La Quotidienne, numéro du mercredi 18 août
2. Je ne parlo ici, bien entendu, que de la Quotidienne de la Bestauration. La Quotidienne, en effet, remontait à la Kévolution ; elle avait commencé avec la Convention nationale, le 21 septembre 1792, pour cesser définitivement le 4 septembre 1797. Durant ces cinq années» elle fut proscrite trois fois : le 18 octobre 1793, deux jours après l'exécution de la reine Marie-Antoinette; — le 5 octobre 1795, après la victoire de la Convention en vendémiaire ; — le 4 septembre 1797, après le coup d'Etat de fructidor. Cette dernière proscription n'atteignit pas seulement le journal, mais tous ses rédacteurs : Michaud, La Harpe, de Yauxelles, Suard, Gallais et Fontanes. Déjà, à la suite du 13 vendémiaire, Joseph Michaud avait été condamné à mort par contumace et exécuté en effigie sur la place de Grève.
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Maisonfort, Merle, J.-B. Soulié, Mély-Janin, Laurentie. A partir de 1822, cammence ce que Sainte-Beuve appelle « la Jeune Quotidienne », avec Malitourne, Véron, Audibert, Emile Morice, Gapefîgue et Bazin de Raucou, le futur historien de Louis XIII et de Mazarin*. A ces écrivains étaient venus se joindre, en 1828, quelques nouvelles recrues, MM. Poujoulat, Paulin Paris, Charles Rabou, Jules Janin, qui fit là ses premières armes. Jules Janin nâvait alors que vingt quatre ans; il nous a laissé, dans un de ses feuilletons des Débats, une fidèle esquisse des bureaux de la Quotidienne en ces heureuses années :
« Les amis de M. Michaud le comparaient, pour la simplicité et pour la facilité de son commerce, au bon La Fontaine en personne. Rien n'était charmant comme de l'entendre causer et sourire. Sa bienveiUance était inépuisable comme son esprit. . . Celui qui écrit ces lign^^s, avec une douleur profonde et une conviction bien sentie, pourrait attester toute l'amitié que cet excellent homme portait à la jeunesse. 11 m'avait rencontré comme j'étais en train d'essayer follement le peu de style et d'esprit que le ciel m'a pu donner, et tout de suite il m'avait offert un asile dans eon journal, à côté d'écrivains de talent dont la mémoire me sera chère toujours... De ces premiers instants de ma vie littéraire, je n'ai rien oublié, ni ces écrivains ardents et convaincus, dont quelques-uns sont morts déjà sans avoir rien compris à la révolution qui les emportait ; ni la verve intarissable de Laurentie, cet homme tant attaqué, si savant, si spirituel et si bon ; ni l'indulgence affable de M. Michaud et ses conseils pleins de goût et de sagesse. Surtout, ce qui m'est resté de ces premières années, c'est un respect inaltérable pour le vieux roi, pour le vieux trône, pour l'antique monarchie*. »