‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 96 sur 151 · Théodore Maret, op. cit., t. i. p. lî · texte numérisé non relu

Théodore Maret, op. cit., t. i. p. lî

370 A.LPREP NETTEMENT

pardonner» tant il était intéressant l Les lecteurs tenaient

surtout à suivre les débats de l'Assemblée nationale.

UOpinion puUiqtie ne pouvait pas encore se payer un

rédacteur parlementaire : Alfred Nettement le remplacera.

Outre ses grands articles, il donnait chaque jour sous ce

titre : Impressions à la Chambre^ la physionomie de la

séant^e. Armand de Pontmartin publiait des Chroniqm

de Paris, qui étaient les plus spirituelles du monde. La

politique, à ce moment, n'était pas renfermée tout entière

dans Tenceinte du Palais-Bourbon ; elle était partout»

dans les cafés, sur la place publique, à la Bourse et sur les

boulevards. Théodore Muret et Adolphe Sala avaient

charge de recueillir tous les bruits, de multiplier les

échos, et, à côté de la physionomie de la Chambre, de

peindre la physionomie de la rue. Et ainsi VOpinion

publique avait les allures d'un petit journal autant que

d'une feuille sérieuse. C'était une Gazette de France en

pleine jeunesse, une Quotidienne de vingt ans. Et cela

n'était pas apparemment pour déplaire à la province : les

abonnements venaient en grand nombre, surtout de

l'Ouest et du Midi.

Au début, le format était des plus modestes, mais en

tête du second numéro se lisait cet Avis :

« Dès que l'Assemblée nationale siégera et que Timportanea des débats demandera plus d'espace, nous poblierons des suppléments ou nous agrandirons le format du journal. »

Fidèle à sa promesse, V Opinion publique^ dès le 16 juin 1848, agrandissait son format. Au lendemain des journées de juin, le 13 juillet, voulant opposer la propagande da bien à celle du mal, elle établissait des abonnements dits « de propagande » et réduisait ses prix, déjà très modiques.

en faveur des curés et vicaires des villes et des communes rurales, des chefs d'institutions, des cercles, cabinets de lecture, hôtels garnis, cafés et restaurants.

Précisément à l'heure où elle abaissait ses prix, elle voyait augmenter ses charges. L'Assemblée nationale, à la suite de l'insurrection de juin, avait jugé nécessaire de prendre des mesures contre la presse. Elle rétablit successivement le timbre, puis le cautionnement, qui fut fixé à 24.000 francs. UOpinion publique put fournir le sien sans trop de peine, et le journal fut alors constitué régulièrement en une société par actions, où Alfred Nettement fut en nom.

Ija rédaction, d'ailleurs, se complétait. Trois écrivains de réelle valeur, MM. de Lourdoueix, Albert de Circourt et Alphonse de Galonné» entraient à ce moment au journal de la rue du Helder.

Esprit élevé et profond, lucide, grave, dogmatique, H. de Lourdoueix avait été, pendant vingt ans, à la Gazette de France^ le principal lieutenant de M. de Genoude. Ses écrits sur la Philosophie du Verbe et sur la Restauration de la Société française l'avaient mis en un rang éminent parmi les publicistes de l'école monarchique et catholique. Ce logicien vigoureux, ce disciple pde Joseph de Maistre et de Bonald, était par surcroît un ^homme d'infiniment d'esprit. Rien de plus ingénieux et ■de plus piquant que le rarissime volume par lequel il avait débuté en 1817, les Folies du siècle \

1. Jacques-Honoré Lelarge, baron de Lourdoueix, né au château de Seanfort (Creuse) en 1787, mort en octobre 1860. H avait été directeur ies Beaux-Arts, Sciences et Lettres sous la Restauration, qui le fit fcaron. Après la mort de M. de Genoude (avril 1849), il quitta V Opinion publique pour devenir propriétaire et directeur de la Gazette de ftance.

871} ALFRED NETTKMENT

Très érudit, auteur d'une bonne Histoire des Mores Mudejnres et des MoHsqueSj ou des Aral)es d Espagne soiis la domination des Chrétiens *. ayant beaucoup voyaj^é, connaissant presque toutes les langues de lEuro])e, M. Albert de Gircourt' se trouvait tout désigné pour tenir, à YOpinion publique^ le département des Affaires étrangères. Celui des Beaux-Arts échut a M. Alphonse de Galonné', déjà connu par de savantes études sur Tarchéologie du moyen âge.

A la lin de 1848, après huit mois seulement d'existence,

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