‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 145 sur 182 · Revue française, n» XIII (janvier 1830), p · texte numérisé non relu

Revue française, n» XIII (janvier 1830), p

celui qui soutient le romantisme juste-milieu, n'est pas satisfait ; il ne croit plus à l'avenir d'une école devenue une coterie. Le second nous donnera la note des romantiques eux-mêmes.

Les renommées durables, lisons-nous dans la Revue française, ont toujours appartenu non à ceux qui ont devancé leursiècle, comme on ne cesse de le répéter, mais à ceux qui l'ont compris, à ceux qui en ont rendu, quoique diversement, toute la pensée. N'avons-nous pas vu déjà s'élever parmi nous quelques-unes de ces gloires incontestées? L'envie même oserait-elle disputer aujourd'hui à Chateaubriand, à La Martine et à Béranger cette couronne que leur ont décernée les contemporains, et qui ne doit jamais se flétrir ? Et cependant ils n'ont prêché aucune réforme; ils ne se sont point annoncés comme des novateurs ; poètes, ils ont fait ce qui convient à des poètes; ils ont beaucoup senti, et ils ont exprimé avec bonheur ce qu'ils sentaient. Voilà leur secret et leur gloire 1

Au nombre des jeunes écrivains qui aspirent à les égaler, à les surpasser peut-être, il en est qui ont voulu faire une révolution, ne voyant pas qu'elle était facile ou qu'elle se ferait d'elle-même ; ils se sont réunis pour accomplir cette grande tâche, et il sont là haletants, épuisant leurs forces, cherchant dans le passé les matériaux d'un édifice qui soit indestructible dans l'avenir. Qu'en résultera-t-il bientôt? C'est qu'au lieu d'être au delà de ce mouvement, de ce progrès que nous avons constaté, ils seront impuissants à le suivre,

... Où en est cependant la nouvelle école ? Après avoir admis ce principe d'impartialité et de liberté, après l'avoir pris pour devise et se l'être en quelque sorte approprié, la voilà qui s'en écarte et qui l'abandonne. Elle a une doctrine, des préceptes, des règles ; elle devient exclusive, intolérante et absolue comme l'école classique. Elle se fait une prosodie et une poétique bizarre... Enfin, elle ne dit pas comme autrefois : « Affranchissez-vous de tous les

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systèmes »; elle dit, ou du moins elle semble dire : « Renoncez à votre système et suivez le mien. » Un esprit de prosélytisme étroit s'est emparé d'elle ; au lieu de s'associer au mouvement des esprits et de marcher en avant comme elle pouvait le faire, elle s'est isolée, elle est entrée dans le désert où quelques disciples ardents l'ont suivie, mais ovà la foule ne la suivra point.

Lisez les préfaces, les poèmes, les drames, tous les manifestes de cette école, et vous verrez qu'elle s'enfonce de plus en plus dans l'esprit de secte ; qu'elle se croit jetée dans un monde étranger pour accomplir une mission réservée à elle seule et à laquelle n'ont point travaillé les contemporains. L'auteur des Consolations, M. Sainte- Beuve, ne disait-il pas, dans le volume qu'il a publié sous le nom de Joseph Delorme : « Lui aussi (c'est-à-dire M. Sainte-Beuve), lui aussi aura sa part à la grande œuvre ; lui aussi il aura apporté sa pierre toute taillée au seuil du temple ; et, peut-être sur cette pierre, dans les joursà venir, on lira quelquefois son nom.» Dans la pièce intitulée le Cénacle,il exprimait plus nettement encore sa pensée et comparait ses amis aux disciplesde Jésus-Christ... Le nouveau recueil (1)... est un hymne pompeux à quelques amis dont les succès ont un peu ébloui M. Sainte- Beuve. Il est dédié à M. V. Hugo, le chef et l'orgueil de l'école romantique. (Ici, une citation de la Préface. )Nous n'hésitons pas à l'avertir (V. Hugo) qu'il se tromperait étrangement en prenant la voix de ses amis pour la voix du peuple.

M. Sainte-Beuve se laisse entraîner beaucoup plusencore aux illusions de l'amitié, quand il s'adresse à M. A. de Vigny (2).

Comparons à cet article sévère jusqu'au dédain, celui que le Mercure du XJX^ siècle publie sur les Poètes

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