Père d'Eugène Delacroix
quelles il se trouva ainsi mêlé aboutirent à la réunion du Congrès de Lille, ouvert le 6 juillet 1797.
En 1799, à la veille du 18 Brumaire, il ne remplissait plus aucunes fonctions, et sa carrière était, une seconde fois, brisée. Sous le Consulat, son ami M. Barthélémy rayant recommandé à Joseph Bonaparte, qui venait d'être nommé ministre plénipotentiaire au Congrès d'Amiens (15 novembre 1801), il fit partie de son cabinet, pen^lant toute la durée des négociations. Elles se terminèrent heureusement, le 25 mars 1802, par la signature du traité de paix qui mettait fin, entre l'Angleterre et la France, à nn(* guerre de dix années. Ce fut M. Nettement qui eut mission d'en porter la nouvelle à M. (3tto, ministre plénipotentiaire près la cour de Saint-*)ames.
Avant de quitter Amiens, Joseph Bonaparte appela sujses collaborateurs la bienveillance du ministre des relations extérieures, M. de Tallevrand. Il lui écrivait, à la (Iat4^ des 26 et 27 mars :
c Citoyen ministre, le terme de la négociation est le
moment de rendre justice aux citoyens qui ont fixé le choix du gouvernement...
J'ai expédié au citoyen Otto, avec la nouvelle de la paix, le citoyen Nettement, qui a été à Londres chargé des affaires des prisonniers. Ce citoyen estimable a été employé à des traductions anglaises durant la négociation; il avait été recommandé par le citoyen Barthélémy, sénateur; il a justifié tout le bien qui avait été dit de lui. Il désire de remploi.
Le citoyen Fleury, qui a été avec moi à Luné ville, a aussi travaillé avec moi durant la tenue du Congrès. Il désire d'être attaché aux relations extérieures, comme secrétaire de quelque légation, ou de toute autre manière. Je vous prie de faire prendre ces deux noms en note, comme portés par deux hommes
10 ilXFRED NETTEMENT
pleiD8 de bonne volonté et de zéle^ et^useeptibles d*ètre employés dans les légations ou dans les commissions commerciales *. »
La recommandation de Joseph Bonaparte ne demeura pas sans effet. M. Philippe Nettement fut attaché au cabinet du premier Consul, en qualité de premier secrétaire-interprète, fonctions qu'il conserva plusieurs années et qui lui valurent d'être appelé quelquefois à suivre Napoléon dans ses courses victorieuses à travers TËurope, notamment pendant la guerre de Prusse et la campagne de Pologne (octobre 1806 à juillet 1807).
L'année même de son entrée en fonctions, en 1802, il avait épousé, en secondes noces, M"« Glotilde de Granet : il était veuf, en premier mariage, de M"« de Bissy.
M"« de Granet appartenait à une très ancienne famille de Provence. Son père, Marc- Antoine de Granet, juge royal en la sénéchaussée de Toulon avant 1789, président du Directoire du département du Var, en 1790, fut élu. Tannée suivante, par ses concitoyens, député de TAssemblée législative. Il s'y fit remarquer par la modération de ses idées et siégea dans les rangs des amis du roi et de la Constitution. Nommé, à l'unanimité, président du Comité de Marine, il en fut le rapporteur habituel. Non réélu à la Convention, arrêté, comme suspect, en 1794, et emprisonné au Lu:Kembourg, il ne dut son salut qu'au Neuf Thermidor. Sous le Directoire, il devint chef du bureau des Colonies au ministère de la Marine, puis chef du
1. Histoire des Négociations diplomatiques relatives aux traités de Mor fontaine, de Lunéville et d' Amiens ^ pour faire suite aux Mémoires du roi Joseph, par A. du Casse, T. ni, p. 342. Paris, 1857.
Contentieux, po3te (ï^'il' occupait encore à l'époque du mariage dè~Ba fille *.
L'enfance d'Alfred Nettement se passa tout entière auprës^de sa mère, qui ne le mit pas en pension et, pendant dix ans, jusqu'à la chute de TEmpire, ne s'en sépara pas un seul jour. Elle fut son premier professeur, étant elle-même très instruite. A ses leçons se vinrent ajouter bientôt celles de son mari, qui était un humaniste distingué, comme la plupart des hommes de sa génération. M. Philippe Nettement, à partir de 1808, avait cessé d'accompagner l'Empereur et ne s'éloignait plus de Paris. Il put donc s'occuper tout à son aise de l'éducation de son fils.
Le milieu dans lequel l'enfant était élevé, était d'ailleurs bien fait pour lui donner le goût des choses de l'esprit. Ses parents passaient la plus grande partie de Tannée dans une propriété qu'ils possédaient à Aulnay-lez- Bondy '. M™« Nettement aimait à recevoir et elle comptait souvent parmi ses invités quelques-uns des hommes les plus célèbres du temps, l'ex-directeur Barras, compatriote et ami de M. de Granet, le mathématicien Monge, l'astronome Lalande. Ce dernier était aussi bizarre que savant. Quand il venait à Aulnay, il passait ordinairement la nuit dans un arbre, sans doute pour être plus près des