VICTOR HUOO. — TRADUCTIONS DE L' ANGLAIS. LE LIVRE DE CHARLES MAC
FARLANE SUR Constuntinople et la Turquie. — m. saimt-martim et LE JOURNAL i/ Vniversel. — le pringb ob pouonag et alfrbd nettement. — l' Universel et le Moniteur, l'article du 2 juin 1880. — COURS de ltttératurb française a la société des ronnbs-let- TRS8. — i/ Histoire de la littérature pendant la Révolution.
Alfred Nettement quitta le collège de Sainte-Barbe au mois d'août 1835. Trois mois plus tard, il commençait son droit, non qu'il se sentit pour le barreau une vocation prononcée, mais parce qu'il était assuré de trouver dans la profession d'avocat un bien plus précieux, à ses yeux, que le succès et la fortune, l'indépendance. Le début de sa vie détudiant faillit être marqué par un duel avec un jeune homme destiné, comme lui, à devenir célèbre, Etienne Qamier-Pagès % qui sera, sous le gouvernement de Juillet,
1. L'alné des deux frères Gamier-Pagès, celui qui avait du talent.
le principal orateur de Topposition républicaine. Le général Foy était mort le 28 novembre 1825. Ses funérailles eurent lieu deux jours après. Le convoi, suivi d'un cortège immense évalué à cent mille personnes» se rendit de la rue de la Chaussée-d'Antin à l'église Saint-Jean, du faubourg Montmartre, où le service religieux fut célébré, et traversa ensuite les boulevards pour aller au Père-Lacbaise. Alfred Nettement se trouvait parmi les spectateurs sur le bord de la chaussée. Comme une pluie fine et glaciale n'avait cessé de tomber depuis le matin, il restait couvert. Maigre, p&le, visiblement en proie à une irritation nerveuse, l'un des commissaires — c'était Gamier-Pagés — vient à lui et d'un ton de commandement le somme d'ôter son chapeau. Alfred Nettement s'y refuse. L'altercation menaçait de prendre une tournure fâcheuse, lorsque survint un autre commissaire, qui était justement un ancien élève de Sainte^Barbe, ami commun des deui adversaires, Albert des Etangs. Son intervention dénoua heureusement la querelle.
A l'époque où Alfred Nettement fréquentait l'Ecole de Droit, les étudiants royalistes se réunissaient dans un vaste établissement ouvert au centre du quartier latin, sous le titre de Société des Bonnes-Etudes^ que lui avait donné son fondateur, M. Bailly de Surcy, un des hommes de^ notre siècle qui ont fait le moins de brait et le plus de; bien, dont l'action se retrouve à l'origine des principales^ œuvres catholiques de notre temps, et dont le nom modeste | ne périra pas : c'est chez lui que la Société de Saint- Vincent-de-Paul a pris naissance, et il en a été le premier; président. Les jeunes gens trouvaient aux Bonnes- Etudes^, une bibliothèque, un salon de lecture, une salle de iravaili
Un amphithéâtre, qui pouvait contenir environ trois cents personnes^ permettait de faire des conférences de droit ou de médecine et de donner des séances littéraires. Alfred Nettement y prit quelquefois la parole, non sans succès, ainsi qu'un de ses camarades de la rue des Postes, M. Armand de Melun. M. Louis de Carné, qui fut, lui aussi, l'un des orateurs de la Société des Bonnes -Etudes, en a parlé, dans ses Souvenirs de jeunesse, en des termes qui laissent peut-être un peu à désirer, au moins sous le rapport de l'exactitude : « Les conférences littéraires des Bonnes 'EltuieSj écrit-il, avaient lieu dans une salle sur laquelle flottait un large drapeau fleurdelisé et dont les bancs étaient garnis par une jeunesse considérée au pavillon Marsan comme la suprême espérance de l'avenir. . . Elles avaient commencé par des lectures sur les gloires de la vieille monarchie; on y avait entendu des élégies nombreuses sur les malheurs de la famille royale, dont l'une, VOde à Louis XVII, était l'œuvre d'un inconnu à la veille de s'appeler Victor Hugo. » M. de Carné confond ici la Société des Bonnes-Etudes avec la Société royale des Bonnes- Lettres *, où Victor Hugo donna, en effet, lecture de trois de ses Odes: le 28 février 1821, de son Ode sur Quiberon ; le 13 mars suivant, de celle qui a pour titre : Vision, et, le 10 décembre 1822, de son Ode sur Louis X VIL La Société des Bonnes-Etudes ne fut fondée qu'en 1823 ; les étudiants en droit ou en médecine y étaient seuls admis, et Victor Hugo, encore bien qu'il ait pris quelques inscriptions de droit, n'y parut jamais. Elle tenait ses séances
1. Sarla Société des Bonnes-Lettres, Toir Victor Hugo avant 1830, par Edmond Biré, pages 287-242.
rae de TEstrapade ; celles de la. Société royale des Bonnes- Lettres avaient lieu, sur la rive droite, à Tancien hôtel de Gèvres, rue Neuve-Saint- Augustin, n® 17. Nous y reviendrons, du reste, tout à l'heure, en compagnie d'Alfred Nettement.
En même temps qu'il suivait les cours de l'Ecole de Droit, désireux d'alléger les sacrifices que ses études imposaient à sa famille, il donnait quelques répétitions, et consacrait la plupart de ses soirées à des traductions de l'anglais. M. Defauconpret, le traducteur de Walter-Scott, qu'il avait eu, à Sainte-Barbe, pour préfet des Etudes, lui avait procuré un éditeur qui, du reste, ne le payait pas au poids de Tor. Il achevait précisément de traduire les trois gros volumes de Charles Mac-Farlaue sur Constantinople et la Turquie, lorsqu'il vit entrer dans sa chambre d'étudiant, un soir du mois de décembre 1828, M. Saint Martin S fondateur du journal V Universel, qui venait lui demander sa collaboration.
L' Universel était, à l'origine, une feuille non politique, exclusivement littéraire et scientifique, qui exposait ainsi
1. Antoine Saint-Martin (1791-1832), bibliothécaire de l'AnMBid et inspecteur de la typographie orientale à l'Imprimerie royale. Il avait été élu, à 27 ans, membre de TAcadémie des Inscriptions. On lui doit d'importants ouvrages, parmi lesquels ses Mémoires sur l'Arménie, ses Recherches sur l'époque de la mort d'Alexandre, et sur la Chronologie des Ptolémées, une Histoire des Arsacides et une Histoire de Palmyre. La révolution de 1830 lui fit perdre ses places et ses pensions. Saint- Martin avait eu pour associé dans la fondation de Wniversel un de ses collègues de l'Académie des Inscriptions, Alxil Rémusat, qui était, comme lui, un profond érudit, un écrivain élégant et un ardent royaliste. Ces deux orientalistes s'intéressaient avec passion aux choses d'Occident.
son programme dans son premier numéro, publié le 1*^ janvier 1829 :
m Ce recueil sera consacré à la littérature, dans la plus noble acception de ce mot, c'est-à-dire, l'ensemble des connaissances humaines, en tant qu'elles ont droit d'occuper toutes les ftmes élevées et tous les esprits judicieux. ... Le titre adopté parles auteurs de V Universel annonce assez qu'ils ne veulent donner Texclusion à aucune idée utile, à aucune doctrine digne d'exercer l'esprit ou capable d'étendre le domaine de la raison. Seule, la politique en sera sévèrement bannie Quant à la publication, on n'a pas balancé à la rendre quotidienne, pensant qu'il n'y avait pas d'autre moyen de suivre constamment le mouvement de la littérature, de répondre aux premiers besoins de notre époque, de donner des nouvelles au moment où elles ont de l'intérêt, de parler des livres pendant qu'on s'en occupe Les rédacteurs de l'Universel donnent donc six numéros par semaine ; ils n'en publient pas le lundi, parce que le dimanche il n'y a ni publication nouvelle, ni première représentation, ni séance académique. »
Du mois de janvier au mois de décembre 1829, les rédacteurs soutinrent cette gageure de faire un journal quotidien qui ne s'occupait que de littérature. La critique de r Universel est spirituelle, incisive et remarquablement impartiale. L'heure cependant était peu propice à ces études désintéressées. Le ministère Martignac avait disparu, faisant place à un ministère d'extrême droite, présidé par le prince de Polignac. La lutte des partis avait pris, alors, un caractère de violence passionnée. Les préoccupations publiques s'étaient portées tout entières vers la politique : une feuille qui la bannissait de ses colonnes ne pouvait plus espérer trouver des lecteurs. U Universel le comprit, et, le 1«' décembre 1829, devenu journal politique, il annonçait en ces termes sa transformation :
« L'attention qu'on accordait jadis exclusivement aux travaux de Tesprit, aux progrès de Tintelligence, aux jeux du théâtre, aux productions des beaux-arts, cette attention n'occupe plus
qu'un rang secondaire dans notre société moderne Il est
un intérêt qui prime tout dans la plupart des esprits, et cet intérêt, c'est la politique qui l'inspire. — Une fois la politique réintégrée dans un recueil, d'où l'amour des lettres avait tenté de l'exclure, une grave question se présente : quelle sera cette politique? quelle bannière adopteront les rédacteurs de V Universel f Grossiront-ils le nombre des amis de la monarchie qu'on accuse de ne pas aimer la liberté, ou des amis de la
liberté qu'on accuse d'être les ennemis de la monarchie ?
Dans la carrière où ils entrent, ils ne voient point de modèles. Ils sont résolus à rester étrangers à toute question d'amourpropre ou d'ambition... • La religion, le roi, son auguste famille, les prérogatives de la couronne, le salut de la monarchie, la défense de l'ordre social, seront les seuls intérêts qui dirigeront leur plume.
» La publication ne sera pas changée, si ce n'est que le format sera doublé et qu'on ajoutera un numéro de plus, celui du lundi.
» En un mot, l'introduction de la politique dans V Universel complétera seulement cette quadruple alliance du vrai, du beau, du juste et de l'utile, qui, seule, mérite de fixer l'attention de l'homme religieux, du littérateur, du philosophe et du citoyen *. »
VUniverself ainsi que ce premier article le laissait clairement entrevoir, allait faire campagne pour le ministère. Celui-ci comptait bien déjà quelques défenseurs dans la presse, la Oazetie de France^ la Quotidienne et le Drapeau blanc; mais la Gazelle de France, tout en
1. V Universel avait eu jusqu'alors pour sous-titre: Journal de la Littérature, des Sciences et des Arts ; ce sous-titre disparut à partir du 1** décembre 1829. Les bureaux étaient situés rue Coquillière, n* 88.
soutenant M. de Polignac, restait fidèle à M. de Villèle, en qui elle voyait toujours le véritable chef du parti royaliste. Le Drapeau blanc suivait surtout les inspirations de M. de la Bourdonnaye ', qui avait cessé de faire partie du cabinet depuis le 18 novembre, et son rédacteur en chef, le fougueux Martainville •, réclamait hautement un coup d*état immédiat, alors que M. de Polignac se flattait encore cpi'il ne serait pas obligé d'y recourir. La Quotidienne était plus ministérielle, sans abdiquer pour cela son indépendance. Son directeur, le très spirituel M. Michaud', disait eu souriant : « Je suis comme ces oiseaux qui sont assez apprivoisés pour se laisser approcher, pas assez pour se laisser prendre. »
Désireux d'avoir un interprète qui s'inspirât de son esprit, qui exprimât sa pensée, M. de Polignac chargea de ce soin l'Universel et lui réserva ses communications. M. Saint-Martin passait pour n'être point indifférent à la
1. Ministre de rintériear dans le cabinet Polignac, formé le 9 août 1819. Le 17 novembre suivant, M. de Polignac ayant été nommé président da Conseil, M. de la Bourdonnaye donna sa démission. Un de ses amis lui demanda quel était le motif de sa retraite : « On voulait me faire jouer ma tête, répondit-il, j'ai désiré tenir les cartes. » (Papiers politiques de M. de ViUèle.)
2. Alpbonse-Louis-Dieudonné Martainville. Vaudevilliste spirituel et polémiste ardent, il était payé pour ne point aimer la Révolution, ayant été traduit devant le Tribunal révolutionnaire à Tàge de 18 ans (le 15 ventôse an II, — 5 mars 1794). Gomme le président lui jouait le mauvais tour de rappeler « citoyen de Martainville » : — « Citoyen président, répliqua l'accusé, tu es ici pour me raccourcir et non pour me rallonger. » Il mourut un mois après les journées de juillet, le 27 ao&t 1830.
3. Joseph MicJiaud (1767-1899), fondateur de la Quotidienne, auteur du Printemps d'un proscrit et de V Histoire des Croisades, membre de TAcadémie française.
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perspective d'ajouter à aea fonctioDS d'A.dmiDistrateiir de j la bibliothèque de l'ArseDat et & son titre de membn de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres quelque | autre fonction et quelque autre titre. On pouvait donc i compter, de sa part, sur un dévouement d'autant plus absolu que ses idées étaient de tous points conformes i celles du président du Conseil et que son royalisme était ! aussi ardent que sincère, ainsi qu'il en avait donné plos , d'une fois la preuve, notamment pendant les Cent-Jours, I lorsque, en face de l'Empire renaissant, il avait fait im- ' primer et avait signé de son nom, à l'occasion du vole | sur l'acte additionnel, une brochure intitulée : Motifs de \ mon vote négatif.
Il se borna, du reste, & inspirer son journal, à en sur- \ veiller la rédaction, sans jamais y écrire lui-même. Les principaux articles de V Universel sont presque tous dtu à Alfred Nettement. Pendant son ambassade à Londres, de 1822 à 1839, le prince de Polignac avait connu M. Philippe Nettement et, comme Cbateaubriand, il avait conçu ! pour lui une baute estime. De retour à Paris et dès sa i nominationau ministère, il avait fait venir Alfred Nettement et lui avait offert de l'attacher à son cabinet. Bieuj qu'il n'eût pas cru devoir accepter, le jeune écrivain n'en! avait pas moins été très touché de la proposition qui loi] était faite, et quand M. Saint-Martin lui demanda, pont l'Universel, non plus seulement des articles littéraires, mais des articles politiques, il fut heureux d'avoir à défendre l'ami de son père, le ministre qui lui ayait tëmoigoi à lui-même une si gracieuse bienveillance. A vingt-quatn ans, d'ailleurs, la lutte a des attraite irrésistibles, le danger a des séductions toutes puissantes, et le danger, s'il j
en avait un à ce moment, ceux-là s'y exposaient véritablement qui bravaient une opposition victorieuse et chaque jour grandissante, et non ceux qui, comme M. Thiers et ses amis du National, s'attaquaient au vieux roi Charles X, au plus clément, au plus débonnaire des princes !
Le 3 juin 1830, à la veille des élections qui allaient décider du sort de la Monarchie, un article d'Alfred Nettement, reproduit dans le Moniteur ^ eut un retentissement considérable : « Pour la première fois, s'écriait le Journal des Débats, le Moniteur^ journal officiel, s'associe ouvertement aux menées de la faction ; c'est la préface du coup d'Etat. > Le Roi peut-il céder f Le Roi doit-il céder f Tel était le titre de cet article, très habilement fait, mais peut-être encore plus imprudent qu'habile. La thèse de r Universel était celle-ci : Le Roi peut céder, sans doute, quand il s'agit d'une loi, d'une mesure, d'un système d'administration adopté par la Couronne et repoussé par les Chambres. « Dieu seul ne se trompe pas, et jusque sur le trône, il est beau de reconnaître et d'avouer une erreur. » Mais il en va autrement, s'il s'agit de quelqu'une des attributions de la puissance executive laissée tout entière au souverain, sous la condition de la responsabilité de ses ministres ; s'il s'agit surtout de Texercice de cette prérogative, en vertu de laquelle, seul, librement, sans concours et sans contrôle, le Roi commande les armées de terre et de mer, nomme à tous les emplois, institue les magistrats et choisit ses ministres. Puisque le Roi, aux termes de la Charte, a seul le droit de choisir et de nommer ses ministres, refuser de les reconnaître et de concourir avec eux, ainsi que le faisait l'opposition, et cela avant même de les avoir vus à l'œuvre, n'est-ce pas les exclure contre
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volonté du Roi? Cslte exclusion qui, ea défîDitive, ne ut avoir pour but que de remplacer par des ministres au oixde la Chambre les ministres choisis par le monarque, 1 constitue-t-elle pas un empiétement de la part du poulir qui se l'arrogé? N'est-ce pas une attaque véritable à prérogative royale ? — Le Roi ne peut donc pas, ne doit ne pas céder... « Ci'der, ce serait effacer une disposition écise et formelle de la Charte... Ce serait fausser tout nsemble etl'équilibre de notre gouvernement représentif, puisqu'en laissant le Roi sans actiun et sans défeose, ivé même du simple ve/o, on raye de la Charte Tun des sis pouvoirs, celui qui l'a donnée, et que l'aristocratie lissante, se trouvant seule, sans contre-poids, vis-à-vis s communes, serait bientôt écrasée, et que rien alors empêcherait la démocratie de nous conduire ou de se Lsser entraîner vers la République ', » L'insertion au Moniteur de plusieurs autres articles de 'Jniversel ' consacra de plus en plus le caractère semi- Kciel de la feuille de M. Saint-Martin, ce qui lui valut, ; la part des journaux de l'opposition, depuis les Débais
\6 Constitutionnel jusqu'au National %i h. \d, Tribune ■s DéparteJnents, où débutait alors Armand Marrast, : violentes attaques et de furieuses invectives. Ce fut Lrtout Alfred Nettement qui soutint l'effort de ces poléiques. Lui qui devait être, pendant quarante ans, ud urnaliste d'opposition, il fut à ses débuts un journaliste inistériel, — en un moment, il est vrai, où les ennemis 1 ministère avaient pour eux le nombre, la faveur puique, la force et déjà la victoire...
I. VUnicerael, n* du'J juin 1S30. — Le Monileur, n- du 3 juin. Z. Moniteur des 3 mai, 36 mai el 5 juin 1830.
La jeuQesse a des ressources infinies, et lorsqu'elle s'élance vers l'avenir, ayant pour compagnons de route le travail et l'espérance, il lui arrive souvent de faire double étape. En même temps qu'il prenait une part active à la rédaction de V Universel^ Alfred Nettement faisait un cours de littérature française à la Société royale des Bonnes-Lettres.
Créée, au mois de janvier 1821, par Chateaubriand, Berryer fils, le marquis de Fontanes, le duc de Fitz James, le comte François des Gars, le baron de Vitrolles, Pardessus, Le Normant fils, Michaud, le comte de Vaublanc, etc., la Société des Bonnes -Lettres donnait, deux fois par semaine, le mardi et le samedi, des séances publiques auxquelles les dames étaient admises et qui étaient remplies par des discours sur la morale, la littérature, Thistoire, les sciences et les arts, ainsi que par des lectures de fragments littéraires en tous genres. La liste des écrivains et des orateurs qui, de 1821 à 1830, prononcèrent, dans la salle des Bonnes-Lettres, une suite de discours sur les sujets qu'ils avaient choisis, ou donnèrent lecture de morceaux divers extraits de leurs portefeuilles, montre combien le parti royaliste était riche en hommes de talent.
Cette liste comprend dix-huit membres de l'Académie française : Auger, de Bonald, Brifaut, Campenon, Chateaubriand, deFéletz, Fontanes, Guiraud, Lacretelle, Michaud, Roger, Soumet; — Ajicelot, Berryer, Biot, Victor Hugo, Charles Nodier, Patin, ces six derniers élus après 1830.
A côté des membres de l'Académie française, figurent six membres de l'Académie des Inscriptions-et-Belles- Lettres : Bureau de la Malle, Garcin de Tassy, Quatremère de Quincy, Raoul-Rochette, Abel Rémusat et Vanderbourg.
Après ces vingt-quatre académiciens, formant l'étatmajor de la Société des Bonnes -Lettres, viennent les noms suivants :
Edouard AUetz; Audibert; Bergasse, ancien membre de l'Assemblée constituante ; Bignan ; Henri de Bonald ; Capefigue ; Capo de Feuillide; Alissan de Chazet; GhênedoUé; le marquis de Coriolis d'Espinouse ; Denain; Désaugiers; Després; Adrien Destailleur; Ducancel ; Dussault et Duviquet, rédacteurs du Journal des Débats ; le baron d'Eckstein ; Fulchiron ; Eugène de Genoude ; Edmond Géraud; de Haller ; Hennequin ; Hennet, commissaire royal du cadastre ; le marquis d'Herbou ville, pair de France ; Abel Hugo ; le comte Achille de Jouflroy ; Laurent de Jussieu; Laurentie; de Lourdoueix; Malitourne ; le comte de Marcellus ; Martainville ; Mazens ; Mély-Janin ; Edouard Mennechet ; Alfred Nettement ; le docteur Pariset ;• A. Roux-Laborie ; de Rougemont ; Corentin Roy ou ; Saint-Prosper ; le comte de Vaublanc.
Alfred Nettement choisit pour sujet du cours qu'il fit à la Société des Bonnes-Lettres, dans les derniers mois de 1829 et les premiers mois de 1830, l'histoire de la littérature française depuis 1800. Dans ses premières leçons, il parla de la littérature pendant la Révolution. La politique le sollicitait partout et le suivait même sur le terrain littéraire. Il était moins sage que son ami M. Patin, bibliothécaire du Roi, ((ui, à côté de lui, et devant le même au-
ditoire, donnait une série de leçons sur les Tragiques Grecs. Plus tard, au lendemain de 1830, tandis qu'Alfred Nettement se jettera à corps perdu dans la mêlée, M. Patin étudiera, commentera pendant deux ou trois lustres, à la Sorbonne, les poésies d'Horace, et arrivera sans bruit à rA.cadémie française : Alfred Nettement ne trouvera même pas le temps de poser sa candidature.
Quoi qu'il en soit, il réussit, à la Société des Bonnes- Lettres, au delà de ses espérances. On venait de tous les points de Paris entendre ce jeune homme, dont le langage passionné répondait si bien aux passions de son auditoire. Beaucoup, parmi ceux qui l'écoutaient, avaient été les témoins des temps qu'il évoquait, — les témoins et les victimes, — et ils applaudissaient avec transport aux brûlantes invectives de l'orateur. Sur un tel sujet, devant un tel auditoire, il ne se pouvait guère qu'un orateur de vingt-quatre ans évitât de tomber dans la déclamation ; du moins, Alfred Nettement rachète-t-il ce défaut par des traits heureux, par des pages émues, chaleureuses, presque éloquentes, celle-ci, par exemple, sur le culte de la déesse Raison et sur les saturnales dont la salle de la Convention fut, h cette occasion, le théâtre :
M Cette ronde de législateurs et de courtisanes, tournant autour de cette idole pétrie avec les vices de cette société et la boue de ses mœurs, n'est-ce pas un symbole exact et fidèle du dix-huitième siècle tout entier?... L'alliance des sophismes et des vices, des rhéteurs et des roués de la Régence, se poursuivait jusqu'au bout ; mais, dans cette alliance, les mœurs de la Régence fournissaient la divinité, l'école philosophique avait la honte de fournir les adorateurs. Ainsi s'accomplissaient les conseils de Dieu, qui voulait avoir raison de cet orgueil insensé qui lui avait déclaré la guerre. La philosophie du dix-huitième
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ècle avait comnieDcé par proclanior la royauté des sens : elle lissait, proBteriiée devant une courtisane, et laissant tomber . tête, déjà alourdie par la mort, sur lea genoux d'une créature lUillée. Elle a'était écriée à eon début : « Ecrasons l'inFUme » ; , à la fin du siéde, l'Infâme, elle l'adorait... u Pendant que Chauniette pri^parait, dans la salle de la Cod- Qtion, le programme de la fête impie qui devait le lendemain ofaner l'enceinte de Notre-Dame, il y avait deux hommes ti souriaient dédaigneusement sur leurs bancs et dchaugeaient voix basse de menaçautes paroles. L'un était Saint -Just. qui, >is mois plus tard, monta à la tribune pour lire son rapport ntre la faction des atbëes; l'autre était Robespierre, qui voya cette faction et Chaumette, son chef, A l'échafaud. lelquea mois après, Robespierre et Saint-Just périrent eux- Smes, dévorés par leurs crimes. C'est ainsi que descendront la Bcdne tous ces sinistres acteurs, iléaus de Dieu, qui prouient l'esisteuce de Dieu jusqu'en la niant.
0 N'était-ce point là, en effet, le résultat marqué aux ambiuses nouveautés de l'école philosophique ? Bossuet n'avait-il 8 indiqué au protestantisme le déisme pour transition et théisme pour terme? Ces malheureux, qui dépensaient le u d'instants qui leur restait en blasphèmes, qui bégavaient mpuissantes injures contre l'éternité, étaient les vivants emples de cette justice dont ils voulaient contester l'exisnce. Descendus jusqu'à une brutale idolHtrie, ils donnaient
1 monde des enseignements invisibles pour eux-mfmes. I.a 'ovidence en usait avec eux comme les Scythes avec leurs slaves et semblait avoir dté la vue K ces maîtres de la ance pour les rendre plus propres à leurs fonctions serviles ; ces aveugles, choisis d'en-haut pour éclairer les hommes, ïrchaient à travers les avènements, un flambeau dans les uns et un bandeau sur les yeux. «
Ces leçons sur la littérature française pendant la RévotioD, une révolution nouvelle allait les interrompre. La iciété des Bonnes-Leltres; ne survécut pas à la chute du
roi Charles X. L' Universel^ de son côté, cessa de paraître le 28 juillet 1830. A peine à ses débuts, Alfred Nettement voyait se fermer brusquement l'avenir qui avait paru s'ouvrir devant lui. Gomme ces jeunes officiers de la garde royale, dont plusieurs étaient ses amis, il avait à peine eu le temps d'essayer son épée, que déjà la Révolution la brisait dans sa main. Une situation nouvelle lui était faite; de nouveaux devoirs s'imposaient à lui : nous verrons bientôt comment il sut les remplir.
Enfant à l'heure où la Restauration succédait à l'Empire, Alfred Nettement avait grandi avec elle. Il avait vu la France relevée par la royauté, cicatrisant ses blessures, à l'ombre du vieux trône, et reprenant ses forces avec une rapidité merveilleuse, déployant dans toutes les directions, sous la conduite de ministres intègres, une activité féconde, mêlant aux progrès de l'industrie et du commerce réclat de la poésie et des lettres, riche et prospère, libre et forte, à la fois pacifique et victorieuse, associant aux succès de son drapeau les intérêts de la civilisation, affranchissant la Grèce de la domination des Turcs, et, par la conquête d'Alger, délivrant la Méditerranée des pirates qui l'infestaient, préparant enfin par sa diplomatie l'extension de nos frontières jusqu'au Rhin. Ces admirables résultats, obtenus en si peu d'années, il n'avait pas hésité à en faire remonter l'honneur au principe même du gouvernement, à cette Légitimité dont il avait, dans son premier écrit, signalé les avantages. Mais son royalisme n'était pas seulement affaire de raison et de logique ; le sentiment y jouait un grand rôle. A la veille de la Révolution de 1830, en plein triomphe des idées démocratiques
et égalitaires, il éprouvait pour la royauté ces sentiments de tendre et respectueuse affection qu'elle inspirait à nos pères avant la Révolution de 1789. Le jour où Louis X\I périt sur Téchafaud, plusieurs royalistes, des bourgeois, des hommes du peuple, moururent de douleur *. Alfred Nettement eût été digne d'être de ceux-là : il avait même fidélité, même dévouement, même cœur. Et c'est ce qui va donner à son talent, à sa polémique, un caractère particulier. Il ne sera pas seulement, dans la presse mooarchique, le plus ardent, le plus infatigable. Il y aura, 4ans tous ses actes et dans tous ses écrits, quelque chose de chevaleresque. Il combattra, à la façon de ces Vendéens qui aimaient d'un égal amour le Roi et la France, et dont il se plaisait, en toute rencontre, à rappeler le souveiir ; il aura leur foi, leur enthousiasme, leur vaillance. Comme eux, il ne connaîtra ni le repos, ni la défaillance ; comme eux aussi, il sera sans ambition, et il eût dit volontiers, comme Henri de la Rochejaquelein, devisant autoar d'un feu de bivouac, la veille d'une bataille : « Mes amis, si nous remettons le Roi sur son trône, j'espère que Sa Majesté m'accordera la faveur de commander l'un de ses régiments. »
1. « Un militaire, décoré de la croix de Saint-Louis, est mort de douleur en apprenant Tezécution du Roi. Une femme du peuple s'est, de désespoir, jetée dans la Seine. Le libraire Vente, autrefois attaché aux Menus-Plaisirs, en est devenu fou. Un perruquier de la me Culture- Sainte-Gatherine, royaliste ardent, s'est coupé la gorge avec un rasoir. La mère de Charles de Lézardière, retirée à Ghoisy-le-Roi, lorsque son Ûls est revenu de Paris, portant sur ses traits décomposés la nouvelle de la mort du Roi, est tombée morte. » {Journal d'un bourgeois de Parts pendant la Terreur, par Edmond Biré, t. i, p. 4i*).