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rels, la Quotidienne comparut devant la Cour d'assises pour répondre de son article du 9 mai 1832 sur Madame la duchesse de Berry. Je reproduirai quelques passages de cet article d'Alfred Nettement; il donnera au lecteur une idée assez exacte du ton de sa polémique, de la nature de son talent, jeune, élevé, brillant:
« ... Oui, il y a du courage au fond de l'action de Marfame *, quelque jugement politique qu'on en veuille porter, et c'est ce courage qui séduit et subjugue quiconque porte un cœur français. Les gens du ministère peuvent è loisir énumérer toutes les difficultés de l'entreprise, toute l'impuissance des moyens, toute la témérité de l'attaque ; ils ne voient pas qu'ils révèlent ce qu'il faudrait taire... Depuis assez de mois, Dieu merci, on nous étouffe de précautions, on nous assassine de prudence ; laissez, laissez-nous, de grâce, admirer un acte de courage; laissez- nous voir à notre aise un peu d'audace et de témérité, ne fût-ce que pour nous rafraîchir et pour nous empêcher d'oublier tout à fait que nous sommes Français... Qu'on affecte maintenant de répéter jusqu'à satiété que la duchesse de Berry a péché par hardiesse, que l'art des précautions lui a manqué, qu'elle est coupable d'audace, d'intrépidité, de témérité; ce sont des crimes qui trouveront de nombreux complices dans la patrie de l'héroïsme... Ainsi, Madame la duchesse de Berry est téméraire, elle est Française jusqu'à avoir les défauts de la France, et vous, vous 6tes prudents, hommes du milieu, qualité peu française, mais enfin c'est la vôtre. Madame la duchesse de Berry ne disposait d'aucune force, ne pouvait compter sur aucune (mettons le parti royaliste au néant si cela vous arrange); Madame la duchesse de Berry n'avait rien, et vous aviez tout: nos armées, nos trésors, nos flottes, votre police,
1. La duchesse de Berry s'était fait jeter, le 29 avril 1832, sur lacolo de Provence, et, de là, s'était dirigée sur la Vendée, où eUe devait arriver seulement le 16 mai ; la prise d'armes eut lieu dans la nuit du 3 au 4 juin.
car ce n'est pas celle de la France; et avec ce peu de moyens, ou plutôt avec cette absence de moyens contre cette immensité de ressources, Madame la duchesse de Berry a tout osé concevoir, et elle a osé tenter ce qu'elle avait conçu... A ce fier caractère, à ce cœur héroïque, à cette femme que vous appelez V aventurière du Carlo Alberto^ donnez la France pour second dans ses aventures, et dites si, avec elle, vous ne retrouveriez point sur la carte d'Europe notre place si grande naguère et qui, gr&ce à vous, s'amoindrit de jour enjour «. »
Sainte-Beuve a dit dû style d'Armand Carrel, qui, à la même heure, combattait sous un autre drapeau : « Dans cette rude guerre qu'il soutint durant près de six années, les soldats de Garrel sont vigoureux, fermes, adroits, infatigables, ils ne sont pas brillants; ils n'ont pas de casque au soleil. Son expression luit rarement, et ne rit jamais... Le rayon poétique lui a toujours manqué. Il avait parfois l'attitude d'Ajax; mais son casque était sans aigrette, et on n'y voyait pas, comme à celui de Manfred, l'aigle déployée aux ailes d'argent*. »
Solidité de la dialectique, trame serrée du raisonnement, propriété de termes exacte et forte, ces qualités du style d'Armand Garrel ne se rencontraient pas au même degré, il s'en faut bien, dans celui d'Alfred Nettement. Mais le rédacteur de la Quotidienne^ en ces lendemains de Juillet, avait ce qui manquait au rédacteur du National, le rayon, l'éclair lumineux de Tépée, ce que Sainte-Beuve appelle l'aigrette.
Défendu par Berryer, l'article du 9 mai 1832 trouva grâce devant le jury; la Quotidienne fut acquittée.