‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 149 sur 182 · Minerve, tome II (1819\ p · texte numérisé non relu

Minerve, tome II (1819\ p

entasser sans règle et en attendre l'effet. Tous ceux de Schiller sont habilement conçus et contrastés ;et tel coup de pinceau qui, d'abord semble indifférent, tient, par des procédés adroits, à la composition générale (l).

Les préceptes essentiels des genres inspirent à un rédacteur des Lettres champenoises en 1818, après une analyse de la Jeanne d'Arc de Davrigny, une réflexion peu critique, sans doute, mais vraiment prophétique, s'il est vrai que le futur drame devait être lyrique et épique. « Où en serions-nous, dit -il, si l'on pouvait transporter dans la tragédie les récits du poème, et dans le poème le dialogue de la tragédie ? La littérature ne serait plus qu'un chaos (2). »

La vaèvae Jeanne d'Arc est, pour les Lettres normandes, l'occasion d'une protestation anticipée, curieuse à sa date, contre l'abus de l'histoire dans la tragédie. Le rédacteur blâme ceux qui cherchent dans Vhistoire des sujets tout faits, et rappelle fort judicieusement aux écrivains la méthode de nos classiques.

Les maîtres du théâtre français s'emparent de ce que l'histoire a négligé ; loin de s'en faire les faibles et infidèles échos, ils saisissent pour parler ses intervalles de silence ; ils expliquent ce qu'elle ne dit pas, et leurs fables deviennent d'utiles compléments du récit, surtout chez Racine... Aussi rien ne le gêne dans le développement de son sujet ; il invente toujours, il marche de fiction en fiction, sans que jamais l'histoire puisse l'accuser de mensonge ou d'inexactitude : loin de là ; dans Britannicus et dans Athalie, il est frappant de vérité ; il semble que ce soit l'histoire même, et cependant tout est invention. C'est que la vérité pour le poète n'est pas dans l'exacti-

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