‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 163 sur 182 · Id., 17 mars i.82ô (Fragments, 1, p · texte numérisé non relu

Id., 17 mars i.82ô (Fragments, 1, p

duction franchement dégagée de la routine classique est par lui condamnée d'avance : sifflets, éclats de rire ironiques, applaudissements tumultueux, il n'est rien qu'il n'emploie pour détourner l'attention, égarer les esprits.... Pour exécuteurs de ses arrêts, le pédantisme a choisi une foule déjeunes gens qui, ardents, impatients sous tous les autres rapports, se sont, par une étrange inconséquence, voués à la cause de l'immobilité théâtrale. Ils bâillent, mais il applaudissent ; ils rient, mais ils sifflent ; et nous en avons vu qui, furieux de s'être amusés contre les règles, faisaient payer cher au pauvre auteur le crime de les avoir égayés ou attendris : aussi ne tiennent-ils plus guère au suranné que par amour-propre.

Cependant, ajoute-t-il, la demi-chute de tragédies comme Clytemnestre et les Macchabées, le succès indiscutable de Marie Stuarl, tout paraît indiquer que l'avenir est aux sujets historiques :

La tragédie historique et libre n'est pas à coup sûr le romantisme tout entier : mais elle en est lune des branches les plus importantes, celle peut-être vers laquelle la direction actuelle des esprits nous pousse le plus irrésistiblement, celle qui nous permet les jouissances les plus vives. Aussi bientôt, si nous en croyons nos pressentiments, ne comptera-t-elle plus parmi ses ennemis que ces éternels détracteurs de tout ce qui est nouveau, que ces puritains de la littérature toujours bardés de citations et de lieux communs. Déjà dans les deux camps, les bons esprits paraissent s'entendre sur quelques points importants; et tandis que dansle Mercure du X/X«siec/e (93® liv.), M. Jall admet que la littérature et les arts ne peuvent icibas être soumis à des principes immuables, M. Etienne (90® liv.) y déclame contre les pompeuses tirades de nos tragédies, y prêche pour la vérité locale et historique.... Que nos jeunes auteurs se livrent donc sans scrupule à leur propre essor: qu'ils osent, c'est le seul moyen de briller plus d'un jour. Des succès plus contestés peut-être

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d'abord, mais bien plus durables, bien plus glorieux, voilà ce qui les attend dans cette nouvelle carrière ; et siffles peut-être à la première représentation par quelques-uns de ces douaniers du parterre, toujours prêts à arrêter au passage ce qui ne se trouve pas sur leur tarif, à la dixième ils les feront pleurer et frémir eux-mêmes (1).

C'est aussi en faveur de la tragédie historique largement traitée que réclame Paul Dubois, dans un article que je citerai parce qu'il n'a pas été inséré dans ses Fragrmeri^^.Ils'agit d'une tragédie représentée à l'Odéon, Rienzi,paiV Gustave Drouineau. Dubois constate d'abord que le goût de la vérité fait chaque jour des progrès au théâtre ; nous voulons y voir les grands hommes avec leurs ridicules et leurs vices, et non pas des héros de collège. Or, M. Drouineau n'a que des souvenirs, et l'on ne trouve dans sa pièce aucune trace de vérité historique.

Rienzi, c'est Auguste pour la générosité, et Sylla pour la politique, etc.. Toutes ces situations sont les mêmes, conduites absolument de la même manière, et amenant les mêmes contrastes. J'insiste avec force sur cette remarque, parce que le public se laisse toucher à des effets qu'il a éprouvés cent fois, et qui lui rendent une émotion de mémoire qu'il prend pour une impression nouvelle. Il faut aussi protester contre ces violations de l'histoire, qui tendent à donner aux événements et aux caractères modernes une couleur fausse, et à corrompre le bon sens de la jeunesse par les fictions d'un art au-dessous des lumières du siècle. Les jeunes poètes tragiques ne doivent pas se le dis simuler ; le temps n'est plus où avec un cadre vulgaire et des personnages fantastiques, on pouvait

1. Globe, 24 mars 1825 (article intitulé Du romantique, signé O. (Duvergier de Hauranne). Rapprocher trois articles du même O. sur les Unités : Globe, 24 décembre 1825, 1 janvier et 14 janvier

composer une tragédie. Il faut aujourd'hui de longues études, une vive et continuelle familiarité avec les temps et les hommes que Ton veut peindre. La classe éclairée de la nation sait beaucoup sur l'histoire; de jour en jour elle apprend davantage, et si les poètes restent en arrière, ils ne se la concilieront jamais... Il n'y a guère que Syllu qui ait résisté, parce que c'est réellement la tragédie la plus historique et la plus vraie que nous ayons vue depuis dix ans, grâce à l'admirable talent de Talma qui en corrige les défauts et en fait ressortir les beautés avec toute la science d'un érudit et tout le génie d'un poète.

(Après l'analyse, trace à grands traits le tableau complexe de cette époque, en fait ressortir les contrastes violents...)

Mais un tableau si grand et si vrai ne se peut enfermer dans notre vieux cadre : il faut^faire comme Shakespeare quand il a peint Jules César (1).

Shakespeare, d'ailleurs, ne doit pas être imité sans intelligence : et Dubois saisit roccasion d'une reprise du Macbeth « arrangé » par Ducis, pour donner aux auteurs de son temps de fort judicieux conseils :

... Je ne connais pas d'exemple plus propre à instruire ceux de nos jeunes poètes qui voudraient toutes des imitations étrangères. Ils y apprendront qu'il faut avant tout comprendre la pensée de son modèle, et qu'une tragédie ne se compose pas de scènes rapportées, comme une mosaïque, mais de l'esprit qui l'anime, et qui lie toutes les parties de l'action. Peut-être aussi, en voyant combien il est difficile de conserver cet esprit, en transportant un sujet d'un pays dans un autre pays, d'un siècle dans un autre siècle, ils se persuaderont qu'on n'arrive pas plus à l'originalité en mutilant Shakespaere qu'en traduisant

1. Globe, 2 février 1826, signé P. D...S, non inséré dans les Fragments,

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Racine. Et quant à nous qui nous armons souvent de l'autorité des tragiques étrangers, ce ne sont point les sujets qu'ils ont traités, mais la liberté de leurs formes que nous voudrions voir sur notre scène. Les trois unités ne nous déplaisent point quand le sujet les comporte : ce que nous désirons, c'est qu'on n'y réduise pas de force des sujets vastes, compliqués, et qui demandent un grand développement (1).

A rimitation de Shakespeare se lie de façon étroite la question de savoir s'il faut mêler, et dans quelle mesure, le comique et le tragique, question traitée de façon très judicieuse par Duvergier de Hauranne (0.), dans deux longs articles. C'est, dit le rédacteur, un point sur lequel les classiques et les romantiques sont loin de s'entendre. Puis il distingue Vunité de ton et Vunité d'impression : si l'on veut représenter la nature humaine, il faut des contrastes de joie et de douleur ; d'autre part, le spectateur a besoin de repos. Mais il faut toujours chercher Vunité d'ensemble par une succession d'effets. Tel est en substance son premier article (2). Dans le second, il fait une nouvelle distinction, très juste. On peut, dit-il, éviter le mélange du tragique et du comique dans les tragédies antiques ou bibliques; mais les sujets historiques exigent, pour être une exacte peinture, ce mélange et ces contrastes : jamais la vérité n'est abstraite. Il conclut par ces lignes prophétiques à la veille de Cromivell :

1. Globe, 28 février 1826 (Fragment, I, 135). Le Globe contient, sur Shakespeare, une suite d'articles signés E. D. (Ernest Desclozeaux) : 27 nov., 24 déc. 1824; 5 fév. 1825; 19 août, 9 sept. ]9 oct.

2. Globe, 6 mai 1826 {Du mélange du comique et du tragique. Signé 0...)

... Cependant le règne du privilège touche à sa fin : les hommes éclairés s'étonnent de trouver plus de drame dans l'histoire simplement racontée que dans le drame lui-même; les masses, frappées de langueur, ne s'émeuvent plus au théâtre ; tout enfin annonce une réforme^ qui, pour triompher, n'attend qu'un génie audacieux et puissant. Doit-elle se faire tout d'un coup, ou par des changements graduels? nous penchons pour le premier avis. Le public s'est trop longtemps reposé dans ses anciennes habitudes, pour qu'il soit possible de lui donner le change. Il n'adoptera quelque chose de nouveau que si on le présente comme tel (1)...

Le Globe louera donc presque sans restriction les drames de Manzoni, où il trouve une application rationnelle de ses principes (2). Et surtout, il accueille avec enthousiasme, en 1825, le Théâtre de Clara Gazu/. Voici la note par laquelle le Globe annonce l'apparition de cet ouvrage :

L'originalité est rare en ce temps, et surtout au théâtre, dont la censure et les règles académiques lui défendent l'entrée ; aussi bientôt ne verrons-nous plus de pièces hardies et neuves que dans les livres, et les auteurs dramatiques seront réduits à renoncer aux honneurs de la représentation. On parle beaucoup dans les salons et dans le monde littéraire d'un recueil de comédies qui doit paraître la semaine prochaine, chez le libraire Sautelet, place de la Bourse, sous le titre de Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole : c'est, dit-on, l'ouvrage d'une actrice que bien peu de gens ont vue au théâtre de Madrid, et dont le traducteur inconnu pourrait bien être le véritable auteur (1)...

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