Ibidem, p. 2SÏ
La critique laissait faire et laissait passer. Sainte-Beuve, cette fois encore, se bornait à gémir tout bas et à dire : en catimini aux bonnes gens de Lausanne : « Le Juit I Errant achève de révolter* ».
■ Alfred Nettement cria bien haut sa révolte. Il ne consacra pas moins de vingt articles à l'œuvre d'Eugène Sue. lies dix premiers parurent du 8 novembre 1844 au 15 décembre de la même année, alors que le romancier |.]L'avait encore publié que ses quatre premiers volumes.
« 11 faut, écrivait-iU que je vous raconte une petite histoire e les amis de M. Sue commencent à faire circuler dans les ODS, pour excuser l'esprit de son livre. A les entendre, Tau-
aurait d'abord proposé son sujet à la Gazelle de France^ promettant, bien entendu, de donner à son roman une cour sociale, morale, religieuse. Sur le refus delà Gazette, qui t'aurait pas compris le prix inestimable du présent que M. Sue ulait lui faire, il se serait adressé à la Quotidienney qui aurait pas été mieux inspirée. Alors, il aurait fait des offres X Débats ; il n'aurait pas été plus heureux, soi-disant parce
les Débats craignaient les fâcheuses plaisanteries que ce m de /ut/ pouvait inspirer à la mauvaise presse... Ce n'est ne qu'en désespoir de cause et faute d'avoir trouvé ailleurs
hommes d'assez bon goût pour offrir cent mille francs du if Errant, que M. Sue s'est résigné, par pis-aller, à deman-
au Constitutionnel un asile pour son éternel voyageur. *y faire ? M. Véron est le seul qui ait eu l'esprit de mettre le
à ce trésor; il a donc bien fallu écrire le Juif Errant dans idées du Con^litulionnely et en faire uo partisan déclaré de Thiers et de M. Cousin.
« Voilà l'historiette, je vous la livre pour ce qu'elle vaut »,
1. Chroniques parisiennes, p. 263. — Lettre du 6 octobre 1844.
2. Alfred Nettement mettait ici en note : « Est-il nécessaire de dire le nous n'aj Datons aucune foi t, ce petit conta que nous attribuons à
lagination officieuse des personnes qui ont voulu atténuer les torts Juif Errant, »
en vous priant de remarquer cependant qu'avec cette Me explication, c'est la OazeUe qui se trouve avoir la responaa* biUté du Juif Errant^ ce qui ne Tempèchera pas sans doate d'accepter aussi la responsabilité de mes critiques sans aucui espèce de remords *. »
I^ lettre par laquelle Eugène Sue protesta contre Yhii\ torieUe, est très courtoise» très digne» et lui fait vraimea] honneur. Il écrivit à Alfred Nettement :
t Monsieur,
« Malgré la vivacité, la sévérité de votre critique, j'y ai toi|
jours vu un caractère de loyauté généreuse. Permettei-
donc d'espérer que vous reconnaîtrez Tinvraisemblauce, l'i
possibilité du fait que vous signalez, du bruit qui aurait coi
et d'après lequel /auraû proposé le Juif Errant à la
de France. Je connais et j'estime trop la rigidité des print
politiques et religieux de M. de Genoude pour avoir soi
lui demander l'insertion d'une œuvre complètement op]
ses doctrines. Mais par cela même. Monsieur, que je reudsl
juste hommage aux convictions de M. de Grenoude, je si
le crois, en droit d'attendre que les miennes (bonnes oa
vaises, je les abandonne absolument à la critique) soient
regardées comme sincères, ce qui, à mon grand regret
serait pas, si, ainsi que vous semblez le dire, Monsieur,
me croyiez capable d'avoir successivement modifié Tes]
mon œuvre en la soumettant à toutes les nuances politic
religieuses qui séparent la Gaxeiie du ConetUtUionnel^
sant parla QuoUdienne^ etc. Encore une fois, Monsieur, pei
plus que moi n'est pénétré des devoirs de la critique ; pei
plus que moi ne la veut large et indépendante. Je sais co]
mes livres prêtent à vos accusations sous le rapport da
de l'art, de la composition. J'admets parfaitement qi
attaque les idées sociales que j'émets ; mais ce qu'il me
pénible de voir mettre en doute par un homme de votre]