CHAPITRE XVIII
Histoire de la conquête d'Alger. ■ la Restauration.
Hittoire de la Conquête d'Alger. — Iattubb du duc d'Auuu^,
DDC DB NmtOIIIlS ET DU COMTE DK CHUIBOBD. — Variétés LrtTttitï
1. 1.' Union. LBmtB db M. Guizot. — CosKBSPOtiDANcES politio 1(1 Journal de Bruxelles. Li lbttrb G. Lktti<b se M. Adoli Drchahps. — La Vie de Madame de la Rochejaquelein. ~ S venira de la Reitawation,
Le succès de son Histoire de la Littérature sous Restauration et sous le gouvernement de Juillet Aki mina Nettement k se consacrer de plus en plus aux ti vaux bistoriques. Les travaux de ce genre, il ne l'ignor pas, apportent d'ordinaire à leurs auteurs plus d'honne que de profit. Il ne vivait que de sa plume, et ses charf de famille, à mesure que ses enfants grandissaient, de' naient de plus en plus lourdes. 11 accepta donc d'entrei VXJnion, non pour y faire des articles politiques, m; pour y donner deux fois par mois des Variétés littérair La première parut le 1" mars 1855 ; elle avait pour titr De la mission nouvelle âe la critique. Cette collaborati
à r C/nfon durera jusqu'à la mort d'Alfred Nettement. Nous aurons à y reveoir.
Il avait été très lié avec le baron d'Haussez. le dernier ministre de la marine de la Restauration, mort le 10 novembre 1854. Au commencement de 1855, la petite-fiUe de l'ancien ministre. M"'* la duchesse d'Almazan, lui fit proposer la communication des papiers politiques laissés par son grand-père. Ils renfermaient sur l'expédition d'Alger des documents si nombreux et d'un si grand intérêt qu'Alfred Nettement résolut aussitôt de les mettre en œuvre. Il ne voulut pas cependant se contenter des documents qui venaient de lui être si obligeamment confiés ; il puisa aussi à d'autres sources et s'entoura de toutes sortes d'informations.
Son premier soin fut de se mettre en rapports avec l'amiral Dupetit-Thouars, capitaine de frégate sous la Restauration, et qui, consulté par tous les ministères qui songèrent à l'expédition d'Alger, avait eu, si jeune encore, le mérite d'en apercevoir, d'en soutenir, d'en démontrer la possibilité, contrairement à l'avis des officiers généraux de mer. M. Dupetit-Thouars mit à sa disposition des copies certifiées des rapports qu'il avait présentés en 1827, sur la fin du ministère Yillële, au comte de Chabrol; en 1830, sous le ministère Polignac, au baron d'Haussez. L'amiral lui donna, en outre, de vive voix les détails les plus précis sur les discussions qu'il avait eu à soutenir dans le conseil de l'Amirauté et dans les commissions où il avait été appelé, avec son collègue, M. Gay de Taradel. par MM. de Chabrol et d'Haussez.
Le duc de Clermout-Tonnerre, successivement ministre de la Marine et ministre de la Guerre pendant radminis-
tration de M. de Villële, avait présenté au Roi en son conseil, au mois d'octobre 1827, un rapport dans lequel il lui proposait, dès cette époque, d'attaquer Alger par terre avec une armée de débarquement. Il remit à Tbistorien une copie de ce rapport.
Le baron Hyde de Neuville, ministre de la Marine pendant l'administration de M. de Martignac, lui fournit, de son côté, toutes les lumières désirables sur la conduite suivie dans la question d'Alger par le ministère dont il avait fait partie, ainsi que sur les divers incidents du blocus de 1827 ^ Il mit Alfred Nettement à même de résoudre un problème historique jusque-là impénétrable, et qui avait occupé les Chambres et la presse, celui de la mission du commandant La Bretonnière à Alger, en 1829.
En 1841, le duc de Valmy avait publié, sur les engagements diplomatiques pris par la Restauration au sujet d'Alger^ des extraits des documents originaux. Alfred Nettement eut recours, pour compléter et contrôler ces extraits, au diplomate distingué qui, en 1829 et 1830, était directeur de la division politique des Affaires étrangères, M. de Bois-le-Comte.
L'ancien préfet maritime de Toulon, le contre-amiral de Martineng, lui communiqua des états qui fixaient d'une manière certaine l'étendue des préparatifs maritimes.
1. Le 5 avril 1837, le Dey avait frappé aa visage notre consul général, M. Deval, avec le chasse-mouches formé de plumes de paon qu'il portait à la main selon Tusage du pays. Les satisfactions demandées n'ayant pas été obtenues, la France, le 16 juin suivant, mit le blocus devant Alger. Ce blocus ne se termina que le 14 juin 1830, le jour où nos navires furent relevés de leur faction obstinée sur cette mer dangereuse par le débarquement de Tarmée française.
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Pour tout ee qui regarde la campagne de 1830, il eut également les lumières les plus abondantes.
Le comte Louis de Bourmont, fils du maréchal, lui ouvrit les archives de sa famille. L'historien eut ainsi sous les yeux tous les renseignements administratifs, tous les documents, tous les rapports dont le général en chef s'était entouré, pour ne rien laisser au hasard dans cette difficile entreprise ; sa correspondance avec les émissaires chargés de missions secrètes en Afrique et les rapports de ces agents ; sa correspondance autographe avec le commandant en chef de la flotte et les réponses également autographes de l'amiral Duperré ; ses correspondances et celles du général Després, son chef d'étatmajor général, avec les généraux de division pendant la campagne ; sa correspondance officielle et secrète avec le gouvernement français, avec M. le Dauphin, avec le baron d'Haussez, et jusqu'aux rapports de police après la prise d'Alger.
Le journal militaire du duc des Gars, qui commandait l'une des divisions de l'armée expéditionnaire ; les lettres et rapports du général Loverdo ; la correspondance, également inédite, des généraux Damrémont et Yalazé; enfin, les détails que voulurent bien lui communiquer le général Colomb d'Ârcines et quelques autres officiers, parmi lesquels M. Barchou de Penhoèn, l'ancien collègue de Nettement à l'Assemblée législative, achevèrent de compléter cet admirable dossier.
Plus étaient riches et abondants les matériaux dont il disposait, plus il était tenu de donner à son livre toute l'ampleur et tous les développements que le sujet comportait. Afin que le lecteur pût mesurer l'étendue du service
rendu par la France à la chrétienté et à l'human entière, besoin était de mettre bous ses yeux les dents de la question. Alfred Nettement fut donc a esquisser tout d'abord un tableau de la dominatiot h Alger, de la piraterie dont cette ville fut le cei l'esclavage que tant de milliers de chrétiens y s peodant trois siècles, des entreprises faites pour re cett« puissance monstrueuse et des raisons qui It durer.
De même qu'il n'avait pu se résoudre à commei livre avec l'expédition de 18S0, de même il n'a pa le fermer sur la prise d'Alger. Le tableau de la o de l'Algérie se reliait si étroitement à l'histoire d( quête d'Alger, il y avait entre les deux entrepri telle solidarité d'efforts et de gloire que, pour nt rompre, l'historien a cru devoir retracer, au moi mairemeat, dans les derniers chapitres de son c les événements de la guerre d'Afrique, de 1830 jusqu'à la soumission de l'émir Abd-el-Kader. d'écrire ces derniers chapitres, il s'était rendu en I auprès des généraux Changarnier, Lamoriciëre et qui avaient évoqué devant lui les réalités mêmes guerre à laquelle ils avaient pris une si grande pa
La conquête d'Alger n'était pas pour Alfred N« un sujet comme un autre, que l'on prend parce qi faire un livre, parce qu'on a trouvé des docun qu'on en veut tirer parti ; il y voyait autre choa matière d'un récit diplomatique et militaire, qui v à son heure et qui lui vaudrait un succès. La g l'expédition de 1830 avait disparu dans les préocci soulevées par la Révolution qui l'avait suivie de
I-A victoire deTariniV expéditionnaire était demeurée sans récompense, presque sans retentissement. Il y avait doue là une dette de justice nationale à payer à nos généraux et à nos soldats. En écrivant son ouvrage» Â.Ifred Nettement a le sentiment qu'il paie cette dette, et c'est pour cela qu'il le dédie à l'armée française. Mais, dans le fond de son cœur, il le dédie aussi à la Restauration et à la royauté, — à la Restauration dont cette belle conquête a été le testament, à la royauté qui a répondu par la prise d'Alger à toutes les calomnies sous le poids desquelles elle vient de succomber. On n'a cessé de la combattre au nom de nos souvenirs de gloire militaire, de lui jeter à la face notre armée licenciée et détruite, et rexpédition d'Alger témoigne qu'elle a su refaire notre marine anéantie et créer une armée qui, par sa discipline et son courage, est à la hauteur des plus difficiles missions. On a représenté les Bourbons comme imposés par l'étranger et prêts à subir ses exigences, et la preuve se trouve faite que c'est en dépit de l'étranger, malgré l'opposition et les menaces de l'Angleterre, qu'ils ont entrepris cette expédition, et que cette expédition même n'était qu'une partie d'un large plan national qui eût remanié la carte de l'Europe et rétabli notre prépondérance. C'est au nonr du progrès, au nom de la bourgeoisie industrielle et commerçante, effrayée de je ne sais quels fantômes d'ancien régime, qu'on a renversé la monarchie, et il se trouve que la conquête d'Alger, héritage de cette monarchie proscrite, crée au commerce et à l'industrie de nouveaux débouchés, vivifie le littoral de la Méditerranée et ouvre un nouveau champ, un champ magnifique, à la civilisation et au progrèsi £t puis comment rhistorieni comment AH^red Nette*
ment n'aurait-il pas été saisi, remué par la pathétique grandeur des dernières scènes qu'il lui fallait raconter : cette race royale, qui avait fait la France, tombant au lendemain même d'une éclatante victoire, ensevelie dans ce suprême et dernier triomphe ; — le drapeau blanc, le vieux témoin de tant de journées héroïques, qui, depuis Jeanne d'Arc jusqu'à Suifren, avait abrité tant de glorieux faits d'armes^ tant de dévouements sublimes, cédant la place au drapeau tricolore, ce nouveau venu de notre histoire, et disparaissant dans une journée de victoire ; — le maréchal de Bourmont, qui, hier encore, traversait la mer à la tête d'une armée puissante et sur une des plus belles flottes qu'ait équipées la France, s'éloignant, avec le cercueil de son fils', sur un brick autrichien, de cette terre d'Afrique, théâtre de sa gloire et d'une inconsolable douleur, et se rencontrant à Palma avec les débris de la milice qu'il vient d'expulser d'Alger ; — le baron d'Haussez, qui a préparé cette grande expédition, se dérobant sous un déguisement à la mort qui le menace et passant la mer sur une barque ; — enfin, presque le même jour où le Dey vaincu, abordant à Naples, déclarait à Tambassadeur de France qu'il se mettait sous la protection du roi Charles X, son vainqueur, Charles X, lui-même errant et fugitif, s'embarquant à Cherbourg et faisant voile pour l'Angleterre.
C'est parce qu'Alfred Nettement a ressenti ces émotions, parce qu'il les ressent encore, que son livre ne sera pas seulement un récit historique, clair, méthodique, complet, fruit d'une information considérable et précise :