‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 28 sur 151 · I. Gasette de France. 11 janvier · texte numérisé non relu

I. Gasette de France. 11 janvier

goulême, avaient abdiqué en faveur du duc de Bordeaux. Cette abdication était consignée dans une lettre de Charles X à S. A. R. le Duc d'Orléans, lieutenant-général du royaume, datée de Rambouillet et conçue en ces termes:

u Mon cousin,

« Je suis trop profondément peiné des maux qui affligent et qui pourraient menacer mes peuples, pour n'avoir pas cherché un moyen de les prévenir. J'ai donc pris la résolution d'abdiquer la couronne en faveur de mon petit-flls le duc de Bordeaux.

c Le Dauphin, qui partage mes sentiments, renonce aussi à ses droits en faveur de son neveu.

« Vous aurez donc, en qualité de lieutenant-général du royaume, à faire proclamer l'avènement de Henri Y à la couronne. Vous prendrez d'ailleurs toutes les mesures qui vous concernent pour régler les formes du gouvernement pendant la minorité du nouveau Roi. Ici je me borme à faire connaître ces dispositions. C'est un moyen d'éviter encore bien des maux.

« Vous communiquerez mes intentions au Corps diplomatique et vous me ferez connaître, le plus tôt possible, la proclamation par laquelle mon petit-fils sera reconnu Roi sous le nom de Henri V »

Cette double abdication, Charles X et son fils la tenaient pour définitive^ malgré que la Révolution n'eût pas fait état de la condition qu'ils y avaient mise. Charles X luimême avait dit, un jour, à Prague, à M. le vicomte de La Rochefoucauld : « J'ai abdiqué et je ne reviendrai jamais sur cette abdication, renouvelée par moi sur le sol étranger. Je vous autorise à répéter mes paroles ^ » C'était au

1. Lettre da vicomte de La Rochefoucauld. {Gazette de France du 18 jaaYier 1836.)

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nom de Henri V que la duchesse de Berry avait fait appel, en 1832, aux royalistes de l'Ouest. C'était au cri de Vive Henri V! qu'étaient morts les derniers des Vendéens, les combattants du Chêne et de la Pénissiëre. Lorsque Chateaubriand avait terminé sa brochure sur la Captivité de la duchesse de Berry par ces mots : MaAame, votre fils est mon roi, le parti royaliste tout entier avait fait écho à sa parole. Le 39 septembre 1833, le jpur où le duc de Bordeaux était entré dans sa quatorzième année, époque à laquelle les aaciennes lois de la monarchie fixaient la majorité des rois de France, plusieurs centaines de Français avaient fait le voyage de Prague pour saluer dans le jeune prince le successeur de Henri IV et de Louis XIV, le Roi. L'émotion fut donc vive parmi les royalistes lorsque, dans les derniers mois de 1835, la validité des deux abdications fut remise en question par le journal La France^ qui avait pour inspirateur le duc de Blacas et passait par suite pour refléter les idées de la petite cour de Prague. Dans quel but une telle polémique? Entendait-on revenir sur des faits accomplis? Allait-un donner aux adversaires du parti monarchique le spectacle, si bien fait pour les réjouir, de princes se disputant, dans Fexil, un fantôme de pouvoir et une ombre de couronne ? Certes, on savait bien que Charles X, inclinant son front royal sous la main de l'adversité, n'avait plus d'autre ambition que celle de mourir en Bourbon, en chrétien. On n'ignorait pas que le duc d'Ângoulëme, chez qui un grand courage personnel s'alliait à une extrême modestie, à une humilité profonde, n'avait jamais regretté sa renonciation au trône, s'estimant heureux, au contraire, de n'avoir pas à porter le poids d'une si lourde responsabilité. Si autour d'eux,

parmi les hommes honorables qui avaient tout sacrifié pour les suivre, si d'autres pensées s'agitaient, ce n'est pas, j'ai hâte de le dire, qu'ils fussent empressés de restaurer, au fond d'un vieux château de Bohème, un trône chimérique, une cour imaginaire; c'est qu'ils jugeaient utile, en prévision de la mort de Charles X, alors âgé de 78 a&s, de donner au duc d'Angoulème un titre qui lui permit d'avoir autorité sur le duc de Bordeaux. Le duc de Blacas et ses amis étaient d'accord avec tous les royalistes sur la nécessité, le jour où le trône pourrait être relevé, d'y appeler Henri V et non Louis XIX ; mais, en attendant ce jour, caché dans les secrets de Dieu, ils ne voulaient pas que le duc de Bordeaux pût, à la mort de son aieul, parler en maître et en roi, échapper à la tutelle de son oncle pour aller se placer sous celle de sa mère. La campagne de La France visait donc surtout la duchesse de Berry, suspecte d'être trop favorable aux idées libérales, trop docile aux conseils de Chateaubriand. Fallait-il suivre le journal de M. de Blacas dans la voie où il s'engageait? Les royalistes de France, et en particulier Alfred Nettement, ne le pensèrent pas ; il leur parut qu'ils ne pouvaient, sans dommage pour leur cause, sans péril pour leur honneur, renier le cri qui, depuis cinq ans, au milieu de tant de deuils et d'angoisses, n'avait cessé d'être sur leurs lèvres et dans leur cœur, — changer le nom qui, répété naguère dans le Bocage par ceux qui étaient tombés sar le dernier champ de bataille de la Vendée, avait désormais quelque chose d'irrévocable comme la mort.

Les membres du Comité de rédaction de la (hcolidienne refusèrent de désavouer les théories de La France sur l'invalidité des abdications. Se taire, en pareil cas, c'est

ALFRED NBTTEHENT

lérer. Qui ne dit mot consent Alfred Nettement n'hésiU i à ae retirer. A quelque temps de là, il recevait de dame la duchesse de Berry la lettre suivante ;

u Gratz, 18juinl83G.

Je BUiB charmée. Monsieur, d'avoir une occasion de voue rimer directement les regrets que j'ai éprouvée en voyant isieur votre frère et voua éloignés de la rédaction d'un jourauquel vous aviez su imprimer une ei heureuse impulsion^ En repoussant les offres des nouveaux directeurs, vous avez des sacrifices dont je sais bien apprécier l'étendue. Les trois conditions que vous avez misée à. votre coopération donnent une juste mesure de votre dévouement aux intérêts non flis et à ma personne. Je n'en perdrai pas le souvenir, lerait pour nous une perte réelle si votre plume devait être ^mps condamnée à rester inactive. Aussi je suis disposée ire ce qui dùpend de mol pour vous faciliter l'exécution da , jet concerté entre vous et une autre personne qui partage ■ convictions et vos sentiments. M. le vicomte de Saint-Priest I chargé de vous communiquer ma réponse à votre lettre . eclive, que je suppose Être d'une date plus récente que les res pièces que vous m'avez séparément adressées. Croyez à mes sentiments d'estime et de reconnaissance.

« Majiie CUrolinb. 0

lier encore rédacteur en chef de la Quotidienne, Alfre< tement ne pouvait entrer au journal de M. de Genoudi ime rédacteur en second; il y aurait eu à cela, de l'évè

que meunier. Il se renferma donc, au moins pour un temps, dans la littérature. Sous le titre d'Etiuies littéraires, il publia dans la Gazette de France^ le mercredi de chaque semaine, à partir du 27 janvier 1836, un article de critique, consacré quelquefois aux gloires du passé, et plus souvent, comme il était naturel, aux renommées du présent. C'est ainsi qu'il passa successivement en revue Honoré de Balzac, Victor Hugo, Lamartine, Béranger, Casimir Delà vigne, Jules Janin, Mignet, Thiers, Micbelet, George Sand. On était alors au plus fort de la mêlée romantique. La lutte entre les deux écoles littéraires était plus ardente que jamais, et force était bien à la critique de se ranger dans Tun ou Tautre camp. Les poètes de la nouvelle école avaient eu cette beureuse fortune de trouver dans Sainte-Beuve un défenseur armé de toutes pièces, zélé, vigilant, entbousiaste, qui criait place autour d'eux comme le béraut d'armes, marcbait devant leur cbar comme Técuyer :

Nous tiendrons, pour lutter dans l'arène lyrique, Toi la lance, moi les coursiers ^

Les tenants de l'école classique n'avaient personne à opposera Sainte-Beuve, lorsque M. Désiré Nisard descendit à son tour dans Varène et se fit leur cbampion. Son Manifeste contre la littérature facile^ son grand article de la Revue de Paris sur Victor Hugo en 1836 firent scandale. Cette fois, les romantiques avaient trouvé à qui parler.

Sous quelle bannière va se ranger Alfred Nettement ?

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