‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 146 sur 182 · Les Consolations · texte numérisé non relu

Les Consolations

2. Revue française, n° XIV (1830), p. 260. La Revue considère dès 1829 Sainte-Beuve comme le critique attitré de l'école romantique. Cf. p. 305.

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lyriques contemporains, sous la signature P. B. (?). Il serait difficile, je le crois du moins, de résumer aujourd'hui, d'une façon plus nette, les sources et les caractères du lyrisme romantique.

Le rédacteur commence par réfuter brièvement la théorie soutenue par V. Hugo dans la Préface de Cromwell ; il n'est pas vrai, dit-il, que les temps modernes soient exclusivement dramatiques. 11 constate que :

... la Révolution qui a déjà introduit tant de changements dans les individus comme dans la société, est encore bien loin de l'apogée de son progrès. Sous mille noms divers elle nous envahit, nous déborde de toutes parts, on dirait que ses forces s'accroissent incessamment des obstacles mêmes que les arriérés de toutes les couleurs tentent de lui opposer. Elle a réformé les mœurs, modifié les croyances, détruit nombre d'opinions qu'elle refait aujourd'hui. Son travail de reconstruction semble échapper à nos yeux, parce que nous n'en distinguons pas les sensibles progrès dans ce qui frappe d'ordinaire la masse, je veux dire les institutions. Pour cela ils n'en sont pas moins réels...

La preuve de ce qu'il avance, le rédacteur veut la chercher dans le Lyrique « qui est jusqu'à présent, quoi qu'on en puisse dire, le plus beau titre littéraire du siècle. » Il rappelle que ni Malherbe, ni J.-B. Rousseau ni Lebrun ne sont des lyriques.

... Ils ont revêtu d'un langage beau et sonore des idées

qui n'étaient pas et ne pouvaient pas être les leurs Ils

ont été, lyriquement parlant, ce qu'ils pouvaient être de leur temps. Le sentiment lyrique ne pouvait guère surgir de la cour de Louis XIV, non plus que du philosophisme du xvui« siècle. Il lui fallait des émotions dignes de lui, des émotions qu'il devait trouver dans une grande catas-

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trophe,dans un bouleversement immense. André Chénier, cette àme de poète, retrouvée après tant d'années de stérilité, cet imitateur original des Grecs, n'a pas été servi à temps par les événements.... Les désastres de 1793, la lutte contre l'Europe qui s'ensuivit, n'eurent pas de chantre ; la poésie était alors trop dans les choses; elle se faisait trop sentir d'elle-même pour avoir besoin d'un interprète. L'art exige un idéal qui alors s'effaçait devant une trop vive réalité... [ — Parmi les poètes qui se sont inspirés des triomphes et des malheurs de la France, se distinguèrent G. Deiavigne et Béranger ; plus encore, Victor Hugo.] Rénovateur décidé, M. Hugo a tenté tous les systèmes d'inspiration ; il innove dans la forme aussi bien que dans le fond. Il a parcouru l'ode dans tous les sens, il l'a asservie à tous les rythmes, il l'élève ou la rabaisse à tous les tons. S'il était permis à la critique la plus ignorée de se manifester à un homme de ce mérite, peut-être pourrait-elle lui reprocher de faire quelquefois de la poésie avec de l'érudition, et de méconnaître trop souvent sa nature éminemment créatrice, pour recourir aux petites ressources de l'art.. .

Après Victor Hugo, le rédacteur du Mercure cite Mmes Desbordes- Valmore et Tastu, MM, Lebrun, Barthélémy, Méry, de Vigny et J.Lefebvre.On remarquera que, jusqu'à présent, Lamartine n'a pas été nommé ; c'est qu'il mérite une place à part. Voici le remarquable éloge qui lui est consacré:

... Tous ces poètes, il faut bien le dire, les uns en caressant l'esprit de parti, et demandant la plupart du temps leurs plus touchantes inspirations aux souvenirs de 1b patrie glorieuse et désolée ; les autres, en s'aidant de compositions et d'images empruntées à d'autres littératures, à d'autres âges surtout dont une imitation trop fré- <juente a épuisé le merveilleux ; ces poètes, dis-je, n'ont

pas SU découvrir dans notre âme la corde délicate que M. de Lamartine a si harmonieusement touchée. Si on se rappelle ce que je disais tout à l'heure des deux sources d'inspirations que la Révolution a ouvertes, on a vu que le génie de nos poètes contemporains s'est éveillé à l'aspect matériel, pour ainsi dire, de nos bouleversements ; leurs chants se sont plus ou moins ressentis des agitations politiques, et ils les ont reproduites avec plus ou moins d'énergie, plus ou moins de fidélité. Une vocation plus intime se serait-elle arrêtée là ? Derrière ces effets immédiats,directs, presque physiques de notre grande secousse, il y avait un fait moral immense qui devait solliciter puissamment l'enthousiasme d'une imagination rêveuse. Quand cette philosophie qui naguère avait détruit tant de préjugés, venait d'éteindre toutes les croyances, lorsque le sentiment religieux, repoussé de la religion même qu'on s'obstinait à ne plus regarder que comme une forme, se refoulait au fond des cœurs comme dans un sanctuaire impénétrable, quelqu'un se rencontre qui réveille ce sentiment et rallume ces croyances. M. de Chateaubriand accomplit une partie de cette vocation, mais il semble s'être adressé plutôt aux ho77imes réunis qu'à l'homme seul ; il a plutôt servi la société que l'individu : plus générale, son influence a été moins directe et moins efficace, par cela même que le pouvoir d'alors en a fait un instrument politique. Mais ce qui ramène la foule ne suffit pas au penseur, au philosophe. C'est qu'il fallait pour tenter celte régénération sur les esprits supérieurs, une âme exclusivement lyrique, passionnée, solitaire, qui ait eu besoin de s'éclairer, et de se vaincre elle-même, qui fût arrivée à la vérité par l'erreur, à la foi par le doute, à la victoire par le combat. Il la fallait tout à la fois d'une énergie infernale et douée d'une sensibilité douce, pleine d'une mélancolie sympathique, et surtout d'une éloquence surnaturelle. Il fallait encore que cette âme doutât ellemême pour vous intéresser, puis qu'elle gémît pour vous attendrir, qu'elle aimât pour vous attirer, et qu'elle crût pour vous convaincre. Qui ne connaît les Méditations ?

SOL'S LA RESTAURATION

C'est, selon moi, l'œuvre lyrique la plus individuelle de notre époque (1).

Telles étaient, en 1830, les positions de la critique à l'égard du lyrisme contemporain.

1. Mercure du XIX' siècle, tome XXVIII (1830), p. 118. Nous aimons mieux citer cet article inédit et qui révèle un critique de premier ordre, et signaler seulement les deux articles de Sainte- Beuve sur les Harmonies de Lamartine {Globe, 16 et 20 juin 1830). Le texte en est connu.

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