G. Duvicquet, successeur de Geoffroy aux Débats
3. G?oie, 16 décembre l%2i.— Un abonné crut bon de protester en faveur des Grecs, par une lettre insérée dans le numéro du 18 décembre : « On trouve chez eux, à côté du sublime, le simple et le familier, tout aussi bien que dans Shakespeare et Schiller, à cette exception près, qui ne saurait diminuer leur gloire et notre estime, qu'avertis par un sentimont délicat, ils ne descendent jamais jusqu'à la bassesse et la trivialité... » — 21 déc. : Réponse
On retrouve les mêmes revendications, plus franches encore, dans un article sur le Cid d'Andalousie de P. Lebrun.
...Resterait à connaître la grande et capitale objection faite à cet ouvrage, celle de confondre tous les tons et tous les genres, de placer l'intérêt dans une sorte de fantasmagorie dramatique qui fait passer sous les yeux du spectateur l'assemblage indistinct de mille objets divers, une réception royale, une entrevue d'amants pendant la nuit, un duel, des assises, etc.. Tandis que nos grands maîtres soutiennent si habilement pendant cinq actes le développement d'une seule et même action. A cela, nous aurions à répondre, si nous le voulions, que la pièce de M. Lebrun est tout aussi simplement construite que beaucoup de nos ouvrages dits classiques, et que la variété des objets qui s'y rencontrent n'est pas beaucoup plus grande que celle de telle ou telle tragédie de Corneille ou de Racine, Nous pourrions aborder plus franchement encore la question, et convenir que cela même que l'on reproche à l'auteur du nouveau Cid est ce que nous appelons de tous nos veux; que l'art tragique, expirant aujourd'hui en France parmi les entraves de l'étiquette et les langueurs d'un ennui de convention, reprendra vie alors seulement qu'il ira puiser à la source de la réalité, et reproduira changeant et complexe, comme il est, le tableau de l'existence humaine...
...A en croire le plus grand nombre de nos journalistes, rien de plus commun, de plus lâche, de plus prosaïque, que la diction du Cid d'Andalousie. Nous concevons ce reproche : quand on se prosterne devant la vide magnificence de la versification de Fiesque, quand on tressaille
du rédacteur : (Se justifie... Et conclut) « ... Je suis convaincu que si Eschyle et Sophocle apparaissaient aujourd'hui, notre classique Académie n'hésiterait pas à leur fermer ses portes, en criant au romantisme : ce qui par bonheur n'ôterait rien à leur mérite. »
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d'enthousiasme aux niaises et sonores maximes de Régnlus, quand on se perd avec ravissement dans les vapeurs du style de Saûl et de Cléopàtre, on doit être bien choqué de la façon de dire généralement simple et unie de M. Lebrun. Les vers de comédie abondent dans son ouvrage ; il aime à appeler les choses par leur nom, et fuit l'ambition des périphrases. Le mouvement enfin est plutôt en dedans qu'en dehors de la diction; et plus les sentiments sont élevés, plus ils se produisent avec simplicité et franchise. Voilà ce qui a été chez lui le principal objet du blâme, voilà ce que nous y louons (1).
De même, P. Dubois dira du Germanicus d'Arnault « qu'il eût été facile de remplacer les langueurs du discours par des actions vives et naturelles, sans blesser en rien la règle si chère de l'unité de temps et de lieu : il n'eût fallu pour cela que consentir à sortir du palais » (2).
Il reproche à Soumet, auteur de Jeanne c/'Arc, d'avoir «transporté la fausseté de notre vieille scène dans l'histoire moderne » (3).
Un autre rédacteur du Globe (0. z^ Duvergier de Hauranne) essaie d'expliquer les résistances du public, et, en 1825, semble annoncer la bataille d'Hernani.
. . . Pourquoi donc faut-il qu'à peu près banni des arts et de la poésie proprement dite, le pédantisme ait trouvé dans le parterre de nos théâtres un asile inviolable ?
Là au moins il règne encore en maître, il tranche, il décide ; au besoin même, il invoque l'honneur national à son secours, et, pour échapper à une défaite qu'il prévoit, il proscrit la concurrence et consacre le privilège. Bien convaincu qu'il périrait, s'il laissait faire, toute pro-
i. Globe, 7 mars 1825, article non signé.