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Quoi f tonjoors tine lyre et jamais une épée 1 Toujours d'un voile obscur ma vie enveloppée ! Point d'-arène gtierrière à mes pas éperdus! Mais chercher de David les traces effacées' Consumer tous mes jours en stériles pensées, Toute mon âme en chants perdus !
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106 LA PRESSE LITTÉRAIRî
il y a des modifications importantes, déjà signalées par par M. Biré dans son Victor Hugo avant 1 830, pp. 317- 320: ce morceau reparaît dans Littérature et philosophie mêlées, sous le titre Idées au hasard ; ce sont les fragments III, IV et V. Le nom d'A. de Vigny est effacé partout, et remplacé au fragment V par celui de Milton. J'ai déjà expliqué pourquoi et de quel droit Victor Hugo effaçait ainsi de ses articles de jeunesse le nom de ses contemporains. Il n'avait pas besoin, en 1835, de faire de la réclame à Vigny. Il n'y a donc pas là, comme dit M. Biré,« un petit subterfuge », mais une habitude cons tante et toute naturelle (1).
Qu'il Y ait là une habitude constante, soit ; que cette habitude soit toute naturelle, et qu'elle ne soit pas fâcheuse à tous les points de vue, c'est ce qui mérite discussion ; et certains arguments de M. Biré conservent leur portée. Il me paraît impossible d'expliquer autrement que par des calculs d'intérêt ou de vanité quelques-uns des changements introduits par V. Hugo.
he prospectus {2) de la Muse française est intéressant ; le romantisme s'y présente avec discrétion ; on y plaide surtout la cause de la poésie, et celle de la libre critique. Après des réflexions sur l'indifférence du public à l'égard des poètes :
... Peu à peu, l'amour de la poésie comme tout autre amour pourrait bien languir et s'éteindra faute d'aliments. La Muse française est instituée principalement pour rallumer et entretenir ce feu sacré.
Des poètes dont le nom est déjà classique, d'autres plus jeunes, recommandés par des triomphes récents, et qui
1. M. Souriait. Préface de Cromwell (1897), p. 100. — Cf. notre Introduction, p. 19, et plus haut, p. 101.
2. Ce prospectus, publié à part, est ensuite reproduit comme Introduction dans la première livraison de la Muse.
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sont aujourd'hui l'espoir et l'honneur de la scène ou de la lyre, lui apportent successivement leurs tributs d'harmonie. Elle accueillera aussi les offrandes modestes de plusieurs de ses disciples encore peu connus du public, heureuse d'ouvrir à leurs premiers pas une lice où ils pourront s'illustrer un jour. Des femmes mêmes à qui les hommes ont pardonné la gloire, et de jeunes Corinnes qui ont déjà besoin de pardon, viendront à ce trophée poétique entremêler quelques fleurs détachées de leurs fraîches guirlandes.
Voilà pour la poésie. Quant à la critique, l'auteur du prospectus reconnaît qu'elle est déjà pratiquée dans quelques journaux avec autant d'esprit que d'érudition.
Les principes orthodoxes de la langue et du goût y trouvent d'habiles et ardents défenseurs qui n'ont jamais laissé passer une hérésie sans la foudroyer : ce sont le» pères de la crilique. Toutefois, s'il est difficile d'entrer en concurrence avec eux dans la direction qu'ils ont adoptée, d'autres sentiers se présentent, que l'on peut tenter avec l'espoir d'être utile, et du moins sans la crainte de les y rencontrer.
Quoique les règles de l'art soient immuables comme les lois de la nature, la physionomie des littératures variant avec les siècles, la critique doit nécessairement avoir aussi sa partie variable. Elle consiste à saisir et à déterminer les nouveaux rapports d'une littérature qui se modifie avec le type éternel du beau. Or, la révolution française ayant jeté la société dans des voies inconnues et des combinaisons sans exemple, la littérature, qui est l'expression de la société, s'est ressentie profondément de ces violentes secousses et de ces étranges innovations. La critique, par système ou par habitude, paraît être i-estée un peu en arrière du mouvement général. Il en résulte qu'elle n'est pas toujours suffisamment applicable à la littérature actuelle ; car pour la guider, encore faut-il faire
route avec elle. C'est à régulariser et non à paralyser sa marche jeune et libre, que la Muse française consacrera ses eiforts et sa sollicitude ; elle se présentera aux auteurs, armée d'un aiguillon plutôt que d'un frein, plus avide d'embrasser la composition d'un ouvrage que de le poursuivre dans ses détails ; assez indolente à punir les hardiesses ou les négligences de langage, dont les critiques quotidiens feront parfaitement justice ; mais fort exigeante sur le nombre et la nature des beautés ; car l'admiration pour le médiocre est le fléau de l'art.
Voilà certainement une judicieuse et fîère définition de la critique. L'auteur du prospectus ajoute que la Muse sera complètement impartiale.
Dans aucune circonstance nos jugements littéraires ne seront dictés par notre conscience politique, ni souillés par la moindre apparence d'une personnalité. Nous ne connaissons que des livres bons ou mauvais...
Gomme poésies, la Muse française semble aujourd'hui très éclectique. A côté de noms authentiquement reconnus pour romantiques, nous en voyons qui représentent la poésie pseudo-classique. Nous ne sommes plus à même d'en juger. Au tome l""", nous rencontrons Alex. Soumet, Alex. Guiraud, M°»^ Desbordes-Valmore, M'"^ Tastu, Victor Hugo,Pichald, Ulric Guttinger, A. de Vigny, Ch. Nodier, Saint- Valry, qui sont des romantiques ; mais aussi Ancelot, Chènedollé, Baour-Lormian, ]\îme Dufrénoy, Brifaut. — Au tome II, même mélange : voici, en dehors des romantiques déjà nommés, Em. Deschamps, Rességuier, mais aussi M-^^ Sophie Gay, et encore Brifaut et Ancelot. A ceux que la réunion de ces auteurs très divers pourrait étonner, nous recommandons, la composition des Tablettes romantiques.
La partie critique de la Muse française est, je crois,
plus intéressante que celle du Conservateur lilléraire. Hugo a trois ans de plus, ce qui est considérable dans la prompte maturité du génie ; ajoutons qu'il n'accapare plus le journal entier, et que d'autres collaborateurs consacrent aux nouveautés des articles réfléchis et étendus. A Victor Hugo appartiennent les articles suivants : Quentin Durward (I, 29); Essai sur l'indifférence, de Lamennais (I, 91) ; Voltaire (I, 42) ; Eloa, d'A. de Vigny (II, 276) ; George Gordon, lord Byron (II, p. 327).
Emile Deschamps donne : La guerre en temps de paix, Gurika, V Académie (II, 293); et tous les articles signés : Le Jeune Moraliste (réimprimés, en 1826, sous le titre de : Le Jeune Moraliste du XIX^ siècle),
Alex. Soumet (1) collabore activement à la Muse. Il donne : Les Soirées de Saint-Pétersbourg, de J. de Maistre (I; 241) ; La Jérusalem délivrée, traduction de Baour-Lormiau (I, 377) ; Nouvelles Odes, de V. Hugo (II, p. 161).
Alex. Guiraud (2) signe : Mémoires du Général Hugo (I, 398) ; Nos doctrines (II, p. 7) ; Essais poétiques, de M"e Delphine Gay (II, p. 233).
De Ch. Nodier, nous avons : Les Femmes romantiques (II, p. 226).
De J. de Rességuier (3), un article sur les Chants élégiaques de Guiraud (II, p. 95).
1. A. Soumet(l"88-1845) ; Lauréat des jeux floraux ;Cit/<emnesfre, 1822; Elisabeth de France, 1823; Jeanne d'Arc, 1827; Académie française, 1834. On ne cite plus de lui que la Pauvre fille, élégie, 1814. Ses articles critiques, non recueillis, ont à leur date une certaine valeur.
2. A. Guiraud (1788-1847); Les Macchabées, IS22 ; Élégies savoyardes, 1824 ; Le comte Julien, 1824 ; Académie française, 1826.
3. J. de Rességuier (1788-1862) ; Conseiller d'Etat, 1823, publie, en 1827, Tableaux poétiques ; en 1838, Prismes poétiques.
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G. Desjardins (1), donne le compte rendu du Saul de
1. G. Desjai'dhis. Ce Desjardins doit être celui qui publia, en 1834, un drame en vers intitulé Séjiiramis la Grande, journée de Dieu en cinq coupes d' amer lume, traduit d'un manuscrit hiéroglyphique égyptien. Sur ce drame, voir : Maxime du Camp, Souvenirs littéraires, I, p. 156, et une analyse humoristique d'Alpli. Karr dans le Monde dramatique (1835, tome I, p. 90).
M. Joseph Dumas, qui me communique ces détails, s'est adressé, en 1893,à r/nferméd/aiVe des c/ierc/ieurs, et voici les réponses à ses questions : 1° « G. Desjardins, auteur de Sémiramis la Grande. . . était une sorte de solitaire habitant Passy, à ce que je crois. Il me semble bien que c'était un professeur libre. Ce que je sais mieux, c'est que de 1830 à 1834, il a appartenu au groupe des républicains avancés, alors représentés par La Tribune, le plus intransi^ géant des journaux de ce temps. Cette même tribune a fait l'éloge du drame en question, œuvre grandiose mais soporifique. Feu Germain Sarrut, le directeur de cette feuille impitoyable, que je questionnai un jour là-dessus, m"a répondu : « Oui, l'auteur était de mes amis, mais il fallait avoir bien du courage pour lire son drame d'un bout à l'autre. » Trouverait-on Sémiramis la Grande dans l'une ou l'autre de nos bibliothèques ? L'idée m'est venue de m'en informer, mais je n'ai pas donné suite à ce projet, je ne me rappelle plus pourquoi. En sorte que je ne connais cette conception bizarre que par la piquante analyse qu'en a faite A. Karr dans le Monde dramatique. » Signé Philibert Audebrand (Intermédiaire, 30 oct. 1833, col. 466). 2° « Th. Gautier a écrit un très remarquable article sur cet ouvrage. Il est inséré dans la Chronique de Paris (période dirigée par Balzac) du 19 juin 1836. > Signé : Ch. de Lovenjoul. (Intermédiaire, 20 nov. 1893, col. 543).
L'article de Th. Gautier, écrit dans la note ironique, ne me paraît pas aussi remarquable que veut bien le dire M. de Lovenjoul ; la plaisanterie, facile d'ailleurs, y est fort diffuse, et l'on n'y apprend rien de précis sur l'auteur, sinon qu'il est disciple de Bûchez.
Plus heureux que Ph.Audebrand,jai pu,grâceà M.Joseph Dumas, feuilleter Sémiramis la Grande. C'est un énorme volume dont l'impression a dû coûter fort cher à l'auteur ; on y trouve des pages entières de hiéroglyphes égyptiens, d'hébreu, de chaldéen, etc.. sans compter une langue inconnue dont G. Desjardins doit être le père. Il est difficile, à la lecture de Sémiramis, de décider si
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Soumet (I, p. 161) et Holmondurand (1) celui de la Mort de Socrateei des Nouvelles Méditations de Lamartine.
Alfred de Vigny ne collabore qu'au tome deuxième ; il donne : Œuvres posthumes du baron de Sorsum (II, 62) ; Amour ; à Elle (de G. de Pons) (II, 174).
A. S. Saint-Valry (2) est un des critiques les plus actifs de la Muse, au premier volume. Ses principaux articles sont : Poésies de M. Campenon (I, 193), éloge un peu singalier d'un poète pseudo-classique s'il en fut; Le Frère et la Sœur, drame (I, 266), etc..
ha Muse française, organe d'un cénacle, fut souvent rudoyée par les adversaires du romantisme. Entre autres jugements sévères, le plus remarquable est celui de E. Héreau dans la Bévue encyclopédique. Hérean consacre un article de trois pages à la Muse ; il y fait des citations de quelques passages de V. Hugo, sur les Méditations, sur W. Scott, etc.. et il ajoute :
Que conclure de nos observations, et qu'espérer des rédacteurs de la Muse française ? En général, on doit les croire fort jeunes, et par conséquent susceptibles d'écouter de sages avis. Mais ils sont entrés dans une route entièrement fausse, et des critiques qui osent avouer qu'ils seront « indolents à punir les hardiesses ou les négligences de langage », et qui le prouvent par une foule d'incorrections de style, de tournures bizarres, par un néologisme enfin des plus barbares, ne semblent pas appelés à faire écouter leur voix, tant que les Français conserveront quelqua respect pour les chefs-d'œuvre de
l'auteur était un plaisant ou un fou. Je crois, poui' ma part, à une lourde mystification.
1. Holmondurand est un des pseudonymes de F. Durangel (7 1879). Cf. E. Biré • V. Hugo avant IS30, p. 137-142).