‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 159 sur 182 · Tablettes universelles, n" 32 (1823), p · texte numérisé non relu

Tablettes universelles, n" 32 (1823), p

sous LA RESTAURATION 335

que, est le Globe, auquel nous joindrons, à partir de 1828, la Revue française, et en 1829 et 1830 le Mercure du XIX^ siècle devenu tout à fait romantique.

Entre 1824 et 1829, n'apparaît aucune œuvre dramatique de premier ordre dans le genre nouveau, — sauf des œuvres non destinées à la scène comme le Cromwell de V.Hugo, le Théâtre de Clara Gazulde Mérimée, les Barricades et les États de Blois de Vitet, les Proverbes de T. Leclercq, les Soirées de Neuilly de Dittmer et Gavé. Chacun de ces ouvrages est,pourles rédacteurs du Globe, l'occasion d'une discussion théorique toujouFS intéressante. — De plus, les œuvres secondaires et mixtes, qu'elles aient pour auteurs des classiques un peu téméraires comme Ancelot, ou des romantiques trop timides comme A. Soumet, sont très nombreuses ; et nombreuses aussi les reprises de tragédies oubliées ou les mises à la scène d'œuvres interdites par la censure impériale. Aussi les critiques très distingués et très raisonneurs des périodiques doctrinaires, les Guizot, les Rémusat, les P. Dubois, les Vitet, les Magnin, sont-ils sans cesse ramenés par l'actualité littéraire à la question du drame romantique.

Pour mettre un peu d'ordre dans les citations qui vont suivre, je voudrais pouvoir distinguer la critique négative (celle qui s'exerce sur les œuvres /)5euc/o-cfâssîques), de la critique positive (celle qui a pour objet les tentatives de rénovation dramatique). Mais celte classification est impossible ; on le comprendra aisémeat. C'est en effet, le plus souvent, dans la discussion des œuvres qu'ils condamnent, que les critiques doctrinaires et romantiques formulent leurs principes et esquissent leurs théories. Mieux vaut donc, — par nécessité, — suivre l'ordre des dates.

Dès octobre 1824 (le Globe vient d'être fondé), les

positions sont prises par un rédacteur qui signe A. (probablement Aug. Trognon), et qui rend compte d'une tragédie en cinq actes et en vers : La Mort du Maréchal de Biron.

C'est moins à cet ouvrage que nous faisons la guerre, qu'au système déplorable aujourd'hui régnant sur notre scène et avec lequel il est temps de ne plus garder de ménagement. Que nos jeunes poètes, au lieu de s'obstiner à faire de la tragédie une combinaison réglée du faux et de l'ennuyeux, recherchent le vrai et s'efforcent de le reproduire d'une manière vivante; qu'au lieu d'imiter sans fin nos grands maîtres, dont ils ne nous offrent que des copies méconnaissables, ils aspirent au mérite de l'originalité,et unebonnefoistâchentd'êtreeux-mêmes; qu'enfin, usant librement de ce que la nature leur a accordé de talent,ils accordent à la sévère raison tout ce qu'elle réclame, mais n'accordent rien au préjugé... (1).

Mais voici, sur le Fiesque d'Ancelot, tout un programme. Tandis que les Lettres champenoises (2) faisaient de ce drame bâtard, maladroite imitation de Schiller, le plus pompeux éloge, et félicitaient l'auteur de son attachement aux traditions, le rédacteur du Globe (Duvergier de Hauranne) écrit :

Les formes de la tragédie grecque conviennent-elles à la tragédie moderne ? Les impressions théâtrales doiventelles être épiques ou dramatiques, et peuvent-elles être l'un et l'autre ? La vérité est-elle ou n'est-elle pas la condition première de tout drame historique ? Y a-t-il enfin moyen de concilier cette vérité avec le vers alexandrin et la dignité du cothurne français ? Telles sont quelquesunes des nombreuses questions qui se rattachent à la

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