‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 30 sur 151 · Gazette de France, 11 mai · texte numérisé non relu

Gazette de France, 11 mai

! ALFRED NKTTmfENT

ide admiration pour le poète, une secrète sympathie ir l'homme. Et cependant, après avoir rappelé que le mtre de Louis XVII et du duc de Berry, de Louis X\1IÏ de Charles X a fait succéder sur sa lyre au Chant dit cre VHymne auœ héros de Juillet, il ne peut se déidre d'écrire c«s lignes :

: Ainsi le cœur même de M. Victor Hugo est gAté par son irît. Son fatal système n'agit plus seulement sur l'auteui, lis sur l'homme. Il a diminué les titres de l'écrivain à l'admiion de la postérité en souillant ses plus belles pages et en èrant l'harmonie de ses plus beaux vers ; mais ce n'est priint it encore. H a détruit, chez M. Victor Hugo, la croyance reliuse et la croyance politique ; et une fois, dans cette circonsice que nous venons de rappeler, il a fait de l'auteur de irton Delorme quelque chose de pire qu'un méchant poêle: homme plein de petitet ptusùms, de petite* cotère* et de Heg rancune»; que vous dirai-je? presque un m^Aant nme > ! »

le crois bien que Victor Hugo n'écrivit point à Netteint pour le remercier. Quelques mois auparavant, \ la [te d'un article sur les Chants du Crépuscule, qui aaient de paraître, le poète avait adressé au critique la tre suivante:

II y a. Monsieur, dans l'article que vous voulez bien consar à mon livre < trop de talent pour que vous n'en veniez pas In i une intelligence complète de ce que doivent être en ce de l'art, la poésie, la philosophie et le style. Vous êtes de IX qui, ayant l'avenir, doivent comprendre l'avenir. C'est un

. Gatette de France. Sfi mai 1836.

, Le volume des Chanti du Crépuscule avait paru le 36 otlobn

lâs

travail qui ne peut manquer de se faire tout naturellement et de lui-même dans on esprit aussi distin^é que le vôtre ; pour moi, je ne suis rien dans ce siècle que le flot qui emporte les choses qui tombent et où se reflètent les choses qui restent.

« Je n'ai pas voulu vous envoyer un simple et banal compliment. Vous méritex mieux. J'ai lu votre article avec un extrême intérêt, moi qui lis bien peu d'articles. Je vous remercie de ce qu'il contient de bon pour moi, et je vous félicite de ce qu'il contient d'excellent pour tous.

« Agréez, etc.

« Victor Hugo.

c 24 novembre t835. »

Si le génie de Victor Hugo, en 1836, était unanimement reconnu, salué même par ses adversaires, si la presse lui faisait cortège, il n'en allait pas de même de Balzac. II lui fallait se pousser lui-même, se créer seul sa vogue et sa faveur auprès du public. La presse presque tout entière lui était bosUIe ; la critique affectait de ne le point prendre au sérieux. Sainte-Beuve se gaussait de son « vocabulaire incohérent )» ; il lui faisait des chicanes de grammairien : « M. de Balzac ne connaît que le en. . . Cet en est partout employé Sl faux par M. de Balzac. Au lieu de dire : il y va de la vie, de la fortune, il ne manque pas de dire : il s'y en va de la vie. » n l'appelle M. Honoré Balzac tout court, afin de bien marquer que si Fauteur d'Eugénie Grandet abuse du en, il abuse aussi du de.

L'article de Sainte-Beuve avait paru dans la Revue des Deux Mondes en 1834. En 1836, ce n'est plus seulement

la Revive des Deux Mondes que Balzac a contre lui» c'est aussi la Revue de Paris. Il est en procès avec cette dernière, qui a trouvé bon de livrer, sans son autorisation, à la Revue étrangère de Saint-Pétersbourg les épreuves du Lys dans la vallée, épreuves encore informes et non revêtues du bon à tirer. Ce procès, il le gagnera. Mais, en attendant, il est l'objet d'une levée de boucliers générale de la part de ses confrères, presque tous inféodés à Tune ou à l'autre des deux revues, qui appartiennent Tune et l'autre aux mêmes propriétaires, MM. Bonnaire et Buloz. Tous épousent la querelle de ses adversaires. Plusieurs même signent une Déclaration dans laquelle ils jurent leurs grands dieux que la contrefaçon, horrible à Bruxelles, est à Saint-Pétersbourg chose charmante. Cette pièce étrange porte les signatures A' A leœandre Durruis^ Léon Gozlan^ Roger de Beauvoir^ Frédéric Soulié, Eugène Sue, Méryy Jules Janin et Loève- Veimars. Un seul écrivain se leva pour défendre Balzac ; ce fut Alfred Nettement. Voici comment Balzac parle de cet épisode de sa vie littéraire dans V Historique du procès auquel a donné lieu LE LYS DANS LA VALLÉE:

» Dans la ville où cent quatorze notaires, cent neuf avoués, douze cents avocats, mille comédiens, tous ennemis les uns d^s autres, sont tous réunis en corps et se soutiennent, les artistes sont isolés; quand Tun d'eux est calomnié, tous les autres arrivent à l'œuvre, la pelle à la main, et lui creusent sa fosse, espérant qu'il succombera, tandis que le corps entier des avoués, des avocats, se lève si l'on touche à Tun d'eux .. Ainsi, dans la lutte actuelle, où je défends les intérêts de VeœploUé contre l'exploitant^ de l'écrivain contre le marchand, je suis seul. Pas un de ceux qui devraient, comme les apprentis de la Cité dans Nigel^ crier : Aux bâtons ! pas un ne bouge. Non, pas

une sympathie t Je dois même rendre justice à la presse, il y a chez elle une honorable unanimité contre moi. Toutefois, dans la Gazelle de i^ranc^, récemment, un homme d'un beau talent, nn vigoureux critique, sans déguiser sa pensée sur mes œuvres, les condamnant ou les approuvant à son gré, a pris mon parti contre ces lâches, qui viennent effrontément s'asseoir chez moi sans y 6tre jamais entrés, raconter ce qui s'y passe, ce qui s'y fait, y clouer de prétendus tapis, y poser des divans fantastiques, m'habiller des laquais, me vernir des carrosses, après avoir porté le désordre dans mes petites affaires. Critiquer les meubles de l'auteur, pour se dispens<!r de parler de ses livres, est une des faces de la polémique littéraire. Que M. Alfred Nettement trouve ici l'expression de ma reconnaissance [lour sa politesse 1 Et quelle épigramme contre le temps présent que de considérer comme une belle action Tobservance des lois de la bonne compagnie I Encore si la république des lettres se contentait de me laisser seul ; mais plusieurs véritables hommes de lettres sont intervenus, hier, en faveur de mon adversaire ; ils le secourent de toutes leurs forces. — AbaUez-le, nous l'achèverons, a dit naguère un journaliste qui avouait m'avoir poursuivi d'injures pendant trois ans *. d

Injustement contesté de son vivant, le talent de Balzac a été, depuis sa mort, exalté sans mesure. Ni si haut, ni si bas. Alfred Nettement, dans ses articles de 1836, a trouvé la note juste.

U n'accorde point à Balzac d'être un moraliste, ni un philosophe, malgré ses prétentions à ce double titre ; ce n'est qu'un peintre, mais un peintre inimitable, qu'il s*agisse de rendre la physionomie humaine, ou de saisir ce qu'on pourrait appeler l'individualité d'une maison, la physionomie d'un appartement, la personnalité d'une de ses pièces. Sainte-Beuve avait fait remarquer que c la

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