LA DEFINITION DU ROMANTISME
§1. — Les résistances pseudo-classiques.
Les pseudo-classiques libéraux reprennent, en général, les arguments des Morellet, des Ginguené, bref, ceux des philosophes et des idéologues. Partisans du progrès social et politique, ils sont, en critique littéraire, des « immobiles », et leur polémique est à ce point démodée qu'ils semblent même dédaigner de lire les ouvrages nouveaux.
Les Lettres normandes ne manquent pas une occasion de railler Chateaubriand. Tantôt on dira de lui « qu'il a beaucoup écrit en prose pour prouver qu'il était poète », et on lui fera soutenir cette théorie : « Avec la prose poétique, on peut tout dire impunément ; son heureuse obscurité se prête à toutes les interprétations ; personne, excepté vous, ne sait au juste ce que vous avez pensé. Quel avantage !.. (1) ». Cette boutade sera développée avec complaisance dans le passage suivant :
M. de Chateaubriand aurait pu devenir un écrivain illustre, une des lumières de son siècle. La manie de faire du bruit l'en a rendu la fable. Doué d'une ardente imagi-