Lettres champenoises, tome XIX (1824), p
sous LA RESTAURATION 337
grande querelle des classiques et des romantiques ; questions immenses, complexes et que je ne veux point traiter
Que dirai-je de plus?Partout l'auteur français a dépouillé Fiesquede son intérêt, de sa vie. Sous sa plume, les scènes les plus originales sont devenues banales. Le caractère du moyen âge a fait place à quelque chose de mixte entre l'antique et le moderne ; et sous le nom de Génois, il nous a montré des espèces de Grecs habillés à la française (1).
Dans un second article, le rédacteur examine le style de la pièce ; et c'est là qu'il expose plus largement ses idées :
Si par ce mot style l'on entend l'art d'enfiler de ronflants alexandrins, d'aligner des tirades sonores, nul doute que le style de M. Ancelot ne soit estimable à beaucoup d'égards. Mais s'agit-il de prêter à chaque personnage le langage qui lui soit propre, de retracer avec la parole les mœurs, les idées, les sentiments d'un siècle ou d'une nation ; s'agit-il enfin d'émouvoir par ces mots vifs et naturels qui, lorsque les passions s'exaltent, remplacent toujours dans le dialogue les tournures prétentieuses et compassées, alors, je ne crains pas de le dire, M. Ancelot a un style d'autant plus mauvais qu'il est chez lui l'effet d'un système, et c'est ce système qui, bien plus encore que l'unité de temps et de lieu, me paraît l'écueil de la tragédie française. Chez les Grecs, le langage comme les manières conservait toujours un certain degré de dignité ; c'est d'ailleurs dans les temps héroïques qu'ils allaient chercher le sujet de tous leurs drames, et jamais on ne s'était représenté les Thésée, les Agamemnon, lesOreste, autrement qu'ils ne les ont peints. Mais quand nous mettons sur la scène ce moyen âge que l'histoire nous fait si bien connaître, et dont les principaux caractères iont la tur-