‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 19 sur 182 · Minerve, tome I vfévrier 1S18), p · texte numérisé non relu

Minerve, tome I vfévrier 1S18), p

Paris, le 2 février 1818.

MonseigTieur,

Nous avons appris que Votre Excellence avait retiré le privilège du Mercure de France, et qu'il n'était plus permis aux hommes de lettres qui ont fondé et fait prospérer cette propriété littéraire, de profiter des avantages delà périodicité. Nous aurons l'honneur de faire observer à Votre Excellence que ces hommes de lettres ont obéi à tous les règlements et à toutes les garanties que l'autorité a jugé convenable d'établir et de se réserver. Jamais aucun article n'a été publié sans avoir été soumis à la censure, soit du ministère des affaires étrangères, soit du littérateur éclairé qui avait obtenu et qui méritait si bien la confiance de Votre Excellence. Dans cet état de choses, n'ayant nul reproche à nous faire, nous croyons de notre devoir de prévenir Votre Excellence que c'est avec peine que nous renonçons à une entreprise que nous croyions placée sous l'empire des lois et des règlements particuliers aux ouvrages périodiques.

Gomme nous avons l'intention d'user et non d'abuser de la liberté de la presse, nous réunirons nos efforts pour composer un ouvrage consacré à développer les avantages de la Charte, les principes de la liberté constitutionnelle, et à faire connaître les progrès de la littérature, des arts et de l'industrie nationale. Cet ouvrage paraîtra en quatre volumes divisés par livraisons, sous le titre de laMinerve française, titre qu'indique suffisamment l'égide sous laquelle nous voulons nous placer. Ces livraisons seront publiées à des époques indéterminées. Si Votre Excellence nous honorait de sa souscription, elle s'assurerait bientôt elle-même que des hommes de lettres qui respectent les lois et qui aiment leur pays, n'ont besoin d'aucun privilège pour être utiles et obtenir d'honorables succès.

Signé: Aignan, Evariste Dumoulin, Etienne, Jay, Jouy, Lacretelle, Tissot.

sous LA RESTAURATION

Nota. — M. Benjamin Constant, qui était absent, lorsque cette lettre a été écrite, déclare qu'il adhère à tout son contenu.

Dans un article de la première livraison, article consacré à l'examen des œuvres d'Andrieux, A. Jay écrit :

J'ai annoncé dans V Ancien Mercure, il y a environ quinze jours, l'édition des œuvres de M. Andrieux; c'est sous les auspices d'une autre divinité que je publie aujourd'hui la suite de mes observations. Après cent quatre-vingt-dix-neuf années d'une existence pacifique, le Mercure, encore plein de vie et de santé, est mort subitement. Le ciel, comme pour le punir d'avoir été trop galant dans sa jeunesse, l'a condamné à périr entre les mains d'une femme ; il avait résisté à M°^^ de Genlis, il a succombé sous M'^^^ Elisabeth de Bon (1). Dans cette fâcheuse extrémité, nous élevons une nouvelle chapelle sous l'invocation de la déesse qui préside aux arts d'imagination. Nous y placerons la statue de Minerve, dans l'espérance qu'aucun profane n'osera toucher à notre palladium (2).

Ainsi constituée, la Minerve continua à paraître avec un vif succès, jusqu'au moment où les lois d'exception de 1820 l'obligèrent à se transformer. Ses auteurs essayèrent alors de publier des brochures sous des titres divers: on en trouvera l'énumération dans la Bibliographie de Hatin (3). Enfin Etienne, Jay, Évariste

1. « M™" Elisabeth de Bon, auteur de quelques nouvelles fi-ançaises, et traducteur de quelques romans anglais, était au nombre des anciens propriétaires du Mercure. Elle était titulaire du privilège concédé par l'autorité. Elle a renoncé à ce privilège, et le Mercure s'est trouvé suspendu indéfiniment. » (Note de la Minerve.)

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