GAZ DD SA3ST. : PRESSION DIMINÜÉE
Cela est fort remarquable si on se reporte aux opinions qui ont cours sur l’état dans lequel se trouvent les gaz dans le sang, d’après les recherches de M. Fernet, aujourd’hui classiques (voir plus haut, p. 260). D’abord, l’oxygène, uni chimiquement aux globules, ne serait pas modifiable, quant à sa proportion, par la pression diminuée (ou augmentée) ; or, il en va tout autrement, puisque l’appauvrissement en oxygène est des plus manifestes, et se rapproche notablement de ce que commanderait la loi qui régit les simples dissolutions.
La difficulté se présente sous un aspect inverse lorsque l’on considère l’acide carbonique. Les expériences de M. Fernet ont fait prédominer cette manière de voir, que l’acide carbonique du sang est pour la plus grande partie (0,964) à l’état de simple dissolution dans le liquide, et qu’une proportion relativement faible (0,597) s’y trouve seule à l’état de combinaison. Or, ce que nous venons de dire rend peu probable cette interprétation des expériences de M. Fernet. Si la plus grande partie de l’acide carbonique était dissoute, la sortie de l’acide carbonique s’exécuterait plus facilement et plus régulièrement sous l’influence de la dépression, et le tracé CO® se rapprocherait davantage de la bissectrice. Nous trouverons, du reste, dans une autre partie de ce travail, d’autres raisons de penser que l’acide carbonique du sang artériel est, pour la plus forte proportion, combiné aux carbonates et aux phosphates, et qu’il n’en existe qu’une très-faible partie à l’état dissous. Seulement ces combinaisons se dissocient aisément sous l’influence de la diminution de pression.
Ces contradictions avec les conclusions de M. Fernet n’impliquent nullement une critique de son important travail. Car il faut faire remarquer que les expériences de ce physicien ont été faites in vitro , et à basse- température, tandis que les miennes ont eu pour appareil instrumental l’animal vivant lui-même. La présence des tissus, la consommation incessante de l’oxygène, la multiplicité des surfaces de contact du sang et de l’air, les mouvements circulatoires, la formation probable pendant l’absorption d’oxygène de substances capa-
EXPÉRIENCES
blés d’agir sur l’élimination de l’acide carbonique, la température élevée du corps vivant, sont des conditions qui existaient dans un cas et non dans l’autre. Sans parler des éléments encore absolument inconnus du problème complexe de la respiration, en voilà assez pour faire comprendre plutôt que pour expliquer les différences de nos résultats.
J’ai voulu, du reste, faire moi-même dès expériences in vitro, dans lesquelles j’opérerais des changements de pression beaucoup plus considérables que ceux obtenus par M. Fernet. Le récit de ces expériences formera le sous-chapitre Y du présent chapitre.
Le lecteur a pu remarquer que je n’ai étudié la composition des gaz du sang qu’à partir de 56^ Entre od*" et 76®, je n’ai cru devoir rendre compte d’aucune de mes expériences. G’est qu’ici la valeur des modifications que l’on rencontre est précisément de l’ordre des erreurs d’analyses. Il faudrait donc, pour pouvoir conclure quelque chose, faire un nombre considérable d’expériences, et en tirer une moyenne qui exprimerait le sens, sinon la valeur réelle de la modification. Or ce sens me paraît suffisamment déterminé par ce que nous savons jusqu’ici. La diminution de l’oxygène et de l’acide carbonique du sang, évidente et constante à 56®, bien que très-variable quant à sa valeur, commence, à coup sûr, notablement plus tôt, mais à des niveaux barométriques et avec une intensité qui doivent varier d’un animal à l’autre, ou chez le même animal suivant diverses circonstances.
D’autre part, toutes les expériences montrent que l’oxygène sort toujours en proportion plus grande que l’acide carbonique. Cela doit suffire pour nous faire penser que cette règle s’étend à la période comprise dans les 20 premiers centimètres de diminution de pression, période qui présente cette importance toute spéciale d’être celle à l’influence de laquelle sont soumis le plus grand nombre des habitants des hauts lieux.
Si notre tableau d’expériences montre que nous n’avons pas commencé dès le début des dépressions, il montre égale-