‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 156 sur 182 · Revue Encyclopédique, t. XXXVII (1828), p · texte numérisé non relu

Revue Encyclopédique, t. XXXVII (1828), p

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système dramatique se lie à notre système politique ; il faut que la nation se retrouve sans cesse devant ellemême (1). » Et Brifaut cite pour exemple: Le siège de Calais, Charles IX, Les Templiers. N'oublions pas, en effet, que son Ninus II n'est devenu tel, c'est-à-dire une insipide tragédie assyrienne, dans le genre de la Sémirajnis de Voltaire, — que par la faute des censeurs de 1811 ; l'auteur avait placé son action en Espagne. Mais Brifaut ne pousse pas assez loin sa thèse critiqueil a seulement le mérite de formuler nettement, dès 1819, le principe essentiel d'une renaissance dramatique.

De ce principe, un critique clairvoyant et logique, Rémusat, devait tirer les conséquences^ essentielles. L'article qu'il publie au tome II du Lycée français, en 1819, à propos du théâtre du comte de Gain-Montagnac, et qu'il intitule : Révolution au théâtre, contient tout un exposé de la question et l'esquisse d'un programme. Rémusat commence par signaler un fait : le dégoût du public pour les pièces nouvelles composées dans les règles: on y reconnaît toujours les mêmes procédés. A ne représenter sur nos premières scènes que de

1. Lycée français, t. I (1819), p. 23 (De l'état actuel du théâtre en France). — A propos de la comédie, dans le même article, Brifaut écrit : « Trop de jeunes écrivains dramatiques, séduits par la lecture des pièces de notre ancien théâtre, s'imaginent qu'ils n'ont rien à faire qu'à reproduire sur la scène les personnages d'autrefois. Ils oublient que les marquis, livrés au ridicule par Molière, n'existent plus ; que les valets et les soubrettes ne mènent plus les intrigues de leurs maîtres ; qu'il faut abandonner les financiers brutaux, les gascons affairés, les tantes burlesquement coquettes ; caractères depuis si longtemps usés au théâtre et si inconnus maintenant dans la société... Le public ne les reconnaît pas ; les acteurs les jouent mal. Puisque nous avons d'autres originaux, faisons donc aussi d'autres portraits. »

pareilles tragédies, on s'expose à voir le public se contenter du mélodrame. Il constate aussi que la plupart des reprises de tragédies classiques (quelques chefs-d'œuvre exceptés) ont échoué : on y trouve le factice et le commun. D'autre part, quelles sont les tragédies nouvelles qui ont réussi ? Trois seulement : Les Templiers y Marie Stuart et les Vêpres Siciliennes. Or, ajoute-t-il (et c'est ici que se révèle le sens critique de Rémusat ; car ceci est écrit en 1819), « dans ces ouvrages, les beautés sont des hardiesses, les défauts tiennent aux règles suivies par l'auteur. » Évidemment, on peut discuter cette affirmation, en soi ; mais Rémusat a très bien vu que ces drames historiques auraient gagné quelque chose à se dégager des unités de temps et de lie\i (1).

Dans le Lycée français paraît également, en 1820, l'article de Chauvet sur le Carmagnolade Manzoni. Mais Chauvet,tout en admirant fort le drame italien, croit que l'auteur aurait mieux fait de soumettre à la concentration des unités un sujet qui reste quelque peu flottant (2). Chauvet s'attira, on le sait, une réplique de Manzoni, cette Lettre sur les Unités à laquelle Fauriel collabora certainement, et qui est aussi supérieure à la Préface de Cromwell,q\ie peut l'être une étude critique pensée par un poète philosophe à une brillante improvisation de poète ignorant.

Il faut signaler encore, dans le Lycée français, un article de Ch. Loyson sur la Jeanne d'Arc à Rouen de Davrigny. Loyson juge la pièce monotone, faite d'intéressants rapprochements avec Schiller, et regrette que

1. Le Lycée français, t. II (1819), p. 205 (article réimprimé dans Critiques et Etudes, 2e éd., tome I, p. 127).

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