‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 4 sur 182 · Préface à Critiques et Études, 2" éd., tome I»'', p · texte numérisé non relu

Préface à Critiques et Études, 2" éd., tome I»'', p

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certaine date, pouvait intéresser les lecteurs. En eux apparaît intégralement, avec ses dessous les plus profonds et ses accompagnements les plus puérils, tout le mouvement intellectuel d'une époque. Là, tout à côté de l'article consacré au roman ou au drame qui ont survécu, nous lisons d'autres articles, souvent plus élogieux sur des ouvrages aujourd'hui complètement vidés ; là, nous apprenons, mieux encore que par les confidences et parles préfaces des grands écrivains, quelles influences se sont exercées sur eux. Si je constate, en dépouillant des feuilletons dramatiques, que le mélodrame historique jouissait de la plus grande vogue sous l'Empire et la Restauration, je m'étonnerai moins du succès (ÏHenri III et d'Hernanî ; et, au lieu de comparer ces drames aux tragédies pseudo-classiques du temps, je saurai voir en eux le point de perfection d'un genre depuis trente ans en pleine fusion. Quand j'aurai lu les divers articles consacrés aux représentations shakespeariennes données par des troupes anglaises en 1827, je comprendrai mieux l'originalité relative d'un A. de Vigny traducteur d'Othello et du Marchand de Venise, et surtout je saurai pourquoi le public lettré a accepté ce qu'il aurait peut-être sifflé dix ans plus tôt. Mais quoi? n'a-t-on pas écrit bien des sottises sur les Orientales de V. Hugo, faute d'y avoir vu (ce qu'on apprend par les journaux, surtout) un des innombrables recueils de vers lyriques suscités par le mouvement philhellénique de 1824, et faute de savoir avec quelle faveur les chants analogues de Guiraud, de Soumet, de Delavigne, avaient été reçus par le public ? ^

On objectera peut-être que ces juge^j^ts de la première heure ou du lendemain sont d'un suhjectivisme bien étroit, n'expriment que des préjugés, et même sont parfois d'une sottise révoltante? Mais ils ne sont pré-

cieux, évidemment, que par leur subjectivisme même 1 Je ne demande pas à un journaliste de 1760 ou de 1825, à Fréron ou à Tissot de m'apprendre ce qu'il convient que je pense sur Voltaire ou sur Lamartine ! — Quand donc, grand Dieu ! cesserons-nous de considérer les ouvrages des critiques comme des recueils de jugements tout faits, bons à répéter, bons à citer, bons à démarquer ! — Non, je demande à ces journalistes ce qu'ils pensaient de Voltaire ou de Lamartine, eux, leurs amis, leur groupe, leurs lecteurs. S'ils ont eu à cette date-là une idée confuse ou fausse de ce qui plus tard devait s'éclaircir et se mettre au point, leur erreur même m'intéresse. En un mot, notre critique objective n'aura une valeur historique et scientifique, que si nous en cherchons les éléments dans les témoignages subjectifs du passé : et quoi de plus subjectif que ces opinions émises au jour le jour, sous l'impulsion de l'actualité ?

D'ailleurs, il est des journalistes qui ont compris qu'ils écrivaient pour laisser des témoignages à la postérité. Dans un article consacré au Sylla de Jouy, un rédacteur des Annales de la littérature et des arts, après avoir rendu compte des raisons qui expliquent, selon lui, le succès tout politique de cette pièce, et raconté les incidents des représentations, ajoute ceci : « Ce n'est pas pour le présent, c'est pour l'avenir que j'ai rapidement esquissé les effets de l'esprit de parti. La tragédie de Sylla doit être conservée dans les répertoires; le recueil des Annales tombera peut-être entre les mains des éditeurs futurs de ces répertoires, et j'ai voulu leur laisser quelques matériaux (1). »

Ch.de Rémusat, réunissant, en 1847, les principaux ar-

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