‹ La pression barométriqueChapitre 140 sur 191 · CCCCXII. Air CCCCXIII · texte numérisé non relu

CCCCXII. Air CCCCXIII

100“ d’acide carbonique.

Il résulte de ces chiffres que le maximum de combustion des tissus a lieu au-dessus de la pression normale, et se trouve aux environs de trois atmosphères. C’était déjà le résultat auquel nous étions arrivé dans le sous-chapitre II du chapitre 1 V, pour les combustions examinées chez les êtres vivants.

Quand les pressions deviennent très-fortes, la diminution les oxydations des tissus devient extrêmement manifeste. Ainsi, à 25 atmosphères, la proportion d’oxygène consommé a diminué dans le rapport de 534 à 32 (Expér. CCCLXXXVIl). Dans l’expérience C(]CXGVI, la consommation à la pression normale a été en 5 jours de 522“ d’oxygène, tandis qu’il n’y en a eu que 49“ dans l’air comprimé à une tension correspondant à 42,5 atmosphères d’air, et que, dans les 9 jours d’été suivants, où la tension avait cependant été abaissée à 11 atmosphères, il n’y a eu que 210“ d’oxygène consommé.

On voit donc que la valeur en tension, sous laquelle commencent à diminuer les oxydations rapides dues aux ferments de la putréfaction, coïncide précisément avec celle où l’action funeste de l’oxygène commence à faire sentir ses effets. Les

FERME>'TATIO>'S PAR ORGANISMES

éléments anatomiques d’une organisation complexe sont donc impressionnés à la même dose que ceux qui vivent isolés, sous forme de microzoaires ou de microphytes. Nous trouverons de nouvelles confirmations de ces faits quand nous nous occuperons de Faction de l’oxygène comprimé sur les végétaux et la germination.

De même, l’expérience CCCLXXXYI nous montre que la pression de 21 atmosphères tue complètement les êtres microscopiques de la putréfaction, comme elle tue les animaux supérieurs.

Ajoutons enfin que la viande qui s’est ainsi conservée intacte, pendant la compression et après la compression, n’en reste pas moins un excellent terrain pour le développement des êtres microscopiques, et que la putréfaction s’y établit rapidement, lorsqu’il arrive à leur contact, en quantité suffisante, des germes apportés par l’air. L’expérience CCCXCIY, où la pénétration dans le flacon a eu lieu par une fissure imperceptible du bouchon, est tout à fait caractéristique. Mais pour les êtres microscopiques, comme pour ceux de grande dimension, la récolte est proportionnelle à l’ensemencement; il n’est donc pas étonnant que, dans ces conditions, la putréfaction des viandes qui ont été comprimées se fasse avec une certaine lenteur (Exp. CCCCYII), et que, même dans certains cas (Exp. CCCCY), les hasards de l’expérience ayant fait entrer dans les tubes des germes de moisissures, et non des vibrions de la putréfaction, celle-ci ait été remplacée par une végétation microscopique.

Il m’est arrivé quelquefois de voir des viandes maintenues en vases bouchés à la lampe, après la phase de compression oxygénée, se bien conserver pendant des semaines et des mois, puis entrer en putréfaction ; c’est ce que montrent, par exemple, les expériences CCCXCYII et GCCCIY. Dans ce cas, à mon sens, l’oxygène n’a pas tué tous les vibrions de la putréfaction ; il en a laissé quelques-uns, simplement malades, comme engourdis, et qui reprennent avec le temps une activité nouvelle. C’est ce qui arrive également, lorsqu’on a chauffé de la viande à une température notablement inférieure à l’ébulli-

888 EXPÉRIE>'CES.

tion ; c'est, ce qui arrive, lorsqu’on laisse, dans un appareil où le vide a été fait par l’ébullition, rentrer de l’air à travers du coton cardé, si le filtre n’a pas été suffisant ; c’est ce qui arrive, en un mot, toutes les fois que les ferments sont ou en très-petit nombre, ou altérés par quelque circonstance étrangère.

J’ai dû nécessairement étudier la putréfaction de quelques autres substances. Je transcris ici mes expériences :

B. — Sang.

Expérience CGCCXIV. — 9 juin. Sang de chien, défibriné.

A. 50'® sont placés dans un flacon, à la pression normale.

B. 30“ dans un autre flacon fermé par un bouchon percé. Placé dans l’appareil en fer et poussé à 12 atmosphères suroxygénées.

La pression tombe les jours suivants, et on ne peut la maintenir qu’à 8 atmosphères.

Le \ O juin. On décomprime et cachète B.

Le juin. — A. Odeur horrible; B. Un peu d’odeur.

Expérience CGCCXV. — 19 juin 1874. Sang de chien, frais, défibriné.

A. Dans flacon bouché, air ordinaire.

B. Flacon bouché d’un bouchon de liège percé, soumis, après agitation, à 20 atmosphères suroxygénées, équivalant à 88 atmosphères d’air.

‘Ikjuin. — A. Sent horriblement mauvais.

B. Décomprimé, ne sent rien, et est translucide, laqué ; je cachète à la cire l’orifice du flacon.

6 juillet. — A. Goucbe ridée à la surface ; odeur repoussante. Pas de globules visibles ; vibrions à point terminal brillaut, assez nombreux, et aussi bâtonnets immobiles; cristaux d’hémoglobine.

B. Le sang est redevenu un peu trouble ; pas de couche blanche à la surface; odeur étrange, très-faiblement putride. Globules sanguins roses et extraordinairement pâles; pas de cristaux; quelques rares vibrions à point brillant.

juillet. — B. Toujours pas d’odeur putride.

On remet simplement sur B son bouchon, sans cacheter à nouveau. Dans les. mois qui suivent, on l’ouvre fréquemment et le referme sans précaution ; il arrive même que le bouchon tombe à terre et est remis en place sans autre soin. Gependant l’odeur putride n’apparaît pas nettement.

16 janvier 1875. Présenté à la Société de Biologie.

A. Est horriblement putride.

B. Peut être flairé sans dégoût, mais sent cependant un peu.

Expérience CGCCXVI. — 21 juillet. Sang de chien, défibriné.

En quantités égales dans :

FERMEmTIO>*S PAR ORGAMSMES.

A. Malras bouché avec un bouchon de liège.

B. Matras semblable étiré à la lampe; celui-ci est soumis à 15 atmosphères suroxygénées.

22 juillet. — A. Commence à sentir mauvais.

B. Pression tombée ; je retire B et l’agile pour mouiller les parois du malras; je repousse ensuite à 8 1/2 atmosphères suroxygénées.

'2.0 jinllet. Monlé à 12 atmosphères.

'îi juillet. Monté à 15 atmosphères.

50 juillet. — A. Sent horriblement mauvais.

B. Encore 14 atmosphères ; décomprimé ; aucune odeur ; fermé à la lampe le bout effilé du matras.

Une goutte de ce sang, examinée au microscope, ne présente plus de globules; aussi est-il d’aspect laqué.

Ainsi, par l’effet de la compression, quand l’expérience a été bien conduite, le sang se conserve sans se putréfier, dans l’air comprimé et à sa sortie de l’air comprimé. La seule altération consiste dans l’aspect laqué qu’il prend, aspect dû à ce que l’hémoglobine quitte les globules pour se dissoudre dans le sérum. C’est ce qui arrive, du reste, toujours au sang mort, et que présente même le sang putréfié en vases clos, après que la fermentation putride est terminée.

Non-seulement les vibrions sont ainsi tués avant de commencer leur œuvre; mais lorsqu’on comprime du sang en pleine putréfaction, on voit celle-ci s’arrêter, et l’odeur caractéristique diminuer jusqu’à disparaître.

Mais les expériences sur le sang présentent une difficulté sur laquelle il est intéressant de dire dès maintenant quelques mots, parce qu’elle m’a fait échouer au début dans nombre d’expériences, et quelle pourrait, si je ne la signalais, jeter de l’incertitude dans l’esprit de ceux qui voudront contrôler mon travail.

Il m’est arrivé fréquemment de voir du sang qui s’était bien conservé dans l’appareil, pourrir rapidement à la pression normale, même dans des vases soigneusement fermés à la lampe. En examinant ces faits avec soin, je reconnus que cela n’arrivait que pour les expériences faites dans des tubes, jamais pour celles faites dans des matras. Cette singularité tient, comme je le soupçonnai aussitôt, à ce que l’épaisseur

EXPÉRIENCES

de la couche sanguine est différente dans les deux procédés opératoires.

Je m’aperçus alors que l’oxygène, même aux plus hautes tensions, ne pénètre dans le sang qu’à une faible profondeur. Exemple :

Expérience CGCCXVIl. — 2 décembre. 100“ de sang sont placés dans une éprouvette à pied ; ils occupent 10® de hauteur ; compression dans la bouteille à mercure à 20 atmosphères suroxygénées.

6 décembre. Décompression instantanée ; il se dégage trés-peu de gaz du liquide ; pas de mousse.

Le sérum surnageant occupe une hauteur de 3® ; au-dessous une couche sanguine trés-rouge de 3® ; le reste du sang est tout à fait noir.

Il est donc de toute évidence qu’il ne peut y avoir excès d’oxygène que dans les couches superficielles du liquide, et que, par suite, les vibrions placés dans les couches profondes ne seront pas impressionnés par l’oxygène, ou ne le seront que faiblement. De là la putréfaction qui apparaît plus ou moins vite, et que j’ai vue même dans un cas apparaître pendant la compression ; les inégalités dépendent de circonstances multiples dans la complication desquelles la hau- teur de la colonne employée se détache par sa netteté. On ne devra jamais employer du sang sur une épaisseur de plus de un demi-centimètre, pour être absolument certain de réussir.

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