‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 34 sur 151 · Au n» 84 de la rue d'Enfer · texte numérisé non relu

Au n» 84 de la rue d'Enfer

4. « Lqb fatigues de la station quadragésimale de 1885 avaient ébranlé la complexion, fort délicate alors, de Tabbé Lacordaire. Le

Tordre formel de son médecin, Tabbé Lacordaire avait consenti à prêcher, entre deux conférences, au profit de l'œuvre à laquelle M"« de Chateaubriand s'était consacrée avec tant de zèle. La cérémonie eut lieu le 24 mars 1886, dans la chapelle de l'Infirmerie, au milieu de la plus brillante assistance. M^ de Quélen officiait et devait, après le salut, poser la première pierre d'un nouveau bâtiment destiné à agrandir l'hospice.

Ce confesseur de la foi, que la Révolution avait chassé de son palais et qui répondait à la proscription par des bienfaits, à la calomnie par des vertus ; ce jeune prêtre dont la gloire naissante avait Téclat de l'aurore ; en face de lui, dans les splendeurs du couchant, le grand écrivain qui, au début du siècle, avait redressé la croix abattue et appelé la France au pied des autels relevés ; dans l'assemblée, les noms les plus illustres, splendeurs vivantes du passé de notre histoire ; au fond du sanctuaire, les hôtes de la maison : invalides du sacerdoce, pauvres dont la vie s'était usée au service des pauvres, — saintes et nobles femmes, filles indigentes de ces maisons jadis riches et puissantes qui ne connaissaient l'indigence que pour la secourir ; au frontispice de l'infirmerie, le nom auguste de la victime du Temple, de la fille de Louis XVI, de celle

médecm lui prescrivit. les bains de mer et lui indiqua Dieppe. L'abbé y passa le mois de juiUet; M»» Récamier s'y trouvait: elle fit au Conférencier de Notre-Dame les avances les plus gracieuses. Il passait presque toutes ses soirées chez elle avec M. de Chateaubriand, M. le duc de NoaiUes, M. Ampère fils, M. Ballanche... Quanta l'auteur du Génie du Christianisme, il se flattait, à bon droit, d'avoir teinl de sa couleur la plupart des écrits de son temps. Il ne pouvait manquer de reconnaître dans Lacordaire un de ses plus glorieux élèves. Il lui demanda un sermon pour l'Œuvre de Marie-lTiérèse... » Vie du R. P. Lacordaire, pur M. Théophile Foisset, t. i, p. 859.

qui s'occupa dHS souffrances des autres toutes les fois qu'elle cessa de souffrir. Alfred Nettement retrouvait là, dans un cadre incomparable, tous les objets de son culte : la religion, la jeunesse^ la monarchie.

Son article fut digne du sujet. J'en détache l'analyse du discours de Lacordaire, discours qui n'a pas été reproduit dans les Œuvres de l'illustre dominicain. Prêchant devant un auditoire où quelques hommes seulement avaient pu trouver accès, l'orateur s'était attaché surtout à montrer quels liens étroits rattachaient les besoins du sacerdoce et la charité des femmes :

« Ces luttes puissantes, disait-il, ces existences pleines de veilles et de travail, toutes ces laborieuses destinées du sacerdoce sont au-dessus des forces de votre sexe : il y a plus, elles sont, en quelque sorte, étrangères à vos douces et utiles destinées. Ces devoirs vous sont défendus par vos devoirs, ces vertus interdites par vos propres vertus. Et cependant, que ne devez-vous pas aux prêtres ? Dans toute société chrétienne, ce soDt de nobles et de puissants intermédiaires entre vous et vos affections, les tuteurs de votre faiblesse, les gardiens de votre bonheur. Comme à tous, les prêtres vous ouvrent la vie de la religion dans le baptême, vous préparent aux saintes initiations des sacrements, consacrant, conseillant éclairant quelquefois ces Doions d'où dépend votre vie. Entre le voile blanc des épousées et le linceul des funérailles, la protection du prêtre vous suit sans vous abandonner im instant. La tendresse de vos enfants, Taffection de vos époux, ou leur retour, sont leur ouvrage, car ils prêchent tous les devoirs dont se compose votre félicité. Qae ne devez- voua pas aux prêtres ? Aux prêtres ! De nouveaux et de touchants devoirs sont imposés envers eux dans les temps où nous sonunes, devoirs inconnus aux siècles passés comme les nouveaux besoins du sacerdoce. Quand la voix de Vincent- de -Paul trouvait des mères pour ces milliers d'enfants qui lui doivent et qui lui devront la vie, et qui, à

tSo ALFRED NBTTEMENT

ieux pas de cette demeure, vivenf àa lait qu'il a fait cooler [MUT eux, Vincent et ses dignes émolea ne ooonaisgaieut que :a pauvreté volontaire. Maie depuis que le ciel, dirai-je dans la justice sévère, dirai-je dans sa bonté, a purifié le clergé de )on opulence, le prêtre, brisé des fatigues de l'apostolat, éprouve lu bout de sa carrière cette pauvreté qu'il assistait jadis et D'est pas stlr de trouver dans sa vieillesse le pain de ses deilières journées et le lit de mort de son agonie. Ce sont ces LTénérables misères que vous devez secourir en ce moment, ^uand ces vies si utiles et si nécessaires au monde, plus oéceslaires aux riches qu'aux pauvres, car le riche a de plus grande levoirs et de plus difficiles vertus, quand ces vies sont épuiséei le dévouements, usées de travail, dévorées par le zèle, il faut ]u'elles puissent trouver dans ce séjour de repos et de prièrea m asile unique dont nul asile rival ne s'éleva en France, une lerniëre retraite et un premier tombeau' 1 »

L'abbé Lacordaire, qui prêchait depuis deux années à !4otre-Dame avec un succès sans cesse grandissant, étùt dora à la veille de quitter Paris et de se rendre à Rome, ïour y étudier, disait-on, en réalité pour s'y préparer k irandre l'habit de dominicain. Voici en quels termes \.lfred Nettement annonçait le prochain départ du jeuae it éloquent prédicateur :

•I M. Lacordaire va descendre de cette chaire encore tout émue le son éloquence. Dans une époque où tout commence et wi ien ne s'achève, où le talent prend ses premiers combats pour les victoires et ses premières fleurs pour des fruits, il rompl brusquement avec la gloire, il l'écarté de son chemin et va l'ensevelir dans la solitude et le recueillement. C'est que le luccès, qui aveugle l'homme médiocre, éclaire et avertit 'homme supérieur. L'admiration de la foule lui découvre ce jui lui manque, car la foule admire bien plus les défauts que

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