Lettres champenoises, tome III (1818), p
sous LA RESTAURATION
tude des faits, elle est dans la peinture fidèle des mœurs, des caractères et des passions (1).
On pourra rapprocher ces lignes d'une admirable page de Manzoni dans la Lettre à M. Chauvet. Ce que le rédacteur des Lettres normandes indique en ternies justes mais assez banaux, surtout vers la fin, Manzoni l'expose et le précise en poète de génie qui sait raisonner sur son art. Mais, en 1819, la Lettre de Manzoni n'avait point paru, et le rédacteur anonyme des Lettres normandes peut revendiquer pour lui seul cette belle expression : « ils saisissent pour parler ses intervalles de silence. »
Il y a mieux encore, dans les Lettres normandes. Le rédacteur qui écrit un compte rendu de la Marie Stuart de Lebrun semble avoir mis au point pour les futurs historiens de la critique, ce que l'école classique modérée entendait par la nouveauté du fond et le traditionalisme de la forme. Et dans le même article, on voit apparaître nettement, une fois de plus, l'idée d'une filiation entre le mélodrame et le futur drame romantique.
Honneur aux poètes tragiques de notre âge, qui ont enfin la noble audace d'abandonner la fable et l'histoire ancienne pour vous offrir des tableaux tirés de nos propres annales, ou du moins des fastes modernes ! Cinq tragédies représentéesdepuis peu de temps avec plus ou moins de succès, ont aplani la route ouverte avec timidité par leurs devanciers, Jeanne d'Arc, les Vêpres siciliennes, Louis IX, Charles de Navarre et Marie Stuart, ont fait éprouver aux spectateurs un genre d'intérêt plus profond et plus grave que les tragédies de l'ancienne école. Le premier et le dernier de ces ouvrages sont empruntés à