U Opinion publique du 19 octobre
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elle. De la part de Louis-Napoléon, mettre TAssemblée dans une telle alternative, c*était un coup de maître.
Alfred Nettement ne fut pas de ceux que surprit le Message du 4 novembre. Depuis quelque temps déjà, il ne cessait, dans son journal, de réclamer la mise à Tordre du jour de la loi électorale communale, qui eût permis de modifier la loi du 31 mai. 11 suppliait ses collègues de ne pas se laisser devancer, les avertissant qu'un jour ou Tautre le Président de la République, dans l'intérêt de sa popularité, proposerait l'abolition totale de cette loi.
Le dénouement maintenant était proche. Le 6 novembre, les questeurs de TAssemblée, MM. Baze, Le Flô et de Panât, déposèrent une proposition aux termes de laquelle l'article 6 du décret du 11 mai 1848, attribuant au président de l'Assemblée le droit de requérir direcienieni les troupes qu'il jugerait nécesBaires à la protectioa de la Chambre, devait être promulgué comme loi, misa l'ordre du jour de l'armée et affiché dans les casernes. La , discussion fut fixée au 17 novembre. Défendue par le général Le Flô, le colonel Charras et M. Thiers, combattue par le général de Saint- Arnaud, ministre de la Guerre, et par MM. Crémieux, Michel de Bourges et Jules Favre, la proposition fut repoussée par 403 voix contre 300. Alfred Nettement et, avec lui, tous les royalistes, avaient voté| pour.
Il n'y avait plus de majorité : le Président restait mai du champ de bataille. Le vote du 17 novembre lui ass rait l'armée, dont il brisait les hésitations ; Tabrogatio de la loi du 31 mai lui conciliait le peuple. Désormais, i était libre de choisir le jour et l'heure, soit qu'il laissai languir ses adversaires dans l'énervement de l'attente
soit qu'il préférât les surprendre à l'improviste. Il choisit ce dernier parti.
Le 2 décembre, Paris en s'éveillant apprit le coup d'État, Des crieurs annonçaient la dissolution de TAssemblée; des proclamations Au Peuple et A V Armée couvraient les murailles ; le bruit se répandait que les généraux d'Afrique, les trois questeurs et plusieurs représentants avaient été saisis à leur domicile et mis en prison. Paris était en état de siège et les troupes en mouvement sur tous les points.
Avant six heures du matin, Léo de Laborde, l'énergique député de Vaucluse, sonnait à la porte d'Alfred Nettement, rue Saint-Lazare, n* 36, et lui annonçait la nouvelle. Tous deux sortirent immédiatement. A sept heures, bien que le Palais-Bourbon fût entouré de troupes, ils réussirent à s'introduire dans l'intérieur du palais par la petite porte de la rue de Bourgogne, dite Porte-Noire. Une soixantaine de représentants étant parvenus également à entrer, on voulut tenir séance. Des soldats de gendar- ; merie mobile, précédés d'un cap- taine le sabre nu, entrèrent dans la salle, prirent au collet les représentants et les jetèrent sur la place Bourgogne.
Apprenant qu'on se rassemble, rue de Lille, n* 79, chez f M. Daru, Léo de Laborde et Alfred Nettement s'y trans- [ portent, avec ceux de leurs collègues qui viennent, 1 comme eux, d'être chassés du Palais-Bourbon. On annonce que la mairie du 10*' arrondissement vient d'être mise, par le maire, M. Augustin Gochin, à la disposition des représentants. Tous s'y rendent, et bientôt près de deux cent cinquante membres, appartenant plus spécialement à la droite, s'y trouvent réunis, sous la présidence de
M. Benoist d'Azy. Berryer fut, dès le début, l'âme de cette séance tumultueuse et inquiète. C'est lui qui, écartant toute protestation inutile, fait décréter que le Président est déchu et que le pouvoir passe de plein droit à l'Assemblée nationale. Adopté à l'unanimité, le décret est immédiatement transcrit sur des feuilles que signent tous les représentants*. Puis, toujours à la voix de Berryer, l'Assemblée prend une série de décisions : mise en liberté des représentants arrêtés; ordre au général Magnan, à peine de forfaiture, de mettre l'armée à la disposition de l'Assemblée nationale ; nomination du général Oudinot au commandement en chef des troupes, et de M. Tamisier, comme chef d'état-major.
Ce dernier décret venait d'être rendu, lorsque des soldats, des commissaires de police et des agents entrent dans la salle, et en expulsent les représentants. Ceux-ci sont rangés dans la rue de Grenelle, entre deux haies de soldats, et conduits à la caserne du T lanciers, au quai d'Orsay. Il était trois heures vingt minutes.
Dans la cour de la caserne, un des secrétaires, M. Grimault', et ensuite M. Antony Thouret*. firent l'appel des 750 membres de la Législative. A chaque nom on répondait absent ou présent^ et le secrétaire notait au crayon les présents. On constata la présence de 220 représentants. Alfred Nettement était l'un des 220. Vers dix heures du soir, commença dans la caserne un
1. M. Charles de Lacombc a publié le fac-similé dUxuiG de ces feuilles, conacrvéo par Berryer. dans le recueil de ses Œuvres, t. v, p. 191. — Alfred Nettement fut Tun des signataires.