‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 58 sur 151 · Oatette de France, du 2 mai · texte numérisé non relu

Oatette de France, du 2 mai

« Napoléon, lorsqu'il prenait des royaumes, lorsqu'il escaladait des montagnes et qu'il emportait en courant Vienne, Rome et Berlin dans sa capote grise, croyait travailler pour la gloire ; Napoléon se trompait, il travaillait pour le Gymnase, le théâtre du Palais-Royal et le Vaudeville. En levant des conscrits pour aller les répandre, d'une main prodigue, sur tous les champs de bataille de TËurope, il levait en même temps des personnages pour MM. Scribe et Mêles ville, voire pour MM. Anicet Bourgeois et Brisebarre.

I nunc et sœvas curre per Alpes,

Ut pueris placeas et declamatio fias,

«A vrai dire, l'empereur Napoléon devi*ait avoir part d'auteur dans tous les vaudevilles militaires dont on nous inonde depuis vingt-cinq ans bientôt ; car la grande armée est devenue pour les écrivains une mine aussi féconde que le Pérou pour les Espagnols. Que* de vaudevilles qui ne se composent que de deux chevrons et d'une vieille moustache 1 Que de succès emportés à la pointe de l'épée ou de la baïonnette t Que de colonels (ce sont les colonels surtout qui ont travaillé à la fortune de M. Scribe) que de colonels sont montés à l'assaut d'un succès, en chantant la gloire et la victoire sur des airs connus ! Nous croyions le thé&tre délivré de l'Empire et l'Empire délivré du théâtre ; mais voilà MM. Anicet Bourgeois et Brisebarre qui nous obligent à renoncer à cette douce illusion. Grenadiers, cirez vos moustaches ; tambours, prenez vos baguettes ; canonnierSy à vos piètres ; nous nageons en pleine gloire ; c'est vous dire que nous ne sommes pas le moins du monde en l'an de gr&ce 1839 et sous le ministère de M. Mole. . . »

Puis, après une rapide analyse de la pièce, qui se passe en Allemagne, dans le château de la baronne Wilhelmine, veuve du baron de Ranspach, le critique de la Gazette termine ainsi :

« Puisque les auteurs sont décidés à puiser encore dans les souvenirs impériaux, qu'ils s'y prennent plus franchement.

Qu'ils nous donnent des scènes comme à Franconi, avec les tambours d'usage, les trompettes et les charges de cavalerie ; mais, de gr&ce, qu'ils n'allient plus les blasons des baronnes allemandes avec les pompons de nos grenadiers, et qu'ils ne fassent point un contrat de mariage d'un billet de logement* ! »

Les feuilletons dramatiques d'Alfred Nettement n'ont pas été recueillis en volumes comme ceux de Jules .Tanin et de Théophile Gautier*. Il n'a pas, je lai dit. la verve étincelante du premier, sa grâce riante, son style prompt, piquant, pétillant, qui, « servi à la minute, selon le mot de Sainte-Beuve, fait l'effet d'un sorbet mousseux et frais qu'on prendrait en été sous la treille ' ! » Il n'a pas non plus la virtuosité du second, son luxe de palette, Fart de peindre avec des mots et de réaliser avec la plume des merveilles de couleur et de ciselure. Les qualités d'Alfred Nettement sont d'un autre ordre. La Muse de Jules Janin, c'est la Fantaisie ; la Muse d'Alfred Nettement, c'est la Raison, moins brillante sans doute, mais plus sage et plus sûre. Volontiers, le critique des Débats se jette sur Castor et Pollux et parle, le plus qu'il peut, à côté, au-dessus, à l'entour de son sujet. Ne faut-il pas que tous ses feuille* tons aient le même nombre de colonnes, le même nombre

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