‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 98 sur 182 · Globe, 11 juin · texte numérisé non relu

Globe, 11 juin

sous LA RESTAURATION

pas sa marche en littérature ; il vous brise sous son char comme il a brisé les petits-maîtres politiques : ou plutôt, sans que vous vous en aperceviez vous-mêmes, vous vous laissez gagner à ce que vous appelez la corruption (1).

Et Rémusat transforme cette </oc<rme en une théorie:

... De la nécessité de l'inspiration^ on ne conclut qu'une chose, c'estqu'il faut la chercher dans les grands maîtres. Ainsi, en lisant des vers harmonieux, en se procurant cette sensation douce et vague que donne le beau poétique, les jeunes écrivains se jettent dans une sorte d'émotion préméditée, qu'ils essaient de reproduire en composant à leur tour ; ils s'animent ainsi par imitation, et prennent pour l'inspiration du créateur celle qui suffirait au traducteur. Le choix de leurs lectures détermine seul le caractère de leur poésie : purs s'ils ont lu Racine, confus s'ils ont lu Schiller, ils empruntent tout : le genre, la manière, le ton...

Ce procédé n'empêche pas de produire des ouvrages de grand mérite, mais il est directe ment opposé à toute originalité ; il est le fléau de notre littérature, dont la prétendue décadence n'est due qu'à sa servilité ; car tout le monde sent que le talent ne peut être une tradition, qu'il recommence sans cesse, et ne se perpétue pas comme une doctrine...

... Il faut se défier de ce conseil rebattu dont on poursuit le commençant : « Enfermez-vous avec vos livres, méditez-les sans cesse ; étudiez incessamment les grands maîtres, et vous les égalerez. » Dites qu'ils les copieront, et voilà tout. Nous leur dirons au contraire : « Vivez et sentez-vous vivre, plongez-vous dans le monde, apprenez à connaîtreles hommes en les pratiquant; ...passionnez-vous aux grandes scènes de la vie, de la politique, de la nature, et reportez ensuite dans vos conceptions les conquêtes de

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