‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 16 sur 182 · Hatin. Biblioc/r., p · texte numérisé non relu

Hatin. Biblioc/r., p

à partir du 14 avril, les articles sont suivis de cette mention : permis d'imprimer. H., et souvent le texte est interrompu par des lignes de points. Les Lettres normandes essayèrent donc de vivre malgré la censure, en conservant leur titre et leurs rubriques ordinaires, tandis que la Minerve renonçait à son titre et se transformait en brochures sans lien apparent. Mais contre les deux publications, la censure eut le dernier mot.

Toutefois, on aurait pu croire que les Lettres normandes, persécutées pour leurs articles politiques, allaient se transformer en une véritable revue littéraire. Le 14 avril 1820, dans leur Mosaïque politique et littéraire, les Lettres déclarent que la littérature va devenir leur principal objet. J'aurai plus loin l'occasion de citer une partie de ce curieux passage, où se montre avec une singulière naïveté le sentiment qui inspire à la plupart des libéraux leurs jugements sur les romantiques.

D'ailleurs, les articles littéraires sont, dans les Lettres normandes, assez nombreux. On y pourrait, à la rigueur, suivre le mouvement dramatique et poétique de ces deux années, ce qui serait impossible dans la Minerve. Non seulement, il y a des comptes rendus des principales nouveautés ; mais encore la Mosaïque politique et littéraire nous tient au courant d'une foule de détails intéressants sinon pour l'histoire au moins pour la chronique des lettres. Les Spectacles sont rédigés par Bert.

Le rédacteur en chef, Léon Thiessé(l), fut un homme

1. Léon Thiessé (1793-1854) fut rédacteur au Diable boiteux, au Mercure, au Constitutionnel, k la i?ei'ue encyclopédique, fondateur des Lettres normandes. Publia des compilations : Les Débats de la Convention, 1828,5 vol. ; lesVicloires de Varmée française, 1819,7 vol. En lSl6,Zuleicha et Selim ou la Vierge d'Ahydos,dQ Byron. En 1830,

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célèbre à soq heure ; et si l'on en juge par le ton de ses articles, par le choix des nouvelles, par une certaine variété de productions qui trahit en lui un agité, on peut dire qu'il est né cinquante ans trop tôt. Il aurait dû faire du journalisme sous le second Empire, et travailler au Figaro de Villemessant. Il n'a ni la gravité, ni la pesanteur non plus, de ses illustres confrères de la Minerve ; cependant, il se rapprocherait plutôt de Jouy et d'Etienne que de Lacretelle et de Tissot. Toute sa carrière littéraire et administrative lient entre 1815 et 1840 : libéral sous la Restauration, il devint préfet sous la monarchie de Juillet, rien de plus logique. Le titre le plus sérieux de L. Thiessé, c'est d'avoir été le premier traducteur de Byron. Ses articles, tant aux Lettres normandes qu'à la Revue encyclopédique et au Mercure du xix^ siècle, nous instruisent beaucoup, eux aussi, sur la façon dont les libéraux croyaient devoir accueillir et attaquer les romantiques.

Parmi les articles littéraires des Lettres normandes, je signalerai d'abord les comptes rendus dramatiques, dus à Bert (1), et souvent très intéressants :1a Manie des grandeurs, d'A. Duval (2) ; VEsprit de parti, de Merville (3); Bélisaire, de Jouy (4); Louis /X, d'Ancelot (5); le Frondeur, de Royou (6) ; les Comédiens, de G. Delavigne (7); Jeanne d'Arc à Rouen, deDavrigny (8); VJrré-

devieat préfet des Deux-Sèvres, puis des Basses-Alpes. En 1851, publie les œuvres d'Etienne, avec des notices dont le ton est souvent plus politique que critique.

1. Bert (1768-1824) n'est guère 4. IV, 219 (déc. 1818). connu que par des écrits de 5. LY, 7 (nov. 1819). politique ou de droit. 6. IX, 47 (nov. 1819).

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