‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 138 sur 182 · Globe, 16 avril 1S25 (Études et critiques, I, p · texte numérisé non relu

Globe, 16 avril 1S25 (Études et critiques, I, p

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soanets et pastorales. — La poésie ea est réduite à sa forme naturelle et primitive, la poésie lyrique.

Une époque arrive où, fatigués des mensonges d'une poésie toute mythologique, les hommes se mettent à préférer la vérité, et à trouver la nature plus merveilleuse dans sa simplicité qu'embellie parles plus riches fictioas; c'est alors que la muse lyrique reprend son empire et redevient l'organe presque unique de tout ce qu'il y a de poésie dans cet âge de maturité et presque de vieillesse. Quel autre dira ces dégoûts, ces mécomptes qui naissent de l'excès même de notre développement ; cette lutte intérieure qui s'établit entre les émotions d'une nature faible et les lumières d'une intelligence savante ; cette intempérance d'idées confuses qui, si elles ne vont pas jusqu'à ébranler la puissance de notre raison, troublent et fatiguent l'imagination, fantômes d'autant plus imposteurs que nous les voyons et les nions à la fois?

La poésie lyrique est si bien la poésie des temps modernes que c'est sur elle que se fondenl les grandes réputations poétiques de nos jours, non seulement en France, mais en Allemagne,en Italie, en Aagleterre: — Gœthe, Schiller, Burger, Uhland, Manzoni, Byron qui fait naître dans nos imaginations ce besoin de poésie sans illusion, de merveilleux sans croyances religieuses, et de terreur superstitieuse sans préjugés populaires.

En France, G. Delavigne, Lamartine, V. HugOjM-^e Tastu. Soumet, Lebrun... (1).

Mêmes observations, et de la même justesse, dans les articles que Rémusat donne au Globe, et dans lesquels il rend compte de l'ouvrage tout récemment publié par Sainte-Beuve.le Tableau de lapoésie française au X VI^ siècle (2). Il semble avoir résumé plus tard tout cet article,

1. Revue française, n" IX (janvier 1828), p. 228 (à propos du Voyage en Grèce, poème de P. Lebrun).

2. Globe, 3 et 27 sept., 5 nov. 1828 {Études et Portraits..., l,

sous LA RESTAURATION

en cette formule : « Un nœud plus étroit qu'on ne pense rattache aux œuvres poétiques de M. Victor Hugo les recherches de critique et d'histoire de M. Sainte-Beuve. L'un est en effet le critique de l'école dont l'autre est le chef (1). »

Or, justement en 1828, Victor Hugoquisemblait,dans ses dernières Odes, avoir abandonné la poésie de pure imagination, la poésie extérieure et matérielle, pour la poésie intime et personnelle, Victor Hugo va déconcerter la critique par un retour en arrière, en p ibliant les Orientales.

Certes, la critique romantique accueille le nouvel ouvrage avec un respect mêlé d'enthousiasme. Cependant le Mercure du XIX" siècle, qui venait de publier sur les Odes et Ballades un article où les éloges n'étaient tempérés d'aucune restriction (2), sent très bien la différence ; et le rédacteur plaide avec esprit les circonstances atténuantes : il distingue la poésie de sen~ timent de la poésie di imagination, et il ajoute :

C'est sur ce genre de pièces (Les Djinns, Sara, la Cap~ tive...)qvLG retombe surtout le reproche adressé à M.Hugo, de ne pas composer ses Odes, et de faire de la poésie seulement pour les yeux. On conçoit ce reproche : la poésie d imagination est à la fois celle qui se comprend le moins, et qui se pardonne le moins. La poésie de sentiment, en nous retraçant des rêves de cœur, que nous avons nous-même éprouvés maintes fois, nous associe en quelque sorte au travail du poète, et il nous semble que nous soyons pour quelque chose dans cette belle œuvre qui nous émeut. Il en est tout autrement de l'autre espèce de poésie ; elle nous accable et pèse sur nous

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