Philippe et Francis NeUement
de Mars, une vaste propriété qui occupait tout l'emplacement du Trocadéro. Elle renfermait vingt-trois arpents rlos de murs S plusieurs bâtiments et une grande et belle maison, entièrement neuve, d'où l'on descendait à la Seine par des degrés de pierre, séparés de distance en distance par des grilles. La fertilité du sol et, dans une partie du terrain, une carrière de pierre de roc, à vue de ciel et d'une facile exploitation, la beauté de la perspective, le récent achèvement du pont dléna, tout se réunissait pour donner à cette propriété une valeur considérable. « C'est ma maison d'Albe qui m'a perdu ! » s'écriait Gicéron, proscrit par les triumvirs. Sa maison de Chaillot perdit M. Nettement. Il l'habitait avec sa famille depuis quelques mois seulement, lorsque, le 2 février 1811, Napoléon, accompagné de M. Fontaine, son premier architecte, de M. Daru, intendant général de la Couronne, et de quelques autres personnes, s'arrêta devant Tenclos. On sonne, et comme la porte, qui donnait sur le boulevard extérieur. fHait fort éloignée de la maison, et que nul d'ailleurs ne se pouvait douter d^'une si auguste visite, les gens du logis sont assez longtemps avant de répondre. Quand on apprend que l'Empereur est à la porte, un domestique ahuri se trompe de clef. Prévenu de ce qui se passe, M. Nettement arrive enfin, ouvre lui-même et s'incline devant l'Empereur qui, malgré cette longue attente, ne témoigne aucune impatience et lui^fait un gracieux accueil. Il y avait trois marches à descendre pour passer du boulevard dans le clos ; toute la suite met pied à terre ; seul, Napoléon
1. l/arpenl de ParU vulait environ un tiers d'hectare : vingt-troi.s arpents représentent donc sep hectares deux tiers.
descend les degrés à cheval. Madame Nettement était accourue; l'Empereur, après quelques paroles aimables, lui adressa cette question : « Combien avez-vous de garçons? » — - « Sire, j'en ai trois. » On était allé chercher ^fred Nettement et ses deux frères, dont le plus jeune avait quatre ans. Tandis que les trois enfants, saisis de terreur,
Contemplent ce héros dont on fait cent chimères *,
Napoléon parcourt lentement l'enclos, suivi de M. Philippe Nettement qui, tout à coup, au milieu du silence qui s est fait, entend M. Fontaine dire à son maître : « Sire, du péristyle de son palais* Votre Majesté verra ses troupes manœuvrer dans le Champ de Mars. » Le lendemain, appelé chez l'intendant de la Couronne, il apprenait de lui que l'Empereur avait décidé qu'un palais serait élevé sur sa propriété même et que ce palais serait celui du fils de Napoléon, du Roi de Rome, Les couches de l'Impératrice ne devaient avoir lieu que deux mois plus tard *. Sans attendre l'événement, et comme s'il commandait au destin. Napoléon avait décrété qu'il aurait un FILS et que ce fils serait Roi de Rome, Le destin allait lui obéir, mais c'était pour la dernière fois.
M. Nettement essaya bien quelques observations ; elles n'étaient pas pour arrêter l'in tendant-général de la Couronne. Il n'y avait point de loi qui permit alors d'exproprier malgré lui un propriétaire; mais M. Daru et son maître n'étaient point à cela près. M. Daru, qui traduisait Horace à ses moments perdus, était intimement lié avec Andrieux,