M. Hyacinthe Pilorge, sacrëtaire de Chateaubriand
En même temps que sa traduction des Conférences, Alfred Nettement aurait pu, s'il Tavait voulu, publisr un autre livre, commencé depuis longtemps et dont il avait déjà donné des extraits dans la Gazelle de France de 1836 et de 1837. Je veux parler de ses Eludes sur BossueL Elles étaient entièrement achevées en 1839. J'ai sous les yeux le manuscrit, préparé pour l'impression et portant cette indication de la main de l'auteur: 405 pages. 24 lignes à la page, 30 le lires à la ligne. D'autres travaux, d'autres volumes vinrent à la traverse, et l'ouvrage n'a jamais paru.
Les Eludes sur Bosstiet se divisent en quatre parties.
Dans la première partie, l'auteur considère Bossuet comme controversiste.
Dans la seconde, il l'envisage comme orateur, et, pour sortir des généralités qui sont recueil d'un pareil travail, il présente le commentaire de quatre de ses oraisons funèbres, celles de Henriette de France» de Henriette d'Angleterre, de la princesse Palatine et du grand Condé. On peut étudier l'éloquence dans les discours de Bossuet, comme le prince de Condé étudiait la victoire dans le5 campements de César. Ses oraisons funèbres sont un cours non seulement d'éloquence, mais de philosophie, de morale et de haute politique. Le grand siècle s'y retrouve avec ses splendeurs, à peu près comme sur les sépulcres des morts illustres on voit se dresser leurs statues.
Après l'orateur, le sermonnaire. C'est l'objet de la troisième partie. Le sermon a ses règles à part, son but
particulier, sa mission spéciale. « Nous croyous, écrit Alfred Nettement dans sa Préface, que c'est comme sermonnaire surtout que Bossuet a été méconnu*. La justice de notre époque lui doit une réparation à tel égard. Nous essayerons d'accélérer le jour de cette réparation, en indiquant la nature du sermon et les lois qui le régissent, nature trop souvent mise en oubli, lois trop fréquemment mal saisies. Suivant le plan que nous avons adopté pour les oraisons funèbres, nous présenterons le commentaire d'un sermon de Bossuet, et nous choisirons précisément celui de tous qui a suscité les critiques les plus vives, le Sermon pour la profession de mademoiselle de La Vaïlière. »
Dans sa quatrième et dernière partie, il considère Bossuet comme historien ; il fait remarquer combien, sous ce rapport, le génie de Tévêque de Meaux prête aux observations et aux méditations de notre époque, combien il est redevenu moderne. Le XVIIP siècle avait été le siècle de l'analyse ; le XIX* est celui de la synthèse. Or Bossuet est un historien éminemment synthétique. Sortant de cette poussière des détails dont les histoires parti-
1. Imprimés pour la première fois en 1772, soixante-huit ans après la mort de Tauteur, les sermons de Bossuet n'eurent guère de succès dans le public. Le dix-huitième siècle s'en tint jusqu'à la fin an sentiment de La Harpe, disant dans son Cours de littérature : • Bossuet est médiocre dans le sermon. » Cette opinion durait encore dans les premières années du dix-neuvième siècle, et le critique Dussaolt était l'organe de « l'opinion des connaisseurs », lorsqu'il décLarait, dans le Journal des Débats, que les Sermons ne pouvaient rien ajouter, loin de là, à la gloire de Bossuet : « ouvrages de mauvais goût. . . matériaux informes, empreints parfois du sceau de son génie, et pins souvent infectés de la rouille d'une époque où le goût n'était pas encore épuré, où l'éloquence française était encore sauvage. »
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culières sont comme enveloppées, l'auteur du Discours sur Vhistoire universelle s'élève jusqu'à la loi première qui domine le mouvement des destinées humaines; il contemple» de cette hauteur, les catastrophes des empires qui tombent, le flux et le reflux des peuples qui arrivent et qui s'en vont, et ne les aperçoit que comme des incidents dans la vie générale de l'univers ; il suit, à vol d*aigle, la marche de Thumanité à travers les âges. Certes, cette manière d'entendre l'histoire est un peu plus noble que celle qui consiste à dénombrer les bourgs et les villes, à compter les batailles perdues ou gagnées, à mesurer les amas d'or et d'argent, et toutes ces grandeurs dont il ne reste plus que le souvenir à demi effacé, un petit nombre de ruines et deux ou trois tombeaux *.
 propos de Bossuet controversiste, Alfred Nettement est appelé à parler de la révocation de Tédit de Nantes. C'est la partie la plus remarquable de son livre. Les circonstances au milieu desquelles elle se produisit, les causes qui lui donnèrent naissance, n'ont été nulle part étudiées avec plus de soin, appréciées avec plus d'équité. L'auteur fait aussi large que possible la part du blâme, de la réprobation même, en ce qui touche les actes de violence et les excès dont fut entachée l'exécution de la mesure prise par le Roi ; mais il établit en même temps, par des preuves irréfutables, que le contre-édit de Louis XIV, rendu nécessaire par la situation de l'Europe
1. Alfred Nettement a publié plus tard, À la librairie Lecoffire, ima édition du Discours sur l'histoire universelle, avec une préface, des notes et un Essai sur la philosophie de Vhistoire. Les pajzes de eet Essai sont empruntées au manuscrit des Etudes de Bossuet.
et les agissements du protestantisme, fat, à sa date, une mesure nationale et populaire.
De cette étude historique, où tout se tient, où les faits, les documents, les preuves sont étroitement liés, je ne pais rien détacher. Je donnerai seulement ici un court extrait des pages qui la terminent :
« n y a une Révocation de Têdit de Nantes plus puissante et plus haute, plus durable et plus décisive que celle au bas de laqueUe on lit le nom de Louis XIV, une Révocation de Tédit de Nantes qui ne peut pas être révoquée, et sur laquelle les années et les révolutions ont passé en lui donnant une autorité nonveUe ; c'est cette œuvre de génie qui, se composant de tant d'ouvrages, s'est résumée plus tard dans les Variations, et au bas de laquelle on lit le nom de Bossuet. Celle-là ne réside point seulement dans une loi écrite, promulguée par les hommes et que les hommes peuvent détruire ; elle réside dans la conscience publique qui l'a reçue, dans l'intelligence humaine qui Ta confirmée. De ce moment date ce que l'on pourrait appeler le licenciement du protestantisme. Bossuet lui avait enlevé tout ce qu'il avait d'élevé, de vivace et de fort, avant que Louis XIV, prêt à entreprendre contre l'Europe coalisée une lutte qui nécessitait le développement de toutes les forces nationales, eût effacé des lois les derniers vestiges de l'anarchie politique. . .
• Bossuet cx>ntroversi8te désorganise le protestantisme bien plus sûrement et bien plus définitivement que Louis XIV, car il le désorganise dans son essence, dans son esprit, et l'atteint dans son âme même. Et c^tte révocation de l'édit de Nantes, toute morale et tout intellectuelle, n'entraîne aucun des inconvénients qui accompagnèrent la mesure politique prise par le Ck)n8eil du Roi. Il n'y a point là de caractère dur et hautain pour exagérer, dans l'application, le principe de la révocation. Tout au contraire, l'esprit de mansuétude évangélique, de conciliation chrétienne, de ménagement envers les personnes que Bossuet apporte dans la controverse, atténue une partie des incon-
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vénients dont nous venons de parler. Ce n'est point tout encore ; la mesure politique prise par Louis XIV aura le sort de toutes les mesures politiques : un temps viendra où les cirœnstances qui lui avaient servi à la fois de motif et de justification, ayant disparu, la mesure elle-même disparaîtra devant la liberté des cultes dissidents qui, dégagés de leur organisation politique, auront cessé d'être un danger pour TEtat. Mais lorsque ces temi)s, ces temps où nous sommes, seront venus, à cette époque môme la victoire de Bossuet subsistera dans toute sa force, dans toute sa puissance ; elle sur\'ivra à toutes les circonstances et se maintiendra an milieu de toutes les vicissitudes, parce que c'est dans sa partie morale et intellectuelle qu'elle a frappé le protestantisme ; elle empêchera que cette opinion puisse altérer l'unité nationale et elle avancera le jour où le protestantisme doit venir se rejeter dans le sein du catholicisme, comme ces ruisseaux vagabonds qui ont siîparé leurs eaux du cours d'un grand fleuve et en ont diminué ainsi le volume et la rapidité, et qui, après avoir serpenté dans des lieux déserts et des plaines infécondes, finissent par ramener leurs Ilots tributaires dans le lit où ils avaient commencé à couler. »
Le 29 septembre 1840, le duc de Bordeaux entrait dans sa 2l« année. Alfred Nettement publia, à cette occasion, une brochure intitulée: Point de vue providentiel de Vhistoin de Henri de Bourbon. Ce n'était qu'un écrit de circonstance, mais aujourd'hui encore, après plus d'un demisiècle écoulé, après tant de deuils et de catastrophes, après tant d'espoirs brisés, on ne lit pas sans émotion ces pages où respire une foi si profonde dans l'avenir du
prince, dans l'avenir de la France Sunt lacrymœ
reru/ti !
En 1843, Alfred Nettement publia successivement trois nouveaux volumes: VEœposition royaliste^ la Vie de Suger et la Vie de Marie- Thérèse de France.
L'Exposition royaliste parut au mois d'avrili Les circonstances dans lesquelles fut composé cet ouvrage méritent d'être rappelées.
Le 26 mars 1841, on discutait, à la Chambre des pairs, le projet de loi sur les fortifications de Paris. M. Persil, ancien procureur général et ancien ministre du gouvernement de Juillet, accusa le parti royaliste de mettre tout son espoir dans l'intervention et l'appui des étrangers, « au milieu desquels un prétendant (Henri V) pourrait bien un jour se présenter». A ces mots, le marquis de Dreux-Brézé ' demanda la parole pour un fait personnel. « Messieurs, dit-il, une insinuation produite par l'orateur qui descend de la tribune m'oblige à prendre la parole. Il a parlé d'un prétendant qui pourrait se trouver dans les rangs des étrangers. Il a signalé Texistence d'un f parti disposé à se prêter à de pareilles manœuvres. Eh bien ! Messieurs, au nom de ce prince, dont je me fais caution, corps pour corps, je proteste » Au milieu
1. Scipion, marquis de Dreux-Brézé, né aux Andelys (Eure) le 13 décembre 1798. Après avoir été élève de TEcole militaire de la Flèche, il fit les dernières campagnes de l'Empire comme ofïïcier de cavalerie. Sous la Restauration, il fut aide de camp du maréchal Soult, puis capitaine dans les cuirassiers de la garde royale, et se retira, en 1827, avec le grade de lieutenant-colonel. En 1829, il succéda à son père dans la charge de grand- maître des cérémonies de France, héréditaire dans sa famille depuis deux cents ans. Il héritait, en même temps, de la pairie. Il ne crut pas devoir se démettre de son titre de pair après les Journées de Juillet, et jusqu'à sa mort, le 21 novembre 1845, il fut à la tribune du Luxembourg un loyal et éloquent défen- . wur de la cause légitimiste.
des interruptions et des cris : A Vordre^ à Vordre ! il ajouta : « Représentant, dans cette Chambre, une fraction considérable de la nation, je proteste de toute la force de mon âme et de ma conviction contre une indigne accusation t » Rappelé deux fois à Tordre, forcé enfin de quitter la tribune, sur Tinj onction du président, M. Pasquier, Torateur royaliste jeta ces paroles à M. Persil : « Monsieur, vous êtes le grand accusateur public depuis Juillet 1830 ; mais vous ne permettez jamais la défense. »
A la suite de cette scène et de l'éclat qu'elle avait produit, ^ M. le baron de Brian proposa, par la voie des journaui, « d'ouvrir une souscription dont le but serait d'offrir à M. de Dreux-Brézé un témoignage public et durable de la reconnaissance que lui devaient tous les royalistes de France pour le courage et la fidélité avec lesquels il avait exprimé leurs véritables sentiments. »
Bien que M. de Dreux-Brézé eût cru devoir, par modes» lie, demander qu'il ne fût pas donné suite à cette proposition, ses amis se tinrent pour obligés de passer outre; les souscriptions affluèrent, et une commission se forma sous la présidence du duc de Fitz-James. Voici quelle ea était la composition :
Berryer, député de Marseille ; le prince Gaston de MonV» morency ; le marquis de Puységur ; Béchard» député d» Nimes ; le baron de Brian, directeur de la Quotidiennei le V^* de Villeneuve-Bargemont, député de Lille; te Vt« de Saintenac, député de Pamiers ; le Vt« de Ludres; Fontaine, avocat ; Dngabé, député de Foix ; le Y^ di Baulny ; le Y^ Edouard Walsh, directeur de la Mode; marquis de Lubersac ; le V»* de Courcy ; Huteau d'O gny ; le G^* de Chabrol ; de Surian, député de Marseille
le y** de Larochefoucaaid ; Eugène de Genoude, directeur de la Gazette de France ; le baron de Croze ; Meslin ; H. de Lourdoueix ; Alfred Dufougerais, avocat.
Le 5 avril, M. de Dreux-Brézé écrivit au président, M. de Mtz-James :
« Mon cher Duc,
a La Commission qui s'est formée dans le but de recueillir des adhésions à la protestation qu'un incident inattendu m'a conduit à faire à la Chambre des pairs, dans la séance du . 26 mars, n'a pas cru devoir accepter mon refus de recevoir, à cette occasion, un témoignage de la bienveillance de mes amis.
A Je crois, avec Thonorable Commission, qui vous a choisi pour son président, que cette manifestation de la répulsion des royatistes contre toute intervention de Tétranger dans nos affaires intérieures, ne saurait être trop complète. Il importe , de prouver à nos adversaires qu'en France, le patriotisme est le patrimoine de tous. En détruisant les calomnies propagées, depuis vingt-cinq ans, avec une inconcevable persistance, cette linanifestation fortifiera la position des hommes qui, dans le jfurlement, sont les organes de l'opinion royaliste.
« Toutefois, je viens soumettre à la Commission une pensée, ■dont la réalisation me semblerait atteindre plus complètement jMicore le bot qu'elle se propose. Ce serait que la souscription, verte dans les colonnes des journaux royalistes, fût employée décerner un prix à l'auteur du meilleur ouvrage tendant à uver par les faits et les pièces authentiques : s lo Que la Restauration, loin d'avoir soulevé les étrangers nr revenir en France, a sauvé deux fois la patrie des plus nds malbeurs et, peut-être, d'un partage ; V 2o Que les seize années de son règne ont été employées srelftche à replacer la France dans ses conditions de force, puissance, de grandeur, à rétablir ses finances ruinées par chute de l'Empire ;
c( So Que, malheureusement, depuis 1830, tous ces biens se sont évanouis devant les plus tristes réalités.
c En présence de si grands intérêts, le portrait d'un de ceux qui, depuis onze années, emploient leurs efforts à faire triompher ces vérités, occupe, vous le voyez, une bien petite place.
« Recevez, etc.
« Marquis de Dkeux-Brêzé. »
La Commission décida de faire deux parts des fonds de la souscription : l'une servirait à faire exécuter un portrait historique de M. de Dreux-Brézé, et, d'après ce portrait, une gravure qui serait mise à la disposition des souscripteurs ; — l'autre serait employée à récompenser l'ouvrage qui prouverait le mieux combien étaient injustes les doutes jetés sur les sentiments nationaux des royalistes.
Un concours fut donc ouvert. Alfred Nettement y prit part. Au mois de janvier 1842, il recevait du duc de Filu- James la lettre suivante :
M Monsieur,
u Le Comité pour la souscription Brézé me charge de vous annoncer que, dans la séance de ce jour, le prix fondé rannêi dernière pour le meilleur ouvrage sur les questions proposé» par M. le marquis de Brézé vous a été décerné. Je suis heureaXi Monsieur, d'être l'interprète des sentiments du Comité, et vous félicite de montrer bientôt à la France, par la publicatii de cet ouvrage si remarquable, que les royalistes n'ont ja cessé et ne cesseront jamais d'être ses plus dignes enfants, qu'au jour du danger ils seront toujours prêts à verser 1 sang pour elle.
« Recevez, Monsieur, l'assurance de mon estime et de sentimentâ les plus distingués.
a Duc DE FlTZ-J.VMEî»
« Paris, janvier 1842. >>
Ce n'était pas un simple Mémoire qu'Alfred Nettement avait envoyé au concours, mais un vrai livre, de plus de cinq cents pages. Il parut avec cette dédicace :
Cet ouvrage est consacré à défendre l'honneur de la génération qui a précédé la nôtre; qu'il soit dédié à nos pères dans la personne du mien.
Mars 1842.
Alfred Nettement.
Les royalistes pendant la révolution de 1789 ;
L'appréciation des causes qui amenèrent les invasions de 1814 et de 1815, et Texamen du reproche fait aux royalistes de les avoir provoquées ;
L'histoire des affaires extérieures de la France sous la Restauration ;
L'histoire des affaires extérieures de la France depuis la révolution de juillet ;
Tel est le cadre de Y Exposition royaliste^ divisée en 'quatre livres^ suivant un usage ancien, auquel nous avons ■6U grand tort de renoncer. C*est un des meilleurs ouvrages tf Alfred Nettement. Je dois signaler comme particulièrement remarquables les chapitres où Tauteur traite de l'émigration et de la part que prit la noblesse émigrée à la lutte armée de l'Europe contre la Révolution. Il montre très i>ien, en premier lieu, qu'on ne saurait rendre les émigrés responsables des longues guerres qui ensanglantèrent ÏEurope. La Révolution, en effet, n'était pas simplement ime modification intérieure des institutions d'un État,
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modification à laquelle les autres États peuvent demeurer indifférents. Elle s'annonçait elle-même comme devant faire le tour du monde ; ce n'était pas les Droits des Français, c'était les Droits de l'Homme qu'elle proclamait Elle aspirait à avoir pour empire l'univers, et déclarait avoir pour objet l'humanité. Avec les principes que l'on posait, les conséquences qu'on en tirait, les desseins que Von avouait, une lutte était inévitable. La guerre éclata, parce qu'il y avait deux intérêts incompatibles en présence, et qu'il fallait forcément qu'ils en vinssent aux mains. Ce fut, d'aillû'jrs, la Révolution qui la déclara, le 20 avril 1792, Les véritables, les seuls auteurs de cette guerre formidable, qui portait dans ses flancs les hécatombes des champs de bataille de la République et de l'Empire^ furent les hommes d'État de la Qironde*.
Reste le fait de la présence des émigrés dans les armées étrangères. Ce fait, Alfred Nettement l'explique dansîdes pages dont voici un extrait :
« Quand deux principes contraires sont en lutte dans un pays» le culte du sol s'ébranle, et le patriotisme territorial n'est ploi le môme. La patrie, c*est alor^ ane idée. Les frontières s^effaceiÉ dans Tordre matériel pour se marquer profondément daoi Tordre moral. On n'est plus de telle nation, on est de teDÀ religion. C'est ce qui arriva quand le protestantisme etlecathfli» licisme se firent la guerre. Dans Tefifervescence de la lutte. Il catholique Français se croyait plus compatriote de l'Espagnol catholique que du Français huguenot, de même que le ¥n^ çais huguenot se croyait plus compatriote de TAllemand ou l'Anglais protestant que du Français catholique. Cela dm
1. Voir la Légende des Girondins, par Edmond Biré , ehaïftlrt viu.
jusqu'au moment où, les haines religieuses mourant de lassitude, et les antipathies qui existaient entre les intérêts territoriaux des peuples divers s'étant manifestées, les partis en vinreut à une transaction et s'accordèrent, l'un à Tautre, des lois plus équitables et plus humaines.
< La lutte des principes politiques produit des effets analogues quoique moins tranchés. C'est là un résultat qu'on peut et qu'on doit déplorer, mais dont il ne faut accuser personne, car il ressort de la nature môme des choses. Le patriotisme n'est pas un sentiment aveugle qui trouve sa raison d'être en lui-même ; il est la conséquence raisonnée de certaines causes, indépendamment desquelles il ne peut exister. On aime sa patrie pour sa religion, ses lois, ses mœurs ; pour le bonheur qu'elle donne à ceux qui l'habitent, pour la liberté qu'elle leur assure, pour les nobles idées qui régnent dans son sein, pour la mission qu'elle est appelée à remplir dans le monde, pour le , »île qu'elle donne dans ses affaires intérieures à l'intelligence et à la vertu, ou plutôt, la réunion de tous ces caractères, c'est la patrie même. Comment donc s'étonner que, lorsque la patrie . disparaît par l'anéantissement de tous ces caractères, le patriotisme demeure comme suspendu ? Au lieu de s'en prendre aux partis qui, dans ces circonstances, ont subi la condition qu'on IJeurafaite, ne serait-il pas plus juste et en même temps plus Utile d'insister sur le crime de ceux qui, cachant l'image révérée la patrie derrière un voile sanglant, détruisant les premières éditions de la société humaine elle-même, qui sont la sûreté personnes et la sécurité des propriétés, contraignent les mes à substituer au culte de la patrie le culte d'un des prinipes qu'elle contenait autrefois dans son sein*. »
Ces princiqes s'appliquent d'eux-mêmes à la con-
lite de la noblesse royaliste qui combattit la Révolution
concert avec les armées européennes. Les révolution-
îs avaient divisé la France en deux camps, ils avaient
iparé la nation en deux nations. Ils avaient agi avec la