‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 36 sur 151 · Gazette de France, n* du 8 avril · texte numérisé non relu

Gazette de France, n* du 8 avril

u Recevez de nouveau, je vous prie. Monsieur, mes remerciements les plus sincères. M. de Chateaubriand est plein de reconnaissance et trouve seulement que vous l'avez trop bien traité.

tt Vuts« DE Chateaubriand.

• Os«rai-je vous prier de remercier M. de Genoude d'avoir bien voulu permettre que la Gazette de France prit sous sa protection Tasile des vieux prêtres et des victimes de nos malheurs ? »

J'ai déjà eu occasion de citer quelques-unes des lettres de Chateaubriand à Alft:^d Nettement. En voici deux autres. La première est de 1834; la seconde de 1835.

Si les Mémoires d'Outre- Tombe étaient l'œuvre de prédilection de Chateaubriand, il avait aussi un faible particulier pour sa tragédie de Moïse , composée pendant les derniers temps de l'Empire. La voir jouer par Talma avait été longtemps un de ses rêves. Talma mort, il se fût contenté de Lafon, mais les négociations avec la Comédie- Française n'aboutirent pas; c'est pourquoi le jeudi 2 octobre 1834, par une belle journée d'automne, tout ce qu'il y avait de carrosses revenus des châteaux à Paris roulait sur la route de Versailles. La ville de Louis XIV donnait asile, ce jour-là, à la tragédie sacrée, bannie des scènes parisiennes; le théâtre de Versailles jouait le Moïse de Chateaubriand. La pièce, certes, renfermait de beaux endroits et l'on y trouvait, çà et là, comme un écho, à demi voilé, des vers d'Esfher ou d'Alfialie. Malheureusement.

si Toeuvre était remaruqable au point de vue du style» si même la cooception en était assez forte, elle ne laissait pas d'être très imparfaite au point de vue dramatique. Les décors étaient des décors de banlieue, les acteurs étaient des comédiens de troisième ordre. Dans ces conditions, la représentation ne pouvait être qu'un désastre. Si les loges firent bonne contenance, le parterre ne cacha pas son ennui. Tout le monde sortit triste, comme on sort d'une cérémonie funèbre. A la porte du théâtre, M*"^' Récamier, pressée et coudoyée par la foule, qui ne la reconnaissait pas sous son voile baissé, avait peine h retenir ses larmes ; il lui fallut attendre longtemps, au milieu de cette cohue, la voiture de louage que M. Ballanche cherchait en vain dans la rue. Cette fois, c'en était bien fait de Moïse : il était écrit qu'il n'entrerait jamais dans la terre promise.

Alfred Nettement rendit compte de la représentation dans la Qitolidienne du 5 octobre, et il s'appliqua de son mieux à panser les blessures du poète ; il cita ses plus beaux vers ; il évoqua, pour consoler Chateaubriand, les grandes ombres de Louis XIV et de Racine. Chateaubriand lui écrivit :

« Paris, 6 octobre 1834.

a II faut toujours, Monsieur, que je vous remercie, et je n'ose presque plus revenir sur le chapitre de ma reconnaissance, de peur d'être importun et ennuyeux. Vous aurez bien de la peine. Monsieur, k faire vivre mon pauvre Moyse six vingt ans*: le temps des longues séries est passé. Toujours dois-je vous dire combien je suis touché de votre bienveillance et vous félicite de

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