ne pensions pas sortir des limites de ce chapitre, où il nous semble que Béranger ne serait pas à sa place, le cas de ce chansonnier serait, au point de vue de nos exemples, un des plus curieux à étudier. Jamais jugements ne furent plus relatifs, plus conditionnés par V actualité, ni plus complètement démentis par la postérité.
§ 4. — Victor Hugo: Les Orientales. — Sainte-Beuve: Les Consolations.
Dès 18*28, la cause de la grande poésie lyrique, c^està-dire de la poésie personnelle, semble tout à fait gagnée. La Revue française le constate une fois de plus, en termes excellents i
Les genres de convention sont démonétisés. Le style en a vieilli.
C'est le moment d'en finir avec tous les genres de convention... Ce moment nous y touchons, si nous ne l'avons déjà atteint ; et les poètes feront sagement de ne plus se hasarder sur ces cordes tendues pour y exécuter les mêmes tours de force que par le passé, et d'y renoncer, comme déjà ils ont renoncé aux triolets, rondeaux,