Amédëc de Bourmont
il sera en même temps, un livre éloquent. Il nous dira, comme aucun autre que lui ne l'aurait su faire, et les scènes que je viens de rappeler» et aussi les jours de joie et d*ospérance, cette journée du 5 mai 1830, par exemple, où le duc d'Angoulôme passa, dans la rade de Toulon, la revue de la flotte prête à mettre à la voile. Elle s'élevait à ()75 b&timents de guerre ou de commerce, et ne comptait pas moins de 11 vaisseaux, 24 frégates et 70 navires de guerre de moindre force. Le spectacle que présentait la rade était magnifique. Les navires de guerre et les bâtiments de transport, entre lesquels circulaient des milliers de barques, occupaient le centre du tableau, dont le cadre était formé parles collines qu'occupait une innombrable population. Tous les navires étaient pavoises ; les équipages, montés dans les vergues et dans les hunes, faisaient retentir Tair des cris de Vive le Roi /Journée de soleil et de fête à la veille des jours de deuil, dernier rayon à l'heure où les ombres du soir vont envahir le ciel, dernier sourire de la fortune à cette maison de Bourbon, qui avait trouvé la France épuisée, appauvrie, écrasée sous le poids d'inénarrables désastres, et qui allait la laisser libre, prospère et forte^ avec des finances admirables et une flotte superbe, — qui l'avait trouvée vaincue, humiliée, foulée aux pieds par quatre cent mille envahisseurs, et qui allait lui léguer la plus pure et la plus belle de toutes les conquêtes.
V Histoire de la Conquête d* Alger ^ fut publiée au mois
I. Histoire de là gonquâte d'Aloeii, écrite sur des documents
de mars 1856. L'auteur, en même temps qu'il envoyait son livre au comte de Chambord, en avait adressé ie% exemplaires au duc d'Aumale et au duc de Nemours, qui avaient Tun et l'autre si vaillamment combattu en Afrique.
Alfred Nettement reçut du duc d'Aumale les deux lettres suivantes :
« Richmond, 27 avril 1856.
« Je viens, Monsieur, vous remercier de votre aimable lettre ; quant à l'ouvrage qu'elle devait accompagner, il ne m'est pas encore parvenu ; mais vous ne doutez pas de Tintérêt avec lequel je le lirai et que réclament le sujet et votre talent... »
De Twickenham, le surlendemain 29 avril :
« Je viens de parcourir, Monsieur, le livre que vous m'avez envoyé ; j'y reviendrai certainement, car ce rapide examen m'a convaincu qu'il méritait une étude approfondie et que j'avais sous les yeux une œuvre loyale, sérieuse et pleine de talent. Le sujet était digne de vous, car c'est une grande page de l'Histoire de France, et je crois que chaque jour davantage la patrie honorera d'une commune reconnaissance les gouvernements qui ont su accomplir ces deux grands faits solidaires l'un de l'autre, comme vous le dites : la conquête d'Alger et celle de l'Algérie.
« Pour moi, Monsieur, qui ai passé sur cette terre d'Afrique les meilleures années de ma vie, je ne puis que vous féliciter d'avoir entrepris et mené à fin ce beau travail, et vous remercier de la manière honorable dont vous avez rappelé le nom de mes frères et le mien, en les mêlant à tant de noms chers à la France et à mon cœur.
inédits et authentiques ; suivie du Tablbjlu db la conquête de l'AlaÉRiB. Un volume in-8* de 667 pages. Jacques Locoffre et C**, ^, rue du Yieax-Colombier.
ii8 ALFRED NETTEMENT
c Recevez, Monsieur, rassurance des sentiments avec lesquels ie demeure
« Votre affectionné,
c H. d'Orléans. »
La lettre du duc de Nemours est datée de Gênes, 12 mai 1856.
« Monsieur,
« On vient de me remettre à mon passage ici votre ouvrage sur la Conquête d'Alger, et je veux dès à présent vous remo^ cier. Votre livre en effet m'intéresse à bien des titres, pour les suffrages qu'il a déjà obtenus, pour la patriotique pensée qui Ta inspiré, pour la grandeur du sujet qu'il traite.
« J'apprécie bien aussi, croyez -le, le sentiment qui voas a dicté votre lettre, sans pouvoir toutefois accepter, ni surtout recevoir pour moi seul les expressions d'éloge qu'elle contieut
« N'en croyez pas moins pour cela, Monsieur, à Tassuraoce sincère de tous mes sentiments pour vous.
« Louis d'Orléans. »
Dès le 31 mars, le comte de Cbambord avait écrit i Nettement :
« Venise, 31 mars 1856.
« Je veux vous dire moi-même, mon cher Nettement, combien je suis satisfait de votre histoire de la conquête d'Alger. Cet ouvrage consciencieux, écrit sur des documents antheotiques, dans un esprit d'impartialité, de justice et de conciliation, est un service de plus rendu par vous à la cause de la vérité . Le lecteur suit avec un vif intérêt dans vos récits, toujours puisés aux sources les plus pures, la marche de cette grande entreprise, si glorieusement inaugurée en 1890 par la chute d'Alger et non moins glorieusement terminée, après diz-eept ans d'efforts, parla chute définitive de la puissance musulmane
ALFRED KBTTEHBNT 44
d&ns cette contrée : dernière page militaire des annalea de 1 moDarchie, noble conquête qui, en donnant à la France u nouveau royaume Bur cette terre d'Afrique où saint Louis e venu mourir, ouvre un nouveau champ A l'activité nationa et de nouvellea routes à la civilisation chrétienne. C'est & cet école que se sont formés taat d'illustres généraux qui ont é l'épée de la Fram^e contre les ennemis du dehors et son boi clier contre ceux du dedans ; c'est de là qu'est sortie cet brave armée qui, dans une lutte récente <, si lointaine et périlleuse, a étonné le monde par des prodiges de constanc de discipline et d'héroïsme, et ajouté encore à la gloire du no français. Puisse votre livre, en mettant ainsi la vérité da] tout son jour, contribuer A éclairer les esprits, à rapprocher 1 cœurs et à préparer les voies A cette œuvre de régénération de salut, objet de nos vœux les plus ardents comme de n pins douces espérances. Croyez A toutt*. ma gratitude et & n bien siacére et constante affection.
1 Henri. ■
Après VHistoire de la Conqitête d'Alger, Alfred Nett meot resta deux ans sans publier un nouvel ouvrage. G deux années ne laissèrent pas cependant d'être par 1 bien employées. Cédant aux conseils de ses amis, il s'éts décidé, après de longues hésitations, à entreprendre i travail considérable, cette Histoire de la Restauration, q foccupera maintenant jusqu'à la an de sa vie. C'est < 1856 et en 1857 qu'il commença d'en réunir les matériau A cette époque, et depuis le 1*' mars 18^, il donnai tous les quinze jours, au journal V Union, une Varié