Gazette de France, 23 octobre
jalonna pour titre: Etude littéraire sur Racine \ sont parmi les meilleures pages qu'il ait écrite;), et on doit regretter qu'il ne les ait pas recueillies dans ses œuvres, comme le ât Granier de Cassagnac pour ses articles de la Presse.
Admirable dans les tragédies de Racine, M^^" Rachel étail peut-être plus admirable encore dans les tragédies de Cîorneille. Le jour où, dans Nicomède^ elle joua le rôle de Laodice, le critique de la Gazette traça d'elle ce portrait :
a Mil® Rachel était à Taise dans ce rôle de fierté royale et de superbe tendresse. Sa voix, sa physionomie, son jeu, qui expriment admirablement les sentiments de noble indignation, de dédaigneuse ironie, de froide colère, se développaient avec tous leurs avantages ; elle a accablé Prusias de son courage, Flaminius de sa fermeté ; elle a animé Nicomède de son ardeur : elle a été grande, noble, elle a été reine. Et où avez-vous donc sm'pris, jeune fille, le secret de la grandeur royale î Où avez-vous appris cette dignité de maintien, ce geste qui commande, cette noblesse qui impose, cette voix qui règne ? Chose merveilleuse !
« M"* Rachel a deviné tout cela : elle sait marcher, parler, s'asseoir, se lever en reine. Elle ressemble, par sa pose, à ces statues antiques que sans doute elle n'a pas étudiées; elle a le secret de ces intonations qui traduisent à la foule les idées et les sentiments dont les grands hommes de notre littérature ont animé leurs vers. En présence de ce rôle cornélien de Laodice, la jeune fille a disparu, il ne reste plus que la princesse irritée, que la souveraine qui se fait de sa dignité et de son courage un trône plus haut que celui dont Prusias et Flaminius veulent la faire descendre. Ne vous étonnez pas des succès de M"' Rachel, c'est une traduction vivante de Racine et de Corneille. Par un geste, par une intonation de voix, elle ouvre «le rapides échap-