Mercure du XIX' siècle, t. XXV1I(1829}, p
sous LA RESATURATION 363
Dieu soiL louél Voilà un drame qui n'est imité ni de Cooper, ni de W. Scott. Vraie ou fausse, forte ou faible, cette conception n'est pas un calque servile et continu. Le spectateur ne savait pas à l'avance chaque incident, ne connaissait pas chaque scène : les beautés et même les défauts de cet ouvrage avaient pour eux la nouveauté. Aussi la curiosité a-t-elle été très vive ; l'intérêt, d'abord un peu incertain et perdu dans le placage historique, s'est heureusement accentué dans les derniers actes. Le succès a été immense : il est mérité à beaucoup d'égards...
Puis viennent les critiques, d'ailleurs modérées et rai sonnées. Magnin reproche à Dumas d'avoir mêlé l'histoire de Monsoreau et de Bussy à celle de Guise ; il raconte la véritable aventure de Saint-Mégrin, assez différente du roman d'Alex. Dumas. « L'auteur a mal choisi son époque ; il a été obligé de changer les mœurs.. . Les peintures historiques ne sont qu'à la superficie, et ne pénètrent ni dans les caractères ni dans l'action (1).»
A lire l'article que publie dans la Revue française en juillet 1829, le baron de Barante, on s'aperçoit que son idéal de drame historique serait plutôt réalisé par Vitet que par Dumas. 11 se plaint en effet beaucoup plus amèrement que Magnin dans le Globe, des inexactitudes commises par le dramaturge. « L'auteur, dit-il, n'a pas songé à la fidélité historique ; il s'est occupé avant tout des combinaisons dramatiques et surtout des effets de théâtre. » Il avoue toutefois que le rôle de Henri III, si difficile à peindre, même pour l'histoire, est « bien conçu ». «Ce personnage est celui qui a le plus de consistance et d'originalité ». Mais il conclut, du succès
1. Globe, 14 février 1829. Voir dans les n»^ des 21, 28 fév. et 4 mars, l'histoire et la discussion du Projet de pétition contre M. Taylor, à propos du succès de Henri III.
même de la pièce, que les spectateurs de son temps n'aiment l'histoire, ou du moins l'emploi qu'on en fait au théâtre, que dans la mesure où elle leur présente les petits côtés et les ridicules des grands hommes ; remarque pleine de finesse et qui prouve que Barante, s'il n'a pas senti toute l'originalité de la pièce, sait fort bien expliquer, en moraliste, les raisons relatives et sociales d'un succès dramatique : et ce sont précisément des explications de ce genre que nous voulons enregistrer. Voici sa spirituelle conclusion :
Le public s'est plu à cette peinture comme à tout ce qui est dédain dupasse... Cette disposition du public a opéré un renversement dans l'art dramatique. Autrefois, la tragédie représentait les infortunes des princes, et la comédie, les ridicules des citoyens ; aujourd'hui, il nous faut le drame pour les infortunes des citoyens, et les pièces historiques pour les ridicules des princes (1).
Cependant le moment approche où des œuvres plus décisives vont assurer le triomphe de la jeune école romantique, œuvres dont les hardiesses épouvantèrent ceux qui semblaient les provoquer et les attendre.
Le Mercure du XIX^ siècle, tout à fait converti au romantisme, annonce, en 1829, la Marion Delorme de Victor Hugo : la pièce est reçue au Théâtre Français (2).
Bientôt, le même périodique insère la note suivante, rédigée sans doute par un ami de Victor Hugo, et qui prouve que l'auteur de Cromwell n'avait pas renoncé à
1^ Revue française, n° 3 0 (juillet 1829). C'est parerreur que dans un autre ouvrage {La comédie et les mœurs sous la Restauration, p. 77), j'ai attribué cet article à Rémusat ; il faut le restituer à Barante.